Dans mon coin

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Archive pour octobre, 2014

C comme copine

Posté : 31 octobre, 2014 @ 5:40 dans Mes publications | 2 commentaires »

c+comme copine, je n’aime pas ce mot, tel qu’on l’emploie aujourd’hui. Imaginez la page de Stendhal: « Julien entra dans l’église neuve de Verrières… la vue de sa copine qui l’avait tant aimé fit trembler son bras ». Moi, je préfère qu’il essaye de tuer sa maîtresse. Dans MON- DERNIER- ROMAN-QUE-VOUS-ALLEZ-LIRE-BIENTOT (1), un gardien de musée un peu vieux jeu (genre moi) demande à ma narratrice si elle a un amoureux ; « Un copain, lui répond-elle. Aujourd’hui, on dit un copain ». N’empêche que son copain la trompe et qu’elle va se retrouver toute seule à la fin, preuve que ce mot n’est pas synonyme de bonheur.

 

C comme chaussette dépareillée

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J’aimerais bien qu’un jour quelqu’un écrive le drame de la chaussette dépareillée.  Je ne suis pas la seule à qui ça arrive, j’ai lu quelque part que la mère de la très géniale Joyce Carol Oates avait vécu la même chose : cette consternation devant la disparition inexpliquée de l’autre. L’autre chaussette, pour faire la paire et il n’y a rien à faire,  il est inutile de chercher. Elle est partie ailleurs sans sortir de chez vous. La chaussette dépareillée est le témoignage le plus facile à repérer de la quatrième dimension.

 

C comme courez chez votre librairie et commencez à lire comme moi l’Incolore Tsukuru Tazaki, de Haruki Murakami (faites-vous un post-it avec le titre et le nom de l’auteur) Le héros est d’une banalité à faire peur, le genre que personne, absolument personne ne remarque et tout à coup, sans qu’il comprenne pourquoi (et vous ne comprenez pas non plus) ses amis lui tournent le dos, ne veulent absolument plus le voir. Et il ne sait pas ce qu’il leur a fait. Du Kafka modernisé.  Moi j’en sais un peu  plus, mais pas beaucoup plus parce que c’est un très gros roman et que je suis loin de l’avoir fini.

 

 

C comme Cinéma, je me fais mon cinéma, je suis du genre à me faire des films. Vous me donnez une personne, vous la mettez en face de moi et je monte un scénario. C’est très vilain de faire ça, on n’entre pas ainsi dans la vie des gens. C’est très vilain de le faire, surtout, quand on est soi-même cette personne. C’est même dangereux pour l’équilibre.

Un jour, je ne sais pas quand, je ne croirai que ce que je verrai.

 

C comme Concept, conceptuel, ces mots sont aujourd’hui absolument courants et mystérieux. Car ils désignent finalement tout ce dont on aimerait se débarrasser .

Le chien sans muselière et sans laisse qui traine sur mon chemin quand je cours est un concept (liberté)

Mon fichier word est un concept (lisibilité)

Le cerveau droit des autres est un concept (créativité)

Les gens qui me snobent sont un concept (modernité)

Le Paradis du Fruit où je n’entends pas ce qu’on dit à ma table est un concept (sociabilité)

Les restaurants où je ne vois pas ce que je mange sont un concept (intimité)

Les pervers narcissiques sont un concept (banalité).

pervers

L’idée qui me prend par moments de me faire faire du  botox est un concept (éternité).

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C comme Camus, c’est dommage qu’on l’étudie au lycée, ce qui fait qu’on est amené à le détester, comme les autres. Camus aimait les cigarettes, le foot, le théâtre, la mer et le soleil. A part ça, pas grand -chose mais si vous faites le compte, il y avait de quoi remplir une vie.

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C comme c’est à toi « c’est à toi seul que je veux m’adresser ». C’est le début d’une lettre, écrite à un homme par une femme. Elle ne sait pas s’il lira cette lettre, elle sait en tout cas qu’il ne lui répondra jamais. C’est du Stefan Zweig, c’est de l’amour comme on n’en fait plus. Si la vie ressemblait aux romans de Stefan Zweig, on deviendrait tous bizarres, mais qu’est-ce qu’on s’aimerait !

 

C comme chansons, j’ai des chansons à la noix dans la tête, je n’y peux rien, je crois que je n’aime que ça. Je les ai collées dans le cerveau de mon héroïne, (1) depuis je me sens moins seule.

                 Michel Sardou . les lacs du Connemara . YouTube            

 

 

(1) Un lundi au soleil, éditions HJ. Parution en Mars

 

 

 

L’écrivain parfait existe

Posté : 30 octobre, 2014 @ 6:39 dans Mes publications | 2 commentaires »

 

Et il vous énerve.

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Il a vendu  40.000 exemplaires dès son premier livre.

Il avait vingt ans  et a déclaré « j’avais envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons d’édition au hasard, trois m’ont répondu.

 

Il progresse en dépit de son succès: il en est à son douzième roman et le dernier est chaque fois encore meilleur que le précédent. Parce qu’il est parti en repérage au bout du monde pour planter son décor. Ou parce qu’il est resté enfermé dans son appartement et n’a mis un pied dehors que vers six heures du soir, pour marcher dans la rue ou s’en aller errer dans un jardin public. Parce qu’il ne s’ennuie pas quand il marche, lui.

 

Il a une femme ravissante et de beaux enfants, qu’il montre rarement.  Les enfants vivent quelque part en Floride et passent leurs vacances à Paris, là où leur père se cache pour écrire. Ou alors il n’a pas de famille, parce que ses personnages lui suffisent et que la solitude est nécessaire à l’écriture. D’ailleurs il n’est jamais allé en Floride, il n’a jamais quitté le 14ème où il est né

14th et où il est allé à l’école -parce qu’il est fidèle à ses parfums d’enfance. Parce qu’il a une âme, lui.

 

Il est beau, c’est pourquoi on continue à mettre sa photo sur les jaquettes de ses livres. Ou alors il est vraiment vilain mais comme il fume beaucoup, son visage est flouté par  un écran de fumée. Et on lui trouve un physique intéressant.

 

Il a dix mille amis sur sa page Facebook et cent quatre-vint-quatorze commentaires sur Amazon.

 

Sur sa page Facebook, il ne parle pas de ses livres. Il fait des blagues et raconte sa vie. Il dit qu’il a oublié de garer son vélib, qu’il a pris l’avion, qu’il est allé chez Conforama, qu’il doit acheter un gâteau pour l’anniversaire de sa femme.

 

Ou alors il n’a pas de page Facebook, il est au-dessus de ça et pense que les réseaux sociaux sont une vaste comédie, dont il fera peut-être un jour un sujet de roman. Parce qu’il a plusieurs sujets de roman en même temps dans la tête, lui.

 

Il a trouvé l’idée géniale que vous n’avez pas eue pour démarrer son histoire. Il a trouvé aussi l’idée géniale que vous n’avez pas eue pour la finir.

 

Il prend des sujets bêtes et en fait un chef d’œuvre. Il vous parle d’une caissière du super U, de son voisin qui fait des marathons,

marathonien de sa voiture qui est en panne, d’une femme de ménage, d’un camp de vacances, d’une maison en Bretagne sous la pluie, d’une maison en Irlande sous la pluie, d’une maison dans le Sud sous le soleil.

 

Il prend des sujets improbables comme une épidémie de polio ou le parcours initiatique d’un chien et il en fait un chef d’oeuvre.

 

Il a mis cinq ans pour écrire son dernier roman. D’ailleurs vous pensiez que vous l’aviez oublié, mais non. Il revient.

 

Son dernier roman fait 500 pages, c’est le pavé dont tout le monde parle. Le bruit se répand que tous les livres de 500 pages sont à mourir d’ennui, sauf le sien. Que ça pèse deux kilos cinq entre vos mains mais que vous ne pourrez pas le lâcher.

 

Votre fille-qui-ne-lit-jamais  vous a piqué son dernier roman  et elle en est à la page 340.

 

Il passe à la télé et il parle à la radio. Longtemps et tout le monde l’écoute, lui. Car il parle beaucoup des autres et peu de lui.

 

Ils l’ont traduit en Corée du Nord

모든 인간은 태어날 때부터 자유로우며 그 존엄과 권리에 있어 동등하다. 인간은 천부적으로 이성과 양심을 부여받았으며 서로 형제애의 정신으

 

Il a  connu un drame dans sa vie, a eu une enfance malheureuse,

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se sent abandonné depuis  mais ça ne se voit pas, ça en se devine que dans ses livres. Ou bien il n’a pas eu d’enfance, est passé direct à l’âge adulte, l’âge d’écrire.

 

Il fait des phrases de dix lignes et ça n’ennuie personne.

 

Il fait des phrases de trois mots et ça n’a pas l’air bête.

 

Il fait des phrases qui résument la vie. Vous êtes du même avis que lui mais vous ne saviez pas le dire. Heidegger était du même avis que lui si vous vous souvenez bien de vos cours de philo, mais il ne savait vraiment pas le dire.

 

Les gens connaissent mieux les titres de ses livres que les noms de nos ministres.

 

Il est comme les parfums, son nom suffit  à faire acheter son livre.Il est le champion de la métonymie littéraire: il est devenu une marque.

 

Il n’est pas prétentieux, pas arrogant et si un jour vous lui montrez ce que vous écrivez, il vous dira  qu’il vous promet de vous lire un jour. Dès qu’il en aura le temps.

 

Quand on l’a appelé pour une dédicace,

dédicace

il y a la queue jusque dans la rue.

 

 

Dans la queue jusque dans la rue, on ne parle que de lui. On ne se rend même pas compte que la nuit tombe et qu’il commence à pleuvoir. Et qu’il commence à être fatigué, en dépit des sourires qu’il affiche.

 

Vous ne savez plus de quoi parlait son dernier livre mais ça n’a aucune importance. Vous savez que c’est lui qui l’a écrit. Et que c’était un très beau livre, qui a enchanté vos nuits.

 

D’ailleurs un jour, vous lui écrirez. Et dans votre lettre, vous lui demanderez d’écrire rien que pour vous. Mais c’est vous qui lui proposerez le sujet. Vous y aurez bien réfléchi. Vous lui demanderez de vous récrire des choses: le mode d’emploi de votre machine à laver, les dépliants de  votre agence de voyage, vos fiches cuisine, votre contrat d’assurance, le dernier devis pour votre couronne en céramique, le bail de votre appartement, la recette au dos de votre boîte de spaghettis  et les livres de maths de vos enfants.

Et alors votre vie sera plus facile, car beaucoup plus jolie. Il y aura des mots doux entre les lignes, de la poésie dans vos dossiers à classer, de beaux sentiments dans votre quotidien.

Et là, vous verrez, il ne vous énervera plus du tout.

 

 

 

 

QUAND LA CHINE S’EVEILLE

Posté : 29 octobre, 2014 @ 5:09 dans Mes publications | 1 commentaire »

GAME OVER!

 

James Bond traînait sur Facebook depuis un moment et j’ai voulu lire son livre. J’étais tout feu tout flamme, une vraie James Bond girl coiffée-armée-pomponnée – je me suis calmée à la page 10.

Parce qu’à la page 10, il y a le portrait d’Angela « avec ses yeux verts sublimés par une longue chevelure rousse et un corps qui rendrait jalouse Angelina Jolie ». ça jette un froid.

J’ai laissé James Bond à ses amours et j’ai continué son livre.

Mais qu’est-ce que ça raconte? Une cyber attaque; la Chine contre les Etats Unis, une vieille histoire; et l’effondrement du dollar et l’assassinat d’un Président. GAME OVER ou le cyber voyage entre la réalité des marchés financiers et les grandes peurs de l’Occident, entre ce qui est déjà et ce qui pourrait arriver bientôt. GAME OVER ou la grande leçon du nouveau James Bond: prenez un gâteau (la spéculation), nappez-le de poudre aux yeux (nos systèmes économiques), vous obtenez le désastre qui nous pend au nez.

 

Et sinon?

Sinon, si l’on décide de ne pas trop aimer les histoires d’argent, il y a dans ce livre une quantité de choses spectaculaires (si vous ne comprenez rien au film, regardez les images):

Il y a une belle Mustang, d’abord, tant qu’à faire. Et un virus chinois dans les tablettes des traders.

Il y a des ordinateurs zombies cachés à l’autre bout du monde.

Des robots boutonneux sans scrupules, qui viennent faire leur crise d’adolescence sur nos marchés.

Mazda et Toyota en total effondrement et Angela Merkel dans tous ses états.

Des roubles planqués dans les îles Caïman

Des punaises qui vous endorment plus vite qu’une bouteille de rhum.

Et le portrait de Roosevelt, au cas où il se mettrait à parler -ça aiderait.

Mais il y a surtout cette terrible menace: « CRAIGNEZ-NOUS ».

 

James Bond, je me demande s’il est bien raisonnable de faire ainsi peur aux dames!

 

GAME OVER, Patrick Jaulent et T. Nguyen éditions Hélène Jacob

Le manuel d’entretien de l’éditée

Posté : 29 octobre, 2014 @ 4:48 dans Mes publications | Pas de commentaires »

 

FACE DE LUNE

Depuis que je suis éditée, j’apprends mon code. Je vous préviens tout de suite, j’en suis au niveau 1 et je pense y rester un certain temps.

J’ai donc enfin repéré la touche Caractères spéciaux sur mon ordinateur et je sais faire des SMILEYS. Je croyais bêtement que c’était réservé aux enfants, mais non.

smiley C’est même essentiel pour communiquer et sans communication directe, il n’y a plus d’auteur, plus de lecteur, plus d’émotion, plus de talent, plus rien. Juste vous avec votre nom sur une couverture, ce qui finit par vous faire une belle jambe.

Mais attention, je parle ici du smiley de base -je vous l’ai dit, j’en suis au niveau 1. Celui qui tire la langue, celui qui ouvre la bouche en camembert, celui qui a des lunettes, celui qui fait la gueule etc… je les verrai plus tard.

 

Autant vous le dire tout de suite, le smiley s’apprivoise lentement, en dépit de la simplicité qu’il affiche,  car il est multifonctions et il ne faut pas se tromper.

Si vous n’avez rien à dire, faites un smiley. Vous participerez ainsi à la conversation, on verra que vous êtes là puisqu’ainsi votre nom s’affichera. Et ça vous évitera d’écrire n’importe quoi. Qu’il pleut chez vous, par exemple. Ou que vous êtes allé à la piscine.

Si vous êtes fâché,

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ne mettez rien évidemment, puisque le smiley, comme son nom l’indique, affiche un sourire béat et permanent. . N’écrivez rien d’ailleurs, attendez que votre mauvaise humeur passe, car la communication avec vos lecteurs et ceux qui partagent votre passion doit être harmonieuse.

Si vous êtes juste bien, heureux, épanoui,

zen ne mettez rien non plus, n’en rajoutez pas devant les autres. N’affichez pas l’injustice intrinsèque qui vous favorise aujourd’hui et plombera les autres.

 

 

 

Si vous aimez bien une personne, que vous la préférez aux autres depuis que vous lisez ses commentaires, encore une fois ne mettez rien : ne donnez aucun signe de favoritisme dans vos relations virtuelles. La vraie vie est assez injuste et compliquée comme ça.

-Si vous faites une mauvaise blague,

blaguemettez vite un smiley juste après, qui signifiera que votre blague était vraiment mauvaise puisqu’on ne la comprend pas, mais que grâce au smiley on sait au moins que c’était une blague, qui ne restera pas dans les annales.

-si vous êtes content de votre message, que vous vous trouvez intelligent, perspicace, plein d’un humour de bon aloi ou simplement gentil, mettez un smiley. Dans ce type d’échanges, il est autorisé- voire conseillé- d’être plutôt content de soi. C’est ce qu’on appelle la positive attitude, qui n’a rien à voir avec l’absence de modestie. Elle vaut ce qu’elle vaut, mais elle a des vertus apaisantes.

-si vous avez un accès de tendresse pour quelqu’un,♡♡♡♡♡♡ ce qui peut vous arriver parce que ces relations virtuelles ne sont pas dénuées de sentimentalité- alors n’écrivez rien, faites juste un smiley: il remplacera vos paroles- ce qui vous évitera de vous vautrer dans des déclarations ridicules, qui n’auront peut-être plus cours le lendemain.

-si vous vous lancez dans un discours confus ou des explications ardues,

houellebecqmettez un smiley : il clarifiera votre discours, adoucira votre propos et sera pour l’autre comme une promesse de mise à niveau- tu n’y connais rien mais ça n’a aucune importance, pour l’instant c’est moi qui parle. Je te fais une démonstration sur l’aspect confessionnel de la prose proustienne et tu n’as jamais lu une ligne de Proust mais c’est moi qui parle.

 

 

-si vous êtes gêné parce que vous avez dit une bêtise

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ou parce qu’on vous a fait un gros compliment, mettez un smiley : il vous empêchera de rougir tout seul, bêtement, devant votre écran.

Mais de toute façon, mettez un maximum de smileys, dès que vous le pouvez ponctuez vos phrases avec ce petit bonhomme à tête de lune : il vous fera entrer dans la communauté des bavards d’internet –et vous savez bien que vos innombrables  lecteurs n’attendent que ça, que vous leur parliez, de vous, de vos personnages, de vos projets  et qu’ils sont tout prêts à vous livrer leurs impressions et leurs conseils. Alors entrainez-vous, avec eux, avec vos amis… et SOURIEZ !

 

 

 

Mauvaise mère

Posté : 22 octobre, 2014 @ 6:42 dans Mes publications | Pas de commentaires »

Le problème quand vous écrivez, c’est que vous avez des enfants.

Réfléchissez une seconde: vous les avez bercés, consolés, nourris,

enfants

soignés, soutenus dans leurs moments difficiles. Bref, vous vous êtes occupée d’eux.

Et vous les abandonnez pour d’autres.

Vos personnages.

Ils y verront UN ABANDON.

 


enfant abandonné

 

D’abord, parce que ces personnages vous prendront votre temps et que votre temps, c’était eux.Ils détesteront donc d’emblée ces gens qu’ils ne connaissent pas, qui n’ont même pas de consistance réelle ni de I-pad ni de numéro de portable  et à qui vous semblez soudain si attachée. A la première occasion, ils vous diront des choses désagréables à leur sujet:

-tu les décris pas, on voit pas à quoi ils ressemblent.

-c’est qui Victor, déjà?

-ah bon, elle meurt à la fin?

-à son âge, on parle pas comme ça.

Bref, ils ne s’intéresseront pas à eux.

 

Mais il y a pire encore. Car vous avez déballé votre imaginaire en deux cents pages, vous l’avez livré aux lions puisque telle est la vocation de l’écrivain. Mais pour vos enfants, vous n’avez pas d’imaginaire.

Pour eux, il y a dans votre tête  la liste des courses avec leurs demandes personnelles, les horaires de trains, les prévisions météo pour le week-end, les dates des vacances, le numéro du dentiste, le numéro de l’orthodentiste, la recette de la tarte aux légumes, la liste de leurs amis, la liste de leurs petits soucis et le souvenir de leurs gros chagrins. Ce qui fait déjà beaucoup.

 

Mais il y a pire encore, il y a le contenu de vos livres: la page où votre héroïne se fait trousser par son amoureux. La page où vous avez écrit des mots grossiers, celle  où vous vous moquez de vos voisins, qu’ils ont forcément reconnus au passage. La page où la mère meurt. La page où votre homo est ridicule, la page où le SDF sent mauvais, la page où vous faites mourir le chien, la page où celle qui vous ressemble a de la peine, la page où vous vous moquez de vous-même. La page où vous vous êtes lancée dans une longue description, qui leur rappellera forcément leurs devoirs de lycée.

Pour vos enfants, ce sera insupportable.

 

Alors, si vous avez des enfants, écrivez:

-des romans historiques, et vous aurez le choix de la période. Ils les confondent toutes.

-de la Fantasy et vous aurez le choix des décors, ils les connaissent tous.

-des histoires de monstres et de vampiresvampire

 

-un thriller et ils vous diront qu’ils n’ont même pas eu peur. Que vous devriez essayer un autre genre.

-des histoires pour rire, ils ne riront pas mais vous serez tranquille.

D’abord, ce sont des histoires qui plaisent aux lecteurs (pas vos enfants, qui ne lisent jamais, les autres). Ensuite, vous aurez l’excuse de l’imaginaire délirant -le faux, celui qui ne vous implique pas personnellement, dans lequel vos enfants auront beaucoup de mal à vous retrouver.

Parce que, faire la folle sur une table de restaurant (1) avec un extra-terrestre ou un vampire, entre nous ça ne risque pas trop de vous arriver.

 

(1) LA page 54 (Mater dolorosa)

Et pardon à mes filles, si elles lisent cet article et s’y reconnaissent , ce ne sera là qu’une regrettable coïncidence.

Le prix du croissant-beurre

Posté : 22 octobre, 2014 @ 2:39 dans Mes publications | 2 commentaires »

Je n’aime pas trop les croissants le matin, aussi me suis-je offert Les caractères mobiles.

caractères mobiles

C’était le même prix, l’auteur m’avait prévenue.
Et j’ai passé un bon moment, au sens propre comme au sens figuré d’ ailleurs, parce que je dois vous le dire tout de suite, j’ai trouvé le roman un peu long. Mais attention avec moi, je ne suis pas aux normes (j’aime par-dessus tout les nouvelles et suis une inconditionnelle de Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig, qui doit être le roman le plus court de la littérature).

Que trouve-t-on dans ce roman? Une chose que j’aime d’abord: la mise en place de personnages qui n’ont rien à faire ensemble . Vous les voyez défiler et vous êtes perdu, mais vous savez bien qu’on ne va pas vous laisser dans cet état et qu’ils vont finir par se rencontrer. En attendant qu’ils fassent connaissance, vous avez:

-un consultant qui suce son pouce en cachette.

-une fille élastique (1)

-un Sébastien (pas le Saint, l’autre, l’éboueur-qui-ne-sait-pas-lire) beau comme un micocoulier (vous ne savez pas ce qu’est un micocoulier? Moi non plus, attendez: arbre des régions chaudes ou tempérées).

-une business woman: « 15 ans d’avance professionnelle. 15 ans de retard amoureux. Elle voudrait un calin« .

-des « parents-minute », qui veulent la réussite de leurs enfants en instantané.

-un maniaque des gâteaux au miel.

Et que font-ils? Il essaient d’être heureux, comme vous. Et ils s’envoient une quantité de SMS, comme vous.Et ils se prennent le vent dans la figure quand ils sortent des bureaux de la Défense, comme vous. Et ils essaient de s’aimer, comme ça se passe chez vous, mais chez ces gens-là qui vous ressemblent, le grand amour ça n’est pas gagné.

Vous le saviez déjà? Oui, mais on ne vous l’avait jamais dit comme ça, écoutez:

« T’es pas retardé, t’es pas un grand littéraire ».

« Elle ne veut pas devenir toute seule ».

« Sabine n’écoute plus Michel qui s’écoute parler »

« Chez nous les gens du consommable, l’amour jusqu’à ce que la mort nous sépare est un tableau d’autrefois montrant une scène de la mythologie ».(quoique, quand on connaît un peu sa mythologie…)

Et j’oubliais: il y a un objet qui traîne dans ce roman, au milieu des portables, des pots de miel et des machines à café. C’est un petit objet indispensable, si vous le perdez autant rester couchée. Lisez ce roman, vous le trouverez.

(1) »Sihème est une fille élastique: elle a pris ce job de nuit et travaille à mi-temps le jour, chez un opérateur de téléphonie mobile. Jour, nui: le sourire tient, les yeux moins. »

Les caractères mobiles, Olympe Vansaï, éditions Bookly

http://www.amazon.fr/caractères-mobiles-Vansai-Olympe-ebook/dp/B00KXTA50S/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1413696121&sr=8-1&keywords=les+caractères+mobiles

 

Botticelli, langue de bois, boulet, Baudelaire etc…

Posté : 21 octobre, 2014 @ 4:02 dans Mes publications | 6 commentaires »

CCF21102014_00000B comme Botticelli, parce que le Printemps, c’est quand même magnifique en vrai. Un enchantement. Vous restez là comme devant une vitrine de Noël quand vous étiez petit, vous ne bougez plus, vous vous demandez ce qui vous arrive, pourquoi vous n’entendez plus rien autour de vous. A un moment, vous vous demandez où vous avez déjà vu ces visages…dans un magazine… cette femme si gracieuse au centre fascinerait encore les photographes, franchement regardez-la et dites-moi si je me trompe. Et Adonis aussi, et les trois Grâces. Le Printemps est un chef d ‘œuvre, je confirme, un chef d’oeuvre qui n’ennuie personne parce qu’il a traversé les siècles sans encombre, ce qui n’est pas le cas de tous les tableaux qui l’entourent. En même temps, après deux heures et demie de queue devant l’entrée des Offices, c’et mieux si vous aimez.

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/t/telanne/22804.pdf

 

B comme boîte, quand on déménage on met sa vie en boîtes et c’est chaque fois une drôle d’expérience : par exemple, on enferme ses livres en fonction de leur format, les plus petits ensemble, les plus gros dans un autre carton. On se rend compte qu’on a lu tout ça, mais comment on a fait ? C’est que les années ont passé et voilà nous y sommes, la vie en boîtes est la preuve flagrante du passage du temps.

Je viens de lire un article sans lequel une femme plutôt baroudeuse affirmait pouvoir faire tenir toutes ses affaires dans trois malles. Alors je dis : RESPECT. Moi, il me faut un camion. Et est-ce que j’ai besoin de tout ça ? Oui. J’ai besoin de ma collection de  Poésie Gallimard et de mes quatre paires de boots –parce que le talon n’est pas pareil. J’ai besoin de mes manuscrits  (les trois édités et les dix rejetés) et de mes quatorze bâtons de rouge à lèvres. Sinon qui suis-je et à quoi bon vivre ? Au bout du long chemin de la mise en cartons, se trouve une question existentielle qu’il n’est pas toujours bon de se poser.

 

B comme bois, la langue de bois devient de plus en plus créative. Au lieu de dire: des vandales ont saccagé le gros sapin vert qui ne plaisait à personne, on a dit: « Il est probable que le sapin ait une deuxième lecture subversive »(1)

 

B comme Baudelaire, le Spleen de Paris en collection biblio est pour moi  l’œuvre magistrale du Maître et pour tout le monde le livre le plus facile à caser dans un carton. 5 millimètres d’épaisseur. Avec des trésors à l’intérieur : un homme s’arrête à un stand de tir, il est accompagné de sa femme. Il vise une poupée, la décapite du premier coup et tandis que son adorable épouse l’applaudit, il lui dit le plus amoureusement du monde: cher ange, je me figurais que c’était vous.

Moralité, ma fille méfie-toi des hommes, comme me le disait ma maman –mais je n’ai pas trop suivi son conseil.

 

B comme boulet, j’aime bien ce mot, rond comme un petit ballon. Il adoucit les situations catastrophiques. Parce qu’on est toujours le boulet de quelqu’un, mais dit comme ça, c’est moins grave.

boulet

 

B comme Bowie. Parce que c’est quand même l’homme le plus séduisant de la terre –après mon mari, évidemment. Et parce qu’il chante pour moi, rien que pour moi. Allez dire le contraire.

 

B comme bête, c’est quand même bête, j’ai oublié  les remerciements. Les remerciements, à  la dernière page de mes livres Tout le monde fait ça, sauf moi. Alors j’y vais, je remercie:

-mes parents d’abord, qui ont conçu le petit génie littéraire que je suis.

-les miens, qui me supportent depuis que j’écris et aimeraient bien manger à l’heure et que je réponde au téléphone.

mes auteurs préférés, qui m’ont montré le chemin.

-les criminels et malades qui traînent partout et pourraient me donner des idées pour un prochain roman.

-mon premier chagrin d’amour, parce qu’il m’a rendue à jamais mélancolique.

-mes cours d’histoire, qui m’ont montré des héros et des victimes.

-mon chien, qui est resté couché tout prés de moi pour m’encourager, pendant que j’écrivais.

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Et puis  mon fichier word pour la mise en page, mon dictionnaire et ma tablette de Côtes d’or au noisettes pour les moments de doute.

 

(1) Antithèse, en mode Sébastien Cerise:

L’artiste McCarthy a placé un gode anal géant sur l’une des plus belles places du monde, la place Vendôme, et vert le sex-toy, s’il vous plaît !
Ce que je considère comme une infâme bouse a coûté la bagatelle de 200.000 euros au contribuable parisien ! Et les médias de nous raconter : non, ce n’est pas un sex-toy ! Le pire est qu’ils y croient sans doute, ces boulets de l’humanité…
Mais pas nous hein, rassurez-moi ??

Vous remarquerez qu’il y a aussi le mot « boulet ».  (et bouse et bagatelle, mince il a fait lui aussi la lettre B!)

Les dix commandements d’une éditée

Posté : 20 octobre, 2014 @ 6:12 dans Mes publications | 10 commentaires »

LUNDI

Temps et horoscope encourageants. Neptune se tient à carreaux et Vénus lui fait de l’oeil.

 

Je faisais mes cartons de livres parce que, comme vous le savez,  je vais bientôt déménager. Il y avait ma collection de Philippe Djan, les œuvres complètes de Stendhal jamais ouvertes et celles de Maupassant ouvertes des milliers de fois, mon Camus dans la Pléiade et mes Fleurs du Mal illustrées. Il y avait aussi ma Bible, le premier beau livre que je me suis offert. Un gros bijou très lourd illustré par Dali.

Quand on touche à un livre pareil, forcément on l’ouvre.

Et là, au tout début de la Genèse, avant même l’arrivée du Serpent, à la page où ils sont encore heureux tous les deux parmi les arbres et les fruits,

adam une feuille volante m’attendait :

 

LES DIX COMMANDEMENTS DE L’AUTEUR DEBUTANT (1)

Je me jetai dessus, vous pensez bien. Et je lus ce qui suit :

 

Tu seras patiente, ce qui t’évitera de te plaindre au sujet de tes ventes. Ainsi,  tu arrêteras d’en vouloir à tes lecteurs potentiels et qui le sont restés. Tu n’iras pas non plus regarder les ventes des autres. Tu es un pur esprit créatif et les contingences se situent tout en bas, toi tu es tout en haut. Et puis tu connais ton Histoire des Génies par coeur, tu sais bien qu’on ne les apprécie vraiment que quand ils sont morts. Tu n’as aucune envie de mourir pour les beaux yeux de tes lecteurs, soit, mais considère enfin que le temps joue pour toi.

Tu ne te demanderas pas une soixantième fois ce qui plaît exactement aux gens qui ont une liseuse et pourquoi ton livre, que tu trouves si bon, si bien écrit, ne leur plaît pas tant que ça. Tu sais bien que les secrets du succès sont impénétrables.

Tu n’essaieras pas d’écrire une histoire de vampire si tu as peur du sang, une histoire de monstres si tu as peur de ton ombre, une histoire policière si tu ne payes pas tes contraventions..

thriller

Tu n’essaieras pas d’écrire une histoire drôle si tu es du genre sérieux.Tu sais que la crise favorise les romans légers, tu as lu ça dans l’Express, Libé et Télérama et tu l’avais déjà remarqué, mais tu suivras ta nature profonde. Tu poursuivras ta descente aux enfers, continueras l’introspection, respecteras ta mélancolie, écriras un roman sur le doute, un autre sur la trahison, un autre encore sur ton avant-dernier chagrin d’amour.

Tu  te feras des contraintes sévères, car tu sais que les contraintes sont source d’inspiration: tu n’emploieras pas le subjonctif imparfait et tu ne situeras pas ton histoire dans la Grèce antique d’avant Démosthène, ça devrait t’aider.

Tu ne jetteras pas un œil mauvais vers le rayon Livres de ton Supermarché, tu  marcheras la tête haute jusqu’au rayon fruits et légumes. Là, tu achèteras les plus belles tomates, celles qui ont des couleurs inhabituelles, et des fruits exotiques qui feront venir à toi de belles images de palmiers. Tu te diras alors que les nourritures terrestres sont quand même les plus intéressantes et que les choses de l’esprit peuvent aller se faire voir ailleurs. Ce qui te consolera, tu verras.

Tu ne reliras pas tes grands auteurs, car ton coach t’aura appris à être proactif dans l’écriture. Et pour cela, il te faut une grande confiance en toi.

Tu ne poseras pas un lapin à ton club écriture sous prétexte que tu as mal à la tête. Le mojito n’a jamais donné de migraine à personne. Tu t’y rendras la fleur au fusil et l’on saluera une nouvelle fois ton talent, parce que c’est toi qui auras écrit la plus belle page sans la lettre A, sans la lettre B et avec un maximum de dialogues.

Tu ne chercheras pas ton héros dans tes annales d’Histoire, tu l’inventeras toi-même et tu laisseras l’Histoire tranquille. Des héros, elle en a suffisamment comme ça.

Tu n’iras pas chercher un stylo pour que tes amis notent le titre de ton livre, tu les laisseras prendre l’apéritif tranquilles. Ensuite tu n’en parleras plus, tu les laisseras  manger tranquilles.

 

J’avais fait à peu près tout ça, j’avais bravé ces interdits.

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Je sentis alors une honte stupide m’envahir, ce genre de sentiment qui vous glace le sang de bon matin. Il me fallait sortir de cet embarras et retrouver ma dignité. Je pensai alors à ce que j’avais déjà dit des religions certains jours de désespoir, qu’elles font du mal aux hommes. Je pensai aussi à ce qu’avait écrit Marx et me refis la liste des auteurs fumeurs d’opium qui avaient mal fini –il y en avait pas mal.

Mais je me promis quand même de faire un effort. Je pliai la feuille en deux et la rangeai dans mon bureau, afin de la regarder de temps en temps.

Et je continuai à faire mes cartons.

 

-(1) Je fais ici une allusion discrète mais finaude à mon passage fugitif dans la presse:

 Dominique Lebel, l’écriture en apprentissage (le Trégor, journal régional breton, comme son nom l’indique)

Le dictionnaire portatif de l’ éditée

Posté : 20 octobre, 2014 @ 2:39 dans Mes publications | Pas de commentaires »

a comme arriver au bon moment : n’écrivez pas une histoire de fantôme après Marc Levy, n’attachez pas votre héroïne sur un banc de Central Park après Guillaume Musso, quittez Paris, Modiano y est déjà. Ne regardez pas les crocodiles dans les yeux, Katherine Pancol l’a fait. Si vous vous appelez Eddy et que vous êtes homo, changez de nom, quittez le Nord et demandez à votre belle-sœur de vous présenter ses amies. Et  si vous faites pleurer vos personnages, méfiez-vous : la boîte de mouchoirs se trouve chez Chris Simon.

 

A comme arriver à avoir 20 commentaires sur Amazon : organisez une réunion de famille, harcelez vos proches, menacez vos enfants,  invitez une chroniqueuse à dîner, offrez votre livre dédicacé contre une étoile supplémentaire. Bref, démenez-vous, ne restez pas les bras ballants à vous plaindre, soyez positif, allez de l’avant. Votre page Amazon s’en trouvera illuminée et vous, vous serez récompensé.

 

A comme amour : vous l’avez dit cent fois déjà, ce que vous aimez, vous, c’est écrire. Vous aimez le parfum délicat des mots, la plongée en apnée dans les profondeurs de votre moi qui est encore un grand mystère pour vous, etc… alors ne vous plaignez pas, puisque vous avez déjà écrit quarante-trois mots ce matin, vous avez quarante-trois raisons d’être heureux.

 

A comme arrêter. Arrêtez d’écrire, chez vous ils aimeraient bien déjeuner. Et vous voir un peu. Eteignez votre ordinateur, lâchez un peu vos stylos, oubliez votre histoire et allez prendre l’air, vous êtes tout pâle et un écrivain avec une mine de déterré, c’était bon au temps de Dostoievski, maintenant c’est fini. Regardez Houellebecq.

 

A comme  ami lecteur, ami forcément celui-là, qui a tenu votre livre entre les mains ou  l’a lu sur son écran . Et il restera votre ami pour la vie, enfin tant qu’il ne se mettra pas à essayer de comprendre pourquoi vous avez commencé votre histoire par la fin, tant qu’il ne se demandera pas si le chapitre 3 était une digression ou un retour en arrière  et si les cent quatre-vingt dernières pages étaient vraiment indispensables. Un ami sait rester discret et celui-là, comme les autres, devra donc demeurer évasif dans le compliment, c’est à dire trouver votre livre fabuleux. Et s’en tenir là. (demandez à ceux qui vous entourent ce qu’ils pensent de Proust, vous verrez)

 

A comme artiste. C’est à dire maudit et ce n’est pas exactement ce que vous attendez de la vie. Alors n’en rajoutez pas, dites simplement que vous écrivez, il paraît que pour les hommes c’est déjà faire un grand pas vers le succès (1). Dites que vous écrivez des histoires, pas des romans. Des textes, pas des poèmes. Que vous avez sorti un truc, pas un livre. Que vous êtes sur Amazon, pas en librairie. Que vous avez eu des chroniques et des commentaires, pas des critiques. Que vous allez faire des dédicaces, pas des signatures. Qu’on a parlé de vous dans le journal local, pas dans la presse. Enfin, adaptez votre vocabulaire mais restez sur le bon chemin, celui de la passion d’écrire. Parce que sur ce chemin-là, vrai de vrai, vous êtes une vraie vedette!

 

(1)non je ne cafte pas, je ne donne pas les noms.

 

A comme… à demain !

Finis ton livre!

Posté : 19 octobre, 2014 @ 4:19 dans Mes publications | Pas de commentaires »

Notre ministre de l’agriculture vient de nous dire : pour éviter le gaspillage, finissez vos assiettes.

assiette

Je suppose que cette phrase  a été sortie de son contexte (je l’espère pour lui). J’ai eu beaucoup de chance , j’ ai un petit appétit mais mes parents ne m’ont jamais embêtée avec ça. « Finis ton assiette », c’était bon pour les autres, les enfants maltraités, les petits Chose des repas de famille. D’ailleurs on ne m’a dit cette phrase  qu’au cours de déjeuners chez des amies, mais comme on ne voulait pas avoir l’air d’être désagréable avec une petite invitée, on la mettait à la troisième personne : « oh, mais elle n’a pas fini son assiette! », me lançait-on en me regardant de travers. Et je souriais poliment devant mes restes de langue de boeuf  ou de lapin à la moutarde.

Ben non, je ne finis pas et pour les livres, c’est pareil, je les abandonne parfois en route.

Et le reproche revient. Pourtant, dans ce domaine j’ai plutôt un gros appétit. Toujours est-il que le problème reste entier, je croyais m’en être débarrassée avec ma liseuse, mais non.

Pour tout vous dire, j’ai longtemps été narguée par les volumes à peine entamés qui traînaient chez moi. Le marque-pages me narguait, la page cornée me narguait. J’avais des scrupules à ranger le livre entamé dans ma bibliothèque, je le laissais donc  traîner un bon moment sur la pile des incompris de ma table de nuit.

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Oui, j’avoue : je n’ai jamais fini la Chartreuse de Parme, ni le dernier Yasmina Reza. Mais j’ai fini la vie sexuelle de Catherine Millet.

catherine millet Il y a même des livres que j’ai adorés et que j’ai lâchés d’un coup, parce que l’enchantement était rompu (ce sont des choses qui arrivent aussi avec les histoires d’amour, je sais). Un livre largué, c’est une histoire à la fois belle et triste.

Je pensais bêtement pouvoir être plus tranquille avec ma kobo (1), ce petit objet plat apparemment dénué de mauvaises intentions. Mais non.

Parce que la perfide  m’affiche mes pourcentages de pages lues et c’est la honte assurée, l’opprobre qui me claque à la figure: 32% lus. Je l’allume, vais sur ma page Bibliothèque  et j’ai tout de suite une idée du désastre: là non plus, je ne finis pas mes livres.

Mais je ne vais pas être la seule, bientôt vous verrez que vous vous mettrez vous aussi à  ce gaspillage –à force de promos et avec la grande liquidation de la littérature qui s’annonce sur Amazon, vous verrez : vous vous ferez un stock, une collection avec une quantité d’assassins, de courses-poursuites, de créatures fantastiques surgissant de nulle part

vampire et d’histoires d’amour qui finissent mal et vous ne pourrez pas tout lire. Parce que vous serez gavés, forcément. Vous aspirerez à un peu de répit et vous irez au cinéma, vous allumerez la télé, vous vous achèterez des magazines, vous piquerez les jeux vidéo de vos enfants.

Alors allez-y doucement, si vous voulez finir votre assiette, ne faites pas comme moi, ne vous empiffrez pas.  Et prenez le temps de goûter à la saveur des mots.(2)

 

 

 

(1) j’ai un problème  avec le mot « liseuse ». Avant, il y a longtemps, une liseuse était un gilet tricoté dans une couleur obligatoirement abominable, que certaines femmes indolentes posaient sur leurs épaules .

liseuse Je déteste ce mot depuis toujours et ne l’emploie que contrainte et forcée par le sujet du jour.

 

(2)D’ailleurs je m’en vais de ce pas suivre mes propres conseils : je m’en vais tenter de lire enfin en entier un vieux succès,  les 50 nuances de Grey, dont je n’ai lu que 2% d’après ma liseuse. J’en étais restée aux différents modèles de lanières et je vous raconterai (2 bis)

(2 bis) En fait j’ai fini par l’acheter pour les besoins de l’un de mes articles. Mais si, JE VOUS JURE

 

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