Le roman d’une bisounours

Je fais partie de ces femmes qui se réveillent joyeuses, attentives au moindre rayon de soleil. J’émerge de la nuit avec des chansons dans la tête, du rose devant les yeux, je me souris devant la glace, je suis une bisounours.bisounours

Et mes écrits sont plutôt noirs, je ne sais pas trop pourquoi.

Je ne tiens pas du tout à le savoir, d’ailleurs.

Au pays des bisounours, la haine n’existe pas et j’en ai mis dans ce roman. J’ai mis de la haine et des dénonciations, des gens qui balancent. J’aurais pu choisir un sujet feel-good, c’est à la mode, les gens en réclament mais je ne sais pas faire ça. Je crois que je ne suis vraiment pas une mère Teresa de l’écriture.

Donc il s’agit de ces lettres des années 40, écrites par des gens qui n’étaient pas des monstres sûrement, juste des personnes minables, qui n’ont pas mesuré les conséquences de leur acte. Pour écrire ce roman, j’ai lu pas mal de lettres de ce genre, la plupart étaient le résultat de petites jalousies très mesquines, de petites histoires de famille sordides. Elles concernaient surtout des résistants, les dénonciations de Juifs sont apparemment moins nombreuses. Mais elles existent évidemment, comme ont existé les Justes et j’ai lu aussi des correspondances, des cahiers de personnes admirables qui ont sauvé des enfants.

Le sujet ne me concerne pas directement, mais quand même. Le judaïsme se résume pour moi à l’image de ma grand-mère paternelle, une petite femme vêtue de noir qui avait eu onze enfants, allumait une lampe très mystérieuse le soir avant de se coucher et ne comprenait rien aux films qu’elle regardait avec nous à la télé. Sinon, on n’en parlait pas. Quant à l’antisémisme ordinaire, celui avec un petit a, je l’ai découvert brutalement quand je suis arrivée en France. Une phrase d’une camarade de classe a suffi. Et je le vois qui rôde un peu partout mais ce n’est pas si grave, c’est culturel. L’Antisémitisme avec un grand A, je l’ai appris au lycée dans mes livres d’Histoire, comme tout le monde mais je l’avais aperçu un jour, bien avant, sur le visage d’un ami de mon père rencontré dans une rue d’Alger. Sa tête était énorme, on aurait dit Elephant man, sauf que je ne connaissais pas encore le film.kelephant man

-Les médecins nazis ont fait des expériences sur lui, m’a dit mon père.

Et puis il m’a offert un objet extraordinaire qui faisait des bulles quand on soufflait dessus.

Je n’ai jamais trop aimé parler de ces sujets, l’idée qu’on aurait pu vouloir autant de mal à mon père, mon héros, l’homme le plus séduisant de la planète, était insupportable et lui-même n’en parlait jamais. Il sifflait dans son bain et moi, j’écoutais Sheila et Sylvie Vartan dans ma tête. La vie était tellement mieux ainsi.

Ma vie est restée belle, je l’ai voulue légère. Je n’ai pas choisi de perpétuer un héritage tragique, pas plus que mon père ne l’avait fait. Et c’est bien le sujet de ce roman : faut-il continuer à souffrir ou vaut-il mieux tourner le dos au malheur ? Doit-on fidélité aux victimes, porter leur souvenir comme un tatouage ?chronologie des murs

Je n’ai pas la réponse, je ne dispose que de la mienne, qui n’est peut-être pas la bonne et qui se complique chaque fois qu’on s’en prend aux Juifs, d’ailleurs. Car alors il y a de l’ombre au pays des bisounours, on n’y voit plus clair.

Cependant la Beauté existe, j’en parle dans ce roman. Elle est la grande affaire de David mon vendeur de jeans, celui qui ressemble à Sami Frey dans César et Rosalie.

Au pays des bisounours, il faut bien que la lumière soit !

 

Une réponse à “Le roman d’une bisounours”

  1. Falbet-Desmoulin Corinne 12 juillet 2018 à 22 h 31 min #

    Une Bisounours peut parler des choses graves…
    Sa légèreté est une chance, qui lui permet de voir les belles choses simples de la vie et de transmettre l’espoir.

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