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Le charme discret des paroles tristes

Classé dans : Mes publications — 23 novembre 2014 @ 18 h 32 min

écoutez

« Imaginez que vous ayez une chance et un don »: c’est la première phrase et j’ai failli laisser tomber le livre. Mais j’aimais bien la couverture avec les singes, et le titre. Et ce découpage en petites histoires. Vous pourrez me dire tout ce que vous voudrez, me parler d’incipit, de montée en puissance, de climax et de chutes et de dénouements, cette méthode-là est reposante. Et puis on peut faire son panier, lire dans le désordre, on sait que ça n’aura pas une grande importance. Que ce sera confortable et léger.

Même si le fond ne l’est pas. Car c’est un livre mélancolique et j’aime bien, moi, la mélancolie.

Il y a donc des infinitifs, Mourir, Ecrire, Croire, Détruire… on se croirait dans une chanson de Florent Pagny, sauf que ça n’a rien de fabriqué. Parce qu’on devrait donner un sous-titre à ce livre : Paule P. ou l’attention aux autres.

J’ai choisi quelques verbes pour vous, pour que vous voyiez à quoi tout ça ressemble :

Il y a MOURIR, qui nous renvoie à la terreur des mères, celle de la disparition des enfants. Trouvez m’en une qui n’a pas connu cette terreur-là.

Il y a DIRE, avec ce petit garçon dans la rue, qui hurle aux passants : « Il faut dire ! » Dire à l’être chéri que vous l’aimez, le lui hurler (je ne suis pas sûre que j’aie intérêt à le faire. Je parle des hurlements, mais je veux bien essayer de le dire tout doucement). Dire à votre enfant que vous n’avez pas envie de jouer (désolée mais ce n’est pas un très bon conseil, ça, Madame P. J’ai essayé et je sais de quoi je parle).

Il y a FUMER et ce si bel éloge du tabac, bien plus intéressant que celui de Sganarelle, qui a ennuyé à mourir des générations de lycéens.

Il y a GROSSIR, un mélange d’humour et de pathétique. Qui peut imaginer l’enfer des maigres ?  Vous ? Alors l’auteure vous donne sa recette pour grossir (et pour maigrir, vous n’aurez qu’à supprimer tout ça, d’où l’intérêt de la recette, absolument réversible) : vous alternez bonbons, biscuits, chupa chups, chips, mignonnettes de chocolat et grossesses. Et vous priez le Bon Dieu.

Il y a VIEILLIR, avec cette femme à la tête bizarre qui vous regarde un beau matin dans la glace. Vous lui trouvez mauvaise mine, vous la trouvez fatiguée.

Il y a CHERCHER, avec un vieillard triste dans un jardin public et qui cultive sa mélancolie.

Et puis il y a ECOUTER, et le livre se creuse en une jolie mise en abyme… mais je ne vais pas tout vous raconter.

 

Vous voulez un passage ? Lisez ça, et vous laisserez peut-être tranquilles ceux qui fument:

Fumer, c’est s’autoriser un moment à soi. Se rebeller en s’affranchissant d’un interdit dans

des vies si bornées, si tracées, si régulées. Fumer, c’est s’offrir un peu d’inconscience ;

d’insouciance. Se faire un petit plaisir décuplé par la culpabilité jouissive de transgresser des

règles sociales souvent encore implicites.

Fumer, on ne le fait que pour soi. Et en dépit des autres, la plupart du temps.

Fumer, c’est s’offrir le cadeau d’accepter de n’être pas parfait. Se permettre, pour quelques

minutes, plusieurs fois par jour, de sortir de son cadre. De ne pas faire les choses par devoir,

par obligation. Fumer, c’est renouer avec un égoïsme salvateur. Fumer, c’est s’autoriser à mal

faire, à ne plus être l’élève idéal, la femme parfaite, la mère modèle, l’employé de la semaine.

Fumer, c’est retrouver l’agitation heureuse de sa jeunesse. Prendre un risque en toute

conscience et croiser les doigts, intérieurement, pour que ça tombe plus loin. Ailleurs. Sur

quelqu’un d’autre, si ça doit tomber.

Fumer, c’est garder le lien avec son adolescence, sa jeunesse, son identité. C’est rester

celui que l’on est depuis des années.

 

Et j’ai juste envie d’ajouter quelque chose, mais n’y voyez aucune allusion à qui que ce soit, ce n’est vraiment pas le sujet :

Je voudrais juste dire: Merci pour ces bons  moments, Madame P !

 

Ecoutez, Paule P. , éditions Hélène Jacob

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