Dans mon coin

Un site bricolé avec les moyens du bord

Archive pour septembre, 2014

Carole a écrit un livre

Posté : 30 septembre, 2014 @ 2:50 dans Mes publications | 1 commentaire »

CCF30092014_00000J’ai reçu aujourd’hui un message craquant:

« Moi ADAM Carole j’ai écrit un livre et l’ai fais publier il s’appel « Le Royaume » Il a 40 pages et il coûte 9€95 il est disponible sur le site thebookedition »

Alors

Moi LEBEL Dominique je fais une petite place à Carole dans mon blog.

J’aime les gros

Posté : 30 septembre, 2014 @ 12:47 dans Mes publications | 2 commentaires »

Dans mes nouvelles, MONSTRES (éditions HJ), il y a « la femme la plus grosse du monde ». La nouvelle s’appelle LUNAPARK, parce que ça se passe dans une fête foraine.

lunapark2J’ai vu un jour « la femme la plus grosse du monde » dans une fête foraine. J’avais douze ans, c’était à Marseille, l’affiche promettait un spectacle incroyable et je suis rentrée. Sur un fil, il y avait une culotte géante, rose. Et elle était assise au fond. Enorme.

Elle m’a regardée et a murmuré quelque chose, je ne sais pas quoi, une plainte. Elle m’a fait peur.

Et j’ai eu honte, aussi.

Attendez, ne vous fâchez pas, j’étais encore une enfant. Je ne participais pas encore aux conversations matinales autour d’une machine à café, je n’étais pas dans un groupe de discussion, je ne lisais pas la presse féminine, ni le Monde diplomatique, alors quand on me promettait du spectacle , j’y allais. Et pour tout vous dire, je regardais aussi la une de France Dimanche quand je passais devant le marchand de journaux.

Mais j’ai eu honte, quand même. Et pas mal de peine, aussi. C’est pourquoi, sûrement, j’ai écrit cette nouvelle.

Elle raconte une histoire vraie, celle d’une femme énorme exhibée dans une foire du Nord, avec son fils déguisé en fille. Je n’ai rien inventé. J’ai juste imaginé tout le reste. Et je me suis pardonnée, je crois.

Et si vous voulez tout savoir, j’aime bien les gros en général. Leur intrusion dans l’espace m’étonne chaque fois et me ravit souvent, moi qui aime bien ce qui sort de l’ordinaire . Moi qui ai une prédilection pour  les gens qui ne sont pas trop à leur place. Leur démarche m’attendrit, leur essoufflement m’émeut. Je sais qu’ils occupent trop d’espace dans les avions (j’ai fait Paris-Chicago à côté d’un gros, je peux témoigner), qu’ils respirent fort et transpirent beaucoup. Mais je trouve qu’il ont quelque chose d’extraordinaire, que les autres n’ont pas:  comme ils ne voient pas leurs pieds, ils regardent vers le haut, où est le soleil.

C’est pourquoi j’aime tant miss Irma et sa fille Maya.

 

 

LA FEMME LA PLUS GROSSE DU MONDE (extrait de Lunapark)

Grosse à ce point c’était intimidant, finalement. Pas drôle, triste même et ça clouait le bec aux gens, aux premières secondes. Ils restaient immobiles et silencieux, à ne pas trop oser la regarder. Ils avaient beau s’attendre à quelque chose de peu commun, il  leur fallait un moment pour se détendre et profiter du spectacle. Alors ils faisaient trois pas dans un sens, trois pas dans l’autre, les bras croisés. Ils auraient bien aimé faire le tour de Miss Irma mais derrière elle se dressait le mur tendu de velours rouge, qui les empêchait de passer.

Ensuite venait tout le tralala, les rideaux rouges qu’on tirait d’un coup pour impressionner, le boniment bien rôdé, tellement rôdé que la voix du patron trainait comme ça n’est pas possible, du début à la fin de son discours. Une mélopée épouvantable, comme s’il n’y croyait plus du tout. En quarante ans de métier on finit par se lasser de tout, on se trouve pris par la force de l’habitude, disait-il pour s’excuser. Heureusement que je t’ai, toi maintenant, mon chat. Irma aimait par-dessus tout ces paroles tendres, parce qu’elle était sentimentale. Chaque fois elle se faisait avoir, se laissait embobiner. Après, pendant sa pause du soir,  il la caressait un peu, doucement d’abord, puis plus fort.  Il y avait de la surface, des rebonds et des plis, des espaces rugueux puis d’autres beaucoup plus doux, à peine duvetés. Des creux et des bosses, comme dans un paysage compliqué. II y a de quoi faire avec elle, disait-il.

Et il s’en tenait là, d’après ce que j’ai pu apprendre.

http://www.amazon.fr/Monstres-Dominique-LEBEL-ebook/dp/B00JZ7HOSK/ref=sr_1_14?s=books&ie=UTF8&qid=1412073094&sr=1-14&keywords=monstres

 

Le goût étrange du bolli-stolli

Posté : 29 septembre, 2014 @ 4:18 dans Mes publications | 2 commentaires »

J’ai lu un roman hors-normes. C’est La femme sans peur (vol.1)  de jean-Philippe Touzeau.

femme sans peur

Je dis « hors-normes » parce que dans les livres numériques, je me rends compte de plus en plus qu’il y a des normes.

Celui-là commence comme un énième roman auto-publié et  très vite (je dis vraiment très vite), il vous projette dans la littérature, la vraie. Celle qui passe sans problème du papier à l’écran, qui n’est dans d’autre camp que celui des choses bien écrites et offre un grand A majuscule à Amazon.

Une femme se retrouve brutalement (c’est vraiment brutal) desinhibée. Plus de timidité, plus d’appréhension, rien. Vous aimeriez que ça vous arrive?

Moi non. Mais c’est parce que j’ai fini le livre.

Lisez La femme sans peur  et vous allez faire des expériences:

-imaginez-vous sur un tapis roulant du genre couloir du métro Montparnasse, vous êtes là à avancer bien tranquille et imaginez que tout à coup le tapis s’arrête, sans prévenir. Ce roman fait ça. De l’action et des arrêts sur image. Des respirations différentes.

-vous allez rencontrer un roi de la drague, ça commence  doucement par un doigt sous une bretelle et vous savez bien comment ça finit. Vous allez me dire que des rois de la drague il en traîne un peu partout mais celui-là est fort. Très fort.

-vous allez pas mal boire et ne me demandez pas ce qu’il y a dans le Bolli-Stolli, les meilleures recettes doivent rester secrètes.

-vous allez vous attacher à un escargot. Mais oui, un escargot avec des antennes et qui bave.

-vous allez vivre de beaux moments de lecture, je vous en recopie un (mon préféré) :

« C’est facile de créer une relation avec un chien.

Essayez donc avec un escargot.

Faites donc cette expérience et vous comprendrez si vous voulez vraiment cette relation pour vous-même, pour vous rassurer, ou pour votre petit compagnon. »

-vous allez vous poser une question fondamentale: vous allez forcément vous demander de quelle baguette magique vous auriez besoin, vous, pour que votre vie s’arrange. Pour ma part j’aimerais bien une baguette magique anti-temps qui passe, Monsieur Touzeau, s’il vous plaît. Mais vous y avez peut-être pensé dans les autres volumes.

http://www.amazon.fr/femme-sans-peur-1-ebook/dp/B00ANFOGDO/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1411999774&sr=1-2&keywords=la+femme+sans+peur-

 

 

 

Olivier, je vous quitte

Posté : 29 septembre, 2014 @ 11:09 dans Mes publications | Pas de commentaires »

J’ai laissé les personnages d’Olivier Adam sur la côte, la tempête s’est calmée et leur ciel est redevenu bleu. Bon, ils ne vont pas trop bien mais je ne peux pas faire grand-chose pour eux, de toute façon. Je les ai laissés pour finir un roman qui m’était tombé des mains parce que le début est lent, et j’ai bien fait d’insister.

ça s’appelle Le roi disait que j’étais Diable (de Clara Dupont-Monod). C’est la mode des titres longs et je dois dire que celui-là m’a attirée, comme m’a attirée le sourire espiègle de la romancière sur la jaquette (comme quoi, le marketing…)

Le Roi, c’et Louis VII que tout le monde a oublié et Elle, c’est Alienor d’Aquitaine, que personne n’a oubliée. C’est la mode aussi, depuis quelque temps, des biographies revisitées. Les auteurs français cherchent décidément l’âme soeur et la trouvent en ce moment dans des personnages très différents: Joséphine de Beauharnais, Oona Chaplin et elle, Alienor.

alienor-aquitaine9-2

Une femme sauvage, dans une France sauvage qui la déteste mais lui va bien. »Je suis le poison, la faute, l’immense faute de Louis ». Et elle en est fière, tout le roman nous dit cette fierté-là, la fierté d’une femme charnelle qui se retrouve mariée à un pur esprit. Le contraste est violent et alimenté par les deux discours, le sien et celui du Roi. C’est l’éternelle histoire des romans (et de la vie), projetée en plein Moyen âge: l’un aime, l’autre pas. Et ça marche toujours, sur n’importe quel lecteur.

Encore faut-il que ce soit bien écrit, et c’est là que ce roman est assez exceptionnel. Vous verrez, la description des rues de Paris et celle de l’assaut de Damas par les troupes du Roi sont des grands moments de littérature. C’est de l’épique en phrases raccourcies et j’ai bien aimé, moi, cette version moderne de l’épopée des Croisades.

croisade

 

 

Mémoires d’une éditée gonflée

Posté : 28 septembre, 2014 @ 5:36 dans Mes publications | 9 commentaires »

 

CCF28092014_00001

1

Ce ne sont pas les miens. J’aimerais bien, mais non.

Je viens de lire qu’aux Etats Unis, pour 2600 euros, une femme pouvait se faire gonfler les seins à l’eau salée. L’effet dure 24 heures  et 24 heures avec un corps de rêve, c’est toujours ça, peut-être.

On m’a fait la même chose. A peu prés, parce que pendant 24 h, on m’a gonflé mes ventes. Mais gratuitement. « On », ce sont mes lecteurs (j’en ai quelques-uns, oui) et je ne sais pas ce qui leur a pris, mais ils ont tous acheté mon livre (1) en même temps.

Le même jour. Il faisait beau et il y a des jours, comme ça, où il se passe des choses.

Il faisait chaud et j’étais à la plage. Il y a des jours comme ça où l’air est différent, plus léger. Où le sable est plus fin et plus doré, où l’eau est moins froide et plus transparente. C’était un jour comme ça et mes nouvelles, mes Monstres, ont grimpé dans le top 100 – le fameux top 100 des ventes d’Amazon, qui est l’une des choses les moins stables que je connaisse, après les plaques tectoniques et le prix du café en terrasse.

2

J’avais les cheveux trempés,du sable entre mes doigts de pied,  je ne voyais pas grand chose sur mon écran à cause du soleil, mais… voilà, j’étais en haut.

CCF28092014_00000

Tout en haut, juste avant Mary Higgins Clark, qui disait que « Rien ne vaut la douceur du foyer ». Moi je racontais des horreurs en sept épisodes, Vous voulez une preuve de mon succès? C’est toujours mieux de donner une preuve mais voilà, je n’ai rien gardé et vous devrez me croire sur parole.

Mais je sais que vous me croyez.

 Et après?

Après… c’est comme pour les seins qui se dégonflent, mes Monstres sont redescendus. Ils ont d’abord lentement glissé le long de la pente fatale de l’oubli, la pente assez raide des abandonnés d’Amazon. Et puis ils ont carrément dégringolé. Jusqu’où? Alors là je vais vous dire une chose que vous avez intérêt à retenir: en ce qui concerne  mon classement sur Amazon c’est comme pour mon 90A, il y a des sujets qui fâchent. Vous pouvez toujours aller voir, moi je n’y mets pas les pieds.

CCF28092014_00002

 

3

Et puis forcément, j’ai eu des commentaires. Vous savez, les commentaires avec des étoiles, comme pour les restaurants. On cherchait le sens de mes nouvelles, le message que j’avais voulu envoyer, on tentait des interprétations…du coup  j’ai cherché aussi. Je vous jure que je me suis appliquée, j’ai tout relu, de la première nouvelle que j’avais écrite à la dernière… et je n’ai rien trouvé. Je n’ai rien vu d’autre, une nouvelle fois, que ce que j’avais voulu faire: écrire autour d’un mot, le mot Monstres,  tourner autour parce que les nouvelles, c’est comme une piste de danse. Je ne voudrais pas vous faire de la peine en ce beau Dimanche mais voyez-vous, je n’ai jamais su danser. Alors je me rattrape avec mon clavier. A chacun ses figures, ses pirouettes, ses pas.

 

Donc si vous voyez mon livre au milieu des petits monstres qui amusent les enfants sur une page d’Amazon, vous pouvez toujours vous le commander, vous verrez: j’y ai mis tout ce que je sais faire. Et peut-être trouverez-vous, cette fois,  ce que j’ai voulu y dire.

(1)Mon livre, c’est Monstres, un recueil de 7 nouvelles, 2,99 euros sur Amazon. Et si vous avez envie de l’acheter, surtout ne vous gênez pas.

 

Mémoires d’une éditée, suite

Posté : 27 septembre, 2014 @ 6:12 dans Mes publications | 4 commentaires »

CCF27092014_00000J’aurais voulu être Françoise Sagan. Je sais ce que vous allez me dire, que si c’est pour vous raconter ça, je ferais mieux de me taire mais non, j’aurais vraiment voulu être elle. Pas pour les pieds nus sur les pédales d’une voiture de sport, j’ai lu quelque part que c’était une légende. Pas pour la mèche sur les yeux, celle-là je l’ai déjà. Pas pour les histoires qu’elle raconte, je ne m’en souviens plus trop. J’aurais voulu être elle pour sa machine à écrire. Le petit bruit des touches. Parce que je me dis parfois, et si elle avait écrit sur son Mac ou son HP ou son Toshiba, est-ce qu’elle aurait écrit de si belles choses? Est-ce qu’il y aurait eu la même douceur et la même mélancolie ? Je pense que non.

C’est n’importe quoi ?

Pas sûr. Je pense que certaines machines à écrire étaient magiques. Regardez Kerouac.

J’aurais voulu avoir la machine à écrire de Françoise Sagan et écrire comme elle. Maintenant que je suis éditée et que j’ai ma tête et ma biographie sur Google et même mon interview avec tout ce que je sais faire, j’ai droit à des prétentions :

Par exemple, charger un kilo de sentiments sur cent quatre vingt huit pages.

Faire rêver les jeunes filles de Neuilly et de tous les beaux quartiers.

Me faire mon cinéma, tellement bien qu’on prendrait Jean Seberg et Catherine Deneuve pour jouer mes histoires. Et que la deuxième croquerait des chips un soir sur un banc.

J’aurais voulu avoir du talent Le vrai de vrai, qui est un don des fées.

Et surtout, surtout, taper sur les petites touches haut perchées qui font du bruit. Parce que les touches de mon Mac, franchement, je les trouve plates comme des limandes…

J’aurais voulu, en plus de la machine à écrire,  avoir la légèreté de Françoise Sagan et être aussi gentille qu’elle. J’aurais voulu écrire les plus jolies histoires d’amour du monde, qui finissent encore plus mal que les autres mais ce n’est pas  si grave, puisque ce sont des romans. J’aurais voulu mettre un air de Brahms entre mes lignes et donner vie à des héroïnes blondes et fragiles.

Maintenant que je suis éditée, j’ai le droit de rêver.

J’aurais voulu écrire comme je respire et que les mots me tombent du ciel, à toute vitesse –à haut débit si vous préférez. J’aurais voulu jouer ma vie au Casino et gagner et m’offrir une autre vie, où je serais elle.

En mieux, parce que je ne bois pas, je ne fume plus, je ne m’entoure pas de parasites. Et j’ai un ordinateur Apple super rapide où je peux tout effacer d’une touche.

En haut à droite, c’est la touche pour les regrets.

J’aurais voulu savoir dire bonjour comme elle à la tristesse, comme ça l’air de rien et que ma tristesse à moi, quand elle me tombe dessus comme à tout le monde,  soit à jamais agréable et douce. J’aurais voulu savoir dire des choses profondes avec légèreté, en appuyant sur les touches de ma machine à écrire comme si je jouais une valse. Et entendre cette petite musique.

Sur mon Mac, j’ai les chansons de Michel Sardou. C’est légèrement différent.

Et vous savez pourquoi je vous ai dit tout ça ? Parce qu’on ne m’a jamais posé cette question, personne ne m’a jamais demandé qui j’aurais aimé être.

On m’a demandé mon adresse et mon adresse e-mail , mon numéro de portable et ma date de naissance et si j’avais déjà écrit autre chose . Comment j’écrivais, si ça me prenait comme ça, la nuit, le jour, de m’installer devant mon clavier. Et comment je fabriquais mes personnages et à quoi ils ressemblaient et s’ils me ressemblaient.

Mais on m’a  aussi demandé ma photo.

Alors si je réfléchis, j’ai mes chances. Je sais maintenant ce que je pourrais toujours faire, et ce serait un premier pas vers mes rêves d’auteur: je pourrais me teindre en blonde et couper mes cheveux juste sous mes oreilles. Et me remettre à fumer comme un pompier et m’acheter un chemisier en soie,. Et puis retourner vers Honfleur pour voir si la mer y est toujours aussi froide et si elle se retire toujours aussi loin à marée basse. Et essayer d’avoir du talent.

Sur mon Mac, évidemment.

Parce que j’aurais vraiment voulu être Françoise Sagan.

 

 

 

DERRIERE LES MURS, nouvelle

Posté : 25 septembre, 2014 @ 4:52 dans Divers | 1 commentaire »

TABLE

Le vent souffle fort au-dehors mais on l’entend à peine car les portes sont fermées et les murs épais. Demain tout devrait s’arrêter, le plateau retrouvera le calme des jours ordinaires. C’est tout tranquillee aujourd’hui dira le voisin, ça change d’hier. Mais elle se moque bien des bourrasques en continu et des lendemains ensoleillés, elle a autre chose à faire. Elle a rangé sa maison de haut en bas et les attend, tous autant qu’ils sont, elle peut les compter sur les doigts d’une main. Cinq, ils sont cinq et ne devraient pas tarder, tout dépend de l’état de la route, mise en vrac par les services de la voierie depuis quinze jours.

Au téléphone elle leur a dit qu’ils devaient venir vite, il y a urgence, c’est ainsi qu’elle a dit pour les bousculer parce qu’elle les connaît, rien ne les dérange sinon ses affolements à elle. Elle a commencé par l’aînée puis a continué par la soeur cadette, et ainsi de suite, comme sur les photos qu’elle aimait prendre quand ils étaient encore tout jeunes, la plus grande à gauche et les autres en dégradé, tous les cinq bien alignés par ordre de taille. Elle a gardé toutes ces photos, elle en possède bien une dizaine à présent, dans un tiroir de son buffet. L’aînée n’a pas répondu tout de suite, il lui a fallu attendre plusieurs sonneries et puis sa fille a décroché, heureusement parce qu’après elle était bonne pour le répondeur et elle n’a jamais voulu dire un mot à un répondeur, cette voix de fausset l’énerve. Allô c’est toi maman, a demandé l’aînée et elle paraîssait essoufflée. Il est temps que tu viennes avec les autres, c’est ce qu’elle a fini par lui dire et l’autre a soupiré dans le téléphone comme quelqu’un qui sent que le moment va être difficile. Un petit souffle déjà fatigué, c’est bon je viendrai a-t-elle répondu, l’aînée, à quelle heure déjà répète-moi parce que là il y a la télé fort et je n’entends pas bien. C’est à sept heures qu’ils doivent venir et ils diront tous la même chose les uns après les autres, sept heures tu veux dire dix-neuf heures, hein maman, et depuis quand est-ce que vous comptez les heures comme ça, vous, a-t-elle répondu chaque fois.

Elle a failli se fâcher, déjà. Et puis demain c’est Dimanche, il n’y a pas de raison que ta soeur refuse, qu’elle essaye un peu pour voir. Elle a toujours dit ça depuis qu’ils sont tout petits, essaye un peu pour voir, ça n’a jamais fait peur à personne mais quand même, ils se méfiaient chaque fois. Essaye un peu pour voir et ils arrêtaient leurs bêtises.

Demain c’est Dimanche et ils seront tous là autour d’elle, ils dîneront dans la véranda. Le gigot pour une fois ils s’en passeront elle achètera un gros poisson, un bar ou une bête de ce genre à chair ferme, qu’elle passera au four avec du fenouil dedans, les branches qu’elle a ramassées l’autre jour au bord de la route. Depuis ce jour-là elles ne sont pas sorties du placard les branches, elle non plus n’est pas sortie, c’est pour ça qu’elle est pâle, à peine sur le balcon pour arroser les pétunias et encore. Je suis bien pâle s’est-elle dit en se coiffant devant la glace, dans la salle de bains, c’est à cause de ce que j’ai à leur dire, à tous autant qu’ils sont. Parce que j’en ai assez de ces mensonges. Et puis elle a essayé de penser à autre chose, en attendant Dimanche.

Pour demain Joëlle avait prévu des choses avec les enfants, la piscine municipale le matin et puis le cinéma l’après-midi, sur l’avenue Jean Jaurès. Il lui restait du temps le soir mais quand même, elle aurait préféré quelques heures tranquille avec Marc, une fois les enfants couchés Elle n’avait rien osé dire, elle osait peu avec sa mère, depuis toujours. Elle était l’aînée mais ça ne se voyait pas, elle faisait plus jeune que sa cadette, sans doute à cause de ses yeux très bleus et de ses joues rondes. L’autre, la suivante, avait sa graisse plus bas, au niveau des hanches, pas sur le visage et ça affolait les hommes,ce corps en forme d’amphore. Et pourquoi tu veux nous voir tous, maman? a demandé Joëlle sur le coup mais sa mère est restée muette, parce que a-t-elle répondu comme quand ils étaient petits, tous et que le dernier n’était pas né. Pourquoi? Parce que et ils savaient qu’ils ne tireraient rien d’elle. Mais là Joëlle avait son idée, qui ne l’arrangeait pas du tout. Est-ce que ma mère va vouloir tout dire maintenant, après tout ce temps? elle trouvait ça fou d’arrêter un mensonge pareil, si confortable, si bien bâti au long des années. C’est pas vrai se disait-elle en redressant les deux oreillers sur le lit, bien à plat sur le haut de la couette parce que Marc détestait le négligé, les miettes de pain sur les sièges de la voiture et les faux plis sur ses chemises.

C’est pas vrai qu’elle va nous balancer ça, que le petit ne sait pas. Qu’elle va lancer l’histoire du mensonge entre les quatre fenêtres de la véranda, où l’on voit le plateau qui s’étale, plein d’herbes folles.

Parce que Didier pense toujours que Joëlle est sa grande soeur, très grande par rapport à lui, elle avait dix huit ans à sa naissance ce qui faisait une sacrée différence. Dix huit ans pour élever un enfant ma fille, c’est un peu jeune, avait dit la mère. Et le père qui était encore là était remonté dans son taxi en râlant, parce qu’il la trouvait stupide, l’idée de la mère. On n’allait pas se mettre à construire un bobard pareil, et puis quoi encore? Mais il avait eu sa crise au coeur tout de suite après et le bobard était né sans lui, avait enflé en son absence définitive, s’était incrusté en chacun d’eux. Voilà ta grande soeur, avait chuchoté la mère au bébé qui venait d’apparaître. Là elle a les jambes écartées à mort et elle transpire encore toute l’eau de son corps mais c’est ta grande soeur quand même, puisqu’on le dit. ça s’est déjà fait dans d’autres familles, pourquoi pas dans la nôtre.

Joëlle a menti à Marc les premières années et puis un jour marqué d’une croix blanche elle le lui a dit, Didier n’est pas mon petit frère lui a-t-elle lâché dans un souffle, voilà tu sais à présent, tout le monde sait sauf lui, le pauvre ange. Et pourquoi m’as-tu menti si longtemps, a répondu Marc, qu’est-ce que ça pouvait bien faire que je le sache ou pas? C’est ta vie avant moi et je m’en fous pas mal, moi parce que tu es née le jour où je t’ai rencontrée figure-toi, avant c’est comme si tu n’existais pas, c’est ainsi pour tous les gens qui s’aiment mais regarde-moi un peu dans les yeux, c’est incroyable une histoire pareille, nom de Dieu.  J’ai menti parce que j’y suis entraînée depuis vingt ans, a-t-elle dit pour le calmer , c’est devenu une habitude ce mensonge à force, une vérité plus vraie que vrai et puis pourquoi est-ce que je n’aurais pas droit à des petits secrets, je te dis toujours tout alors qu’est-ce qu’on fait du mystère? Regarde-moi je suis une femme mystérieuse a-t-elle envie de lui dire pour l’apaiser parce qu’il lui en veut tellement tout à coup.

Je croyais qu’on se disait tout, a-t-il fini par dire avec une drôle de voix et elle a pensé: je ne savais pas que les hommes pouvaient être sensibles comme ça, on dirait un petit garçon Marc tout d’un coup, les yeux sur ses chaussures.

C’est pas vrai quand même qu’elle va mettre les pieds dans le plat, ma mère, maintenant qu’il a vingt ans et des poussières. C’est trop tard, il fallait le faire avant. J’y crois pas.

Elle a raison de ne pas y croire, le mensonge dont parlait la mère ce n’est pas celui-là, c’est un autre.

On ne devrait jamais dire la vérité aux enfants, où est-ce que j’ai entendu une phrase pareille? se demande Joëlle à présent qu’elle se prépare pour emmener les enfants à la piscine. Il faut les deux maillots des enfants, le sien et les bonnets parce que c’est obligatoire depuis la rentrée, et les trois serviettes et le shampooing. On y va maman? demande la plus petite qui a hâte de lui montrer qu’elle sait mettre la tête sous l’eau. Voilà, voilà, répond-elle et elle se répète: j’y crois pas. Elle n’a pas dormi de la nuit, elle craint le pire pour ce soir, elle ne sait pas qu’elle se trompe et que ça ne se passera pas ainsi.

Sa cadette s’appelle Véronique mais tout le monde dit Véro pour simplifier, depuis toujours. Allô Véro? a dit la mère quand elle l’a eue au téléphone, il faut que tu viennes demain soir. Mais avec celle-là, sa seconde fille, c’et une autre paire de manches, chaque fois, il faut parlementer, justifier, expliquer, ça n’est jamais simple. Déjà à l’école on le disait, cette enfant est intelligente mais compliquée. Mais qu’est-ce que tu peux être compliquée ma pauvre fille, lui a dit Michel avant de la quitter, l’autre soir. Il ne l’a plus rappelée, ni le lendemain ni le surlendemain, ni les autres jours et elle sait bien qu’elle ne le reverra plus. Un de perdu dix de retrouvés se dit-elle et personne ne pourrait savoir si elle est sincère, pas même elle, qui fait la fière chaque fois. J’en ai rien à foutre, je préfère quand ça défile sinon je m’ennuie, dit-elle -ça quoi? ben les hommes, tiens. elle aime bien cette idée là, que dans sa vie les hommes défilent. Des bruns, des blonds, des petits, des barraqués. A chacun elle a dit qu’elle l’aimait et que c’était la première fois, c’est un demi- mensonge prétend-elle, chaque fois j’oublie les autres d’avant, alors dites-moi un peu où est le mensonge?

Michel est le dernier en date, elle l’a connu il y a deux ans dans un séminaire pour sa boîte et c’est un record pour elle,  deux ans avec le même. Lui a bien cru qu’il l’aurait pour la vie et puis il est tombé sur sa messagerie, mais qu’est-ce qu’ils ont donc tous à aller fourrer leur nez dans les pages des autres? S’est-elle dit en le voyant arriver avec la tête horrible qu’il faisait. Et c’est qui ce type? dis-moi un peu, c’est qui? Je le connais pas, a-t-elle répondu sur le coup, c’est une erreur, une mauvaise manip, ça arrive. Attends un peu, je vais le mettre en indésirable et ce sera réglé, regarde j’appuie là et…arrête un peu a-t-il hurlé et il a claqué la porte.

C’est toujours ainsi depuis qu’elle est toute petite, elle raconte des blagues, cache des choses et l’on ne s’y reconnaît plus aavec elle et elle-même s’y perd, parfois. Tu es complètement mythomane ma petite, lui a dit un jour sa mère et elle a cherché ce mot dans le dictionnaire. ça lui a fait plutôt plaisir l’orthographe du mot, elle a trouvé ça joli avec le y et le h. C’était un mot bien compliqué à écrire, qui lui ressemblait.Des y et des h, des lettres peu courantes comme ça, elle devait en avoir plein le cerveau.

J’ai quelque chose d’important à vous dire, à tous lui a dit sa mère au téléphone, c’est pourquoi je vous appelle au dernier moment figure-toi. C’est pas pour aller cueillir des fleurs, d’ailleurs tout a brûlé sur le plateau avec ce vent qui souffle un jour sur deux, il n’y a plus que de l’herbe jaune. Et qu’est-ce que c’est que tous ces mystères, tu n’es pas malade au moins a demandé Véro tout à coup et sa voix est montée un ton au-dessus dans le combiné. mais non qu’est-ce que tu vas imaginer, a dit la mère. Des romans, tout de suite. Mais sa mère ne l’a pas rassurée. Et si elle allait nous dire qu’elle a un cancer ou une maladie comme ça? Ce serait bien son genre, tiens, de faire un conseil de famille pour nous annoncer une nouvelle pareille, et puis elle est si pâle depuis quelques temps.

A l’idée de sa mère qui n’a pas bonne mine, Véro prend peur et ne pense plus trop aux hommes, qui d’ordinaire lui remplissent la tête.

Elle a bien tort de se faire un souci pareil, elle ferait mieux de rappeler Michel en prenant sa voix la plus douce, reviens allez, c’est pas grave quand même, puisque je te dis que je t’aime. Elle ferait mieux de prendre son portable dans son sac et de faire ça parce qu’elle fait fausse route, sa mère n’est pas malade.
Mais c’est vrai qu’elle est pâle.

Après il ne lui restait plus que les trois garçons. C’est la femme d’Etienne qui a répondu, allô oui, ah bonjour a-t-elle dit, la femme d’Etienne n’a jamais su comment appeler sa belle-mère, qui ne l’a jamais aidée sur ce point. Elle aurait pu lui dire au début: appelez-moi marie Jo, puisque vous êtes de la famille maintenant mais non, elle l’a laissée empétrée dans ses incertitudes. Alors la femme d’Etienne ne l’appelle pas, elle se débrouille autrement. Là elle a dit: ah, bonjour. Mais Etienne n’est pas rentré a-t-elle ajouté, il a un nouveau magasin à installer, oh oui il en a certainement pour la nuit ils comptent ouvrir demain matin, vous savez ce que c’est. Depuis que les magasins ouvrent le Dimanche mon fils  travaille n’importe quand, s’est-elle dit mais elle a gardé ses réflexions pour elle. Parce qu’avec sa belle fille elle a appris à tourner dix fois sa langue dans sa bouche, depuis l’histoire.

L’histoire qu’elle a eue avec elle. Et tu ne refais jamais ça a dit son fils à l’époque, sinon on ne met plus jamais un pied chez toi et elle a compris la leçon.

Vous pourrez quand même venir demain soir? a-t-elle demandé en essayant de prendre une voix aimable, c’est important. Mais oui bien sûr, j’en parle à Etienne dès qu’il rentre, a répondu l’autre, cette belle fille qu’elle n’aime pas trop. C’est parce qu’elle nous juge, ta femme, at-elle dit un jour à son fils, est-ce que tu avais besoin de lui dire aussi, pour Didier? est-ce que ça la regarde? Arrête maman a-t-il répondu aussi sec, c’est ma femme elle a le droit de tout savoir. Et puis ça n’est pas un crime de faire un enfant à dix huit ans, je ne vois pas où est le mal.

Personne n’a vu le mal sauf elle, la femme d’Etienne qui a pris ses grands airs, il ne faut pas mentir aux enfants c’est ce qu’elle a dit, la vérité va forcément lui tomber dessus un jour et ce sera terrible, a-t-elle ajouté comme si tout le monde n’y avait pas pensé, depuis le début, comme si ce n’était pas la terreur de chacun d’eux autant qu’ils sont, que la vérité descende du ciel et s’abatte sur Didier, qui ne se doutait de rien.

Sa belle mère a dit: c’est important que vous veniez et ce n’est pas dans ses habitudes, dans cette famille on se fait fort de prétendre que rien n’est grave, cette légèreté agace la femme d’Etienne depuis le début, pour qui ils se prennent se dit-elle parfois, à prétendre que rien ne les atteint? Surtout elle, Marie Jo, avec sa maison à tous vents? Alors pour qu’elle ait dit ça, que c’était important, il faut que ce soit au moins une histoire d’argent, elle sait qu’ils lui doivent tous quelque chose, le premier magasin d’Etienne c’est avec le compte de sa mère qu’il l’a ouvert. Elle veut peut-être qu’on la rembourse, tous, qu’est-ce qui lui prend tout d’un coup à être près de ses sous? Elle qui dit je m’en fous de l’argent, tout ce que j’ai c’est pour vous mes petits.

Mais ce n’est paas du tout une histoire d’argent, il n’y a pas un seul chiffre là-dedans.

Je vais vous faire un bar au fenouil, un loup si tu préfères c’est la même bête, a-t-elle dit à Pierre, mais ça n’est pas le plus important. Ce n’est pas pour manger que je vous fais venir, ce n’est pas la raison principale. Arrête un peu de faire des mystères alors, a-t-il répondu, celui-là se permet tout avec sa mère, les remontrances, les coups de colère, elle ne l’a jamais eu aux sentiments lui, c’est ce qu’il revendique haut et fort auprès des autres. J’ai bien le droit de vouloir attendre que vous soyez tous là, a-t-elle dit pour se défendre parce qu’elle n’aime pas le voir énervé, j’ai invité tes soeurs et tes frères, vous serez là tous les cinq, on dînera dans la véranda. Avec le vent qu’il fait? a-t-il demandé, mais non le vent s’est déjà calmé, tu sais bien que ça ne dure jamais très longtemps. C’est vrai que le climat est changeant sur le plateau, il devrait le savoir, il a travaillé trois ans à la météo, beaucoup plus haut dans le pays. Quand il a démissionné elle a cru qu’il était devenu fou, avec le caractère difficile qu’il a ça devait arriver, tu es devenu fou ou quoi lui a-t-elle demandé quand il a écrit sa lettre à la direction. par voie hiérarchique la lettre a mis dix jours à arriver à son destinataire et elle a espéré tant qu’elle pouvait qu’elle allait se perdre dans les services. Mais elle est bien arrivée et lui aussi, son fils de vingt huit ans, avec ses valises . Tu m’héberges un petit mois le temps que je trouve quelque chose lui a-t-il dit, comme si c’était naturel qu’elle chamboule sa vie pour lui. mais celui-là elle l’a toujours gâté plus que les autres, quand le père a eu sa crise il était encore petit, huit ans à peine, alors elle l’a gardé dans ses jupes, bien blotti à l’abri de tout chagrin.

Qu’est-ce que c’est ces cachoteries, se demande-t-il à peine le téléphone raccroché, il la connaît sa mère il sait bien qu’elle n’aime pas les effets de manche, en général elle va droit au but. Pour l’histoire de Didier elle n’y est pas allée par quatre chemins avec lui, le jour de ses quinze ans elle lui a dit maintenant tu es grand, j’estime que tu dois savoir, à cause de ton âge. Didier n’est pas ton frère, lui a-t-elle dit en le regardant bien dans les yeux, si tu vois ce que je veux dire. Mais je le sais depuis longtemps lui a-t-il répondu, qu’est-ce qu’elle croyait, que les autres pouvaient lui mentir comme ça pendant des années? On ne pouvait pas la lui faire à lui, c’est Etienne qui l’avait prévenu, je te dis un secret mais après tu te tais sinon je t’étrangle. Etienne ne ferait pas de mal à une mouche mais Pierre n’a jamais parlé quand même, histoire d’honneur.

Qu’est-ce qu’elle a à nous inviter tous et il paraît que c’est urgent, d’ordinaire elle évite de nous faire venir en même temps, elle sait bien que ça va faire des histoires, surtout quand Etienne amène sa femme. Qu’est-ce qu’elle a ma mère?

Elle est toute pâle depuis quelque temps, depuis que le vent du Nord fait des siennes, sur le plateau. Mais le vent n’a rien à voir avec ce qu’elle a à leur dire, à tous.

C’est Didier qu’elle a appelé en dernier parce qu’il est le plus jeune, il a fêté ses vingt ans il y a trois mois, une sacrée fête qui a duré toute la nuit, une teuf d’enfer comme il a dit, si tu avais vu ça maman, on ne s’est même pas couchés. Mais je ne suis pas ta mère aurait-elle pu lui répondre à part qu’elle se l’est toujours interdit malgré les avertissements du père: si tu commences avec ces histoires on n’a pas fini, a-t-il dit et puis il y a eu sa crise au coeur. On n’est plus au moyen-âge avait-il dit aussi, on a bien le droit de faire un enfant sans père. Après sa crise le père est resté trois jours à l’hôpital, tout cerné de tuyaux et puis il est mort. Il faut que tu viennes demain soir a-t-elle dit à Didier, je sais bien que tu as tes amis mais tu peux faire un effort pour une fois. Il y a mon colloc qui fête son anniversaire a répondu Didier, tu ne peux pas me demander ça, est-ce que j’ai vraiment besoin d’être là?

Alors elle ne sait toujours pas pourquoi mais elle a dit non bien sûr, toi tu n’es pas obligé de venir mon chéri, il suffit qu’il y ait les autres, ça me suffira bien. c’est ce qu’elle lui a dit et ils ont un peu parlé du temps qu’il faisait et de ses études, ça s’appelle comment ton master déjà? lui a-t-elle demandé parce qu’elle n’arrivait pas à se mettre le nom dans la tête, elle trouvait ça bien compliqué toutes ces spécialités, avec des options.

Quand elle a raccroché elle s’est dit qu’elle mettrait plutôt la table dans le salon, il risquait de faire froid dans la véranda avec ce vent qui n’arrêtait pas. Elle n’était même plus sûre de vouloir acheter du poisson, et si le poissonnier n’avait pas de bar en plus. Elle est allée dans la salle de bains, s’est mis de l’eau sur le visage, qu’est-ce que je suis pâle s’est-elle dit en se voyant dans la glace. Puis elle a sorti la lettre du tiroir, elle l’avait fourrée la veille sous les photos des enfant, toute pliée en quatre. Elle savait exactement ce qu’il avait écrit là-dedans, c’était comme si elle l’avait apprise par coeur, mot après mot, sa lettre. Elle l’a relue encore une fois et l’a posée sur la table basse. On trouve de ces choses quand même quand on range sa maison, se dit-elle. Et lui qui ne parlait que de son taxi, se dit-elle aussi, comme s’il n’y avait que ça qui l’intéressait dans la vie. Toujours à le bichonner, à passer l’aspirateur à l’intérieur, à nettoyer le pare-brise. Qui ne s’occupait plus d’elle, qui ne regardait même pas ses enfants grandir sauf celle-là, sa fille aînée,  je la trouve vraiment jolie Joëlle disait-il, c’est normal pour un père d’être fier de sa fille.

Mais pas de cette façon-là, lança-t-elle tout haut dans le salon  comme s’il était là pour l’écouter, lui qui avait fait ça à sa fille, vingt ans avant. Pas de cette façon-là! Elle avait commencé à sortir les rallonges de la table, il lui fallait s’appliquer, se concentrer sur sa tâche, qui n’était pas si facile, les panneaux de bois étaient lourds et difficiles à tirer.

C’est sûr, nous serons mieux dans le salon, se dit-elle au bout d’un moment, quand les deux rallonges furent installées. et tout compte fait je ferai un gigot, le bar tout le monde n’aime pas ça.

FIN

 

Mémoires d’une éditée, suite

Posté : 25 septembre, 2014 @ 4:20 dans Divers | 10 commentaires »

diable

Chez HJ, tout tourne autour d’Amazon. Et j’ai découvert qu’Amazon, chez qui je commandais mes livres pour mes BTS (comment réussir son entretien les doigts dans le nez et obtenir un CDI du premier coup), où j’avais acheté mon rimmel pour cils XXL mes gélules à la kératine et l’édition introuvable du Chateau en Suède de Françoise Sagan, mon Amazone à moi sans le E, était un diable aux écailles vertes et à la queue fourchue, un monstre américain qui allait faire mourir les librairies du coin.

J’aime bien les librairies. Mais j’aime bien aussi ma liseuse.

J’ai essayé d’expliquer ça autour de moi, qu’on pouvait avoir deux amours mais non, il fallait trancher, choisir son camp. Le parquet ciré à l’ancienne ou le panier en haut à droite.  J’ai un jour claqué la porte au nez du documentaliste de mon lycée, plusieurs fois changé de trottoir dans la rue de mon libraire, j’ai acheté trois livres d’un coup sur ma kobo. Même le dernier Jean d’Ormesson, je l’ai pris en e-book. J’aurais pu faire venir des exemplaires de ce que j’avais écrit dans une librairie de ma ville, il y avait moyen mais non, j’ai fait du genre, moi aussi.

Et puis je me suis calmée, j’ai commandé moi-même mon livre pour ceux qui ne voulaient pas entendre parler d’Amazon, j’y ai écrit chaque fois un petit mot -la fameuse dédicace. Le monstre américain était retourné dans son coin.

Après, il y a eu les retours de mes lecteurs (c’est à dire les réflexions de mon entourage immédiat, pour ramener les choses à ce qu’elles sont). J’en ai déjà parlé ailleurs, je ne vais pas vous bassiner avec ça. Je voudrais simplement vous rapporter quelques bons moments. ça s’appelle des dialogues, la chose abominable à mettre en forme chez Hélène Jacob, parce qu’il faut le bon tiret que je ne trouve jamais. Et puisque nous sommes entre nous, les tirets cette fois, je vais les faire comme je veux:

S. comme Sophie (la Josiane de ma Mater Dolorosa) : « Il est marrant ton livre, Dominique!

-ah, vraiment? Tant mieux, mais sinon…

-et ta Josiane, surtout, mais où tu l’as trouvée, ta Josiane?

-euh, ben dans ma tête, tu vois…en vrai, elle n’existe pas!

-ah, ah, ça c’est sûr!! Tu penses, une fille pareille! »

 

F. comme Fred (qui n’est pas dans le livre): « J’ai commencé ton Sonia Verjik, j’en suis à la page 40″

-ah, c’est bien.

-je comprends pas très bien l’histoire… mais tu sais, je n’ai pas l’habitude de lire, alors…

-oui, bien sûr…arrête, si ça t’ennuie.

-mais non, je vais continuer. Je vais m’y remettre, je vais pas lâcher. Je te promets que je vais le finir. »

Vous l’aurez deviné, Fred est mon meilleur ami. Et vous l’aurez deviné aussi, il a fini le livre.

 

F. comme mon Proviseur (qui est vaguement dans mon livre): « Ben dites-donc, Mme Lebel, à la page 54, votre Mater Dolorosa, c’est chaud!

-oh, pas tant que ça…

-la scène sur la table, ouahh.. »

La scène sur la table, franchement elle n’est pas si terrible. Il y a pire. N’empêche qu’ils ont tous voulu lire la page 54. Et je dois vous dire, solennellement, que je n’ai jamais rien fait d’autre, personnellement, sur une table, que manger ou installer ma machine à coudre.

 

Je n’avais pas pensé à ça, mais les gens veulent toujours vous retrouver dans ce que vous avez écrit. Ils cherchent des ressemblances, des indices (1). J’ai donc appris que j’avais eu des problèmes avec ma mère (pas tant que ça!), que je n’aimais pas les gros (c’est archi-faux), que je n’aimais pas la Bretagne (c’est un peu vrai), que j’étais une vraie parisienne (mais non), que mon père lisait le Monde (jamais), qu’il avait quitté ma mère (pas du tout).

J’ai appris aussi que j’avais un nouveau statut, je suis devenue écrivaine, avec un E, ce qui est encore mieux qu’auteure avec un E aussi. Ben oui, j’ai sorti trois livres, alors Respect, s’il vous plaît!!

(1) Puisque nous en sommes aux ressemblances, je me pose une question (vous avez dû vous la poser aussi), alors allons-y. Elle s’adresse à l’auteur d’Emoi d’août (éditions Hélène Jacob, en vente O,99 euros sur Amazon.fr, dans le top 100 kindle). Allez, dis-nous tout, est-ce que tu es vraiment tombé amoureux de ta voisine?

-

 

Mémoires d’une éditée

Posté : 24 septembre, 2014 @ 3:00 dans Divers | 11 commentaires »

J’avais beaucoup écrit.

ccf24092014_000011

J’avais fini par ranger mes manuscrits tout en haut du pigeonnier, sur la dernière étagère, au-dessus des volumes de la Pléiade qu’on ouvre très rarement, comme tout le monde le sait, parce que le papier est trop fin.

De temps en temps, j’offrais l’une de mes productions -les feuilles A4 bien assemblées dans leur barrette noire, la couverture décorée par mes soins. J’avais tiré un trait sur mes rêves de jeunesse, je me répétais que Proust lui-même avait été refusé par Gide chez Gallimard, à son époque.Dans ces conditions, il n’y avait rien de grave.

J’avais même clamé haut et fort que je n’écrirais plus. Plus rien.

Et puis le rien est devenu quatre pages -une petite nouvelle avec deux personnages, un décor (une salle de bains) et une chute à la fin. Et comme quatre pages, ce n’est vraiment pas grand-chose, j’ai continué. Au bout il y avait un nouveau roman. Encore un. Un roman où l’on parle, d’ailleurs, des refus des éditeurs.

Comme quoi je suis rancunière.

Alors? Alors je me suis collée devant la glace de ma salle de bains à moi, je me suis bien regardée droit dans les yeux et j’ai parlé à mon reflet, qui faisait une drôle de tête comme chaque fois que je le regarde bien en face.

-l’argent du botox, lui ai-je dit, ça te dérangerait que je le dépense pour me faire éditer?

Et mon reflet a baissé les yeux, ce que j’ai pris pour une réponse plutôt favorable.

J’ai donc choisi une maison d’édition à compte d’auteur, il y en avait une avec un nom de poète, une autre avec un nom de chèvre, j’ai choisi la chèvre. J’ai signé un contrat, reçu un colis par la poste contenant une vingtaine de volumes -mon oeuvre, avec mon nom dessus, et une belle couverture représentant une fille en rose fushia (ma couleur favorite) sur un quai de métro. Le bonheur.

J’ai aussitôt fait le siège de mes connaissances et des trois libraires du coin. « C’est bien, vous communiquez, m’a-t-on dit, parce que d’habitude les auteurs… » Ben oui je communique, parce que c’est quand même mon métier. « Et vous voudriez faire une petite dédicace? On peut vous organiser ça ».

Je n’ai pas fait de dédicace, je n’ai pas vendu beaucoup de livres, mais j’ai été reçue comme une reine dans un lycée de St Malo. En me conduisant là-bas, mon mari, jamais à court de mauvaise blague, me dit en riant: « tu vas voir, ils va y avoir écrit sur le mur du lycée: BIENVENUE DOMINIQUE LEBEL. Trop drôle. J’arrive et sur le mur ils ont écrit: BIENVENUE DOMINIQUE LEBEL.

Je crois que j’ai épousé l’homme le plus intelligent de la planète.

Et puis j’ai écrit un autre roman mais là, je n’avais plus l’argent du botox, et quelques rides supplémentaires (mais discrètes, évidemment). J’ai alors cherché une maison d’édition, une « vraie de vraie », mais pas Gallimard ni Albin Michel ni… je ne voulais plus avoir trop de peine.

J’ai fini par trouver: Hélène Jacob! j’ai envoyé mon manuscrit. Bon, pour vous dire toute la vérité, j’avais confondu Hélène et Irène -la très connue, c’est Irène. Mais je n’ai rien regretté, d’abord parce qu’Irène Jacob n’édite pas des romans, ensuite parce qu’Hélène Jacob est une très belle femme et que son équipe est géniale.

Me voilà donc chez eux. me voilà entrée dans le monde étrange des éditions numériques. Et là, j’ai découvert pas mal de choses:

-que tout le monde écrit, c’est incroyable le nombre de livres publiés sur la toile.

-que beaucoup de ceux qui écrivent croient dur comme fer en leur talent, qu’ils ne semblent pas connaître le doute, à croire qu’on les shoote à l’entrée (et moi, pourquoi on ne m’a rien donné?)

-que sans les classements, tu meurs. Vous savez, en 68 j’avais 15 ans et nous avons voulu abolir l’idée même de classements, et si dans ma carrière j’avais eu le culot de vouloir classer mes élèves, je me serais retrouvée au tribunal. Alors le top 100, le n°5 en Fantaisy et le 17 en Littérature sentimentale et le 78 en Suspens, ça m’a fait un drôle d’effet.

-que ce n’est pas le tout d’écrire, il faut se faire de la pub. Et je dois dire que c’est plutôt distrayant. On apprend à se servir de facebook, on fait un blog, etc…On se met en apprentissage.

-qu’il y a une quantité de groupes où les auteurs se bousculent, chacun lançant sa bouteille à la mer; et des gens formidables, qui passent beaucoup de temps pour vous aider. Vous voulez des noms?

Gaël, Mélanie, Sébastien, Hélène, Marie Pierre, Jean Philippe, la Libraire des inconnus.

-qu’on fait des connaissances, et sur le net les traits de caractère sont amplifiés, on est une caricature de soi-même qui rencontre des caricatures d’eux-mêmes. C’est quelquefois pénible, souvent drôle, parfois attachant.

-qu’il y a un mot sacré, écrit en lettres de feu: COMMENTAIRE Sur Amazon, il vous faut des commentaires.

-que les gens font beaucoup de fautes d’orthographe (mais je le savais)

-que c’est la guerre entre les grandes maisons d’édition et le livre numérique, mais que cette guerre devrait s’arrêter un de ces jours. Que l’expression « rentrée littéraire » énerve au plus haut point les auteurs du numérique. Je l’attends pourtant avec impatience chaque année, cette rentrée.

-qu’on a toujours à peu près dix ans quand on tape son nom sur google et qu’on voit s’afficher ses propres écrits, sa biographie, sa photo etc…

Voilà, j’ai appris tout ça et me voilà sur mon blog. Pardon d’avoir été un peu longue, mais les Mémoires, ça peut prendre plusieurs volumes (regardez Napoléon et de Gaulle), alors je me permettrai peut-être de vous faire un deuxième épisode.

A bientôt!

Dominique, auteurEEE chez Hélène Jacob.

 

 

Dans mon coin, je lis des romans

Posté : 23 septembre, 2014 @ 1:51 dans Mes publications | 2 commentaires »

Qu’attend-on d’un roman? Qu’il nous raconte une histoire?

ccf23092014_000001 2

Je vais dire non. En tout cas pas vraiment. D’abord, on ne m’a pas lu d’histoires quand j’étais petite, ce n’était pas encore une obligation faite aux mères (prenez le train, l’avion et vous verrez, c’en est une à présent). Ensuite, je n’appartiens pas à la génération Harry Potter, il manque une case dans mon cerveau.

J’ai besoin d’autre chose.

Lire un roman pour moi, c’est entrer chez quelqu’un. Je dois vous dire quelque chose, j’ai toujours été fascinée par les fenêtres allumées la nuit, quand il m’arrivait de traverser Paris (et, pire encore, par les restes de papier peint dans les immeubles à moitié démolis). J’y ai plongé mes regards et inventé des vies. Et quand une silhouette apparaissait en ombre chinoise, avec un fragment de décor près d’elle -des rideaux, une lampe, un tableau- j’ai alors ressenti chaque fois une grande émotion. Je crois bien que c’est cette émotion-là que j’attends d’un roman.

Lire pour moi, c’est mettre un pied chez un écrivain. Chez lui, il y a un parfum qui traîne et des personnes qui attendent. L’histoire que ces personnes vont commencer à vivre quand j’arriverai m’aidera à les côtoyer mais c’est tout, après j’oublierai cette histoire, la plupart du temps. Mais les personnes resteront. Et le parfum aussi.

sensual woman smelling perfume, golden perfume bottle

C’est pourquoi je me méfie des recettes romanesques, qui font aujourd’hui que de nombreuses romancières américaines écrivent exactement de la même façon (vous savez à la page 54 que vous allez avoir droit au portrait du personnage, puis à l’arrière-plan historique, etc…) C’est comme si en entrant chez l’écrivain, je me retrouvais dans un appartement agencé par un décorateur. Ennui assuré.

Bref je lis pour tomber sous le charme et vous le savez tous comme moi, le charme tient du miracle et ne s’explique pas -mais il n’est pas donné à tout le monde!

Et croyez-moi, écrire soi-même quand on a cette idée-là dans la tête, ce n’est pas ce qu’il y a de plus confortable. Tant pis pour le confort, j’allume mes bougies en vous attendant, pour que ça sente bon chez moi.

 

12
 

Né de poussière d'étoiles |
Lafausseracaillepinkquiaime... |
Hypokhagne 1 |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Poesiemavie
| commentcest
| Pressplume