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Seconde conversation avec un virus

Classé dans : Mes publications — 26 mars 2020 @ 11 h 14 min

Il était de retour et j’étais franchement inquiète, parce qu’il s’approchait de Carmen. J’ai pris la feuille sur laquelle je venais de finir mon dessin, j’ai posé un doigt sur les cheveux de ma petite bonne femme, sur son front, sur ses mains, ce n’était pas chaud du tout.
J’étais soulagée.

Il a tout de suite compris et a fait l’innocent, celui qui ne ferait pas de mal à une mouche. Puis il a m’a tendu une enveloppe de grand format.

-Je vous l’apporte moi-même, m’a-t-il dit, il paraît qu’il ne faut pas surcharger la Poste.

-Qu’est-ce que c’est ?

-Ouvrez, vous verrez. On m’a dit que vous corrigiez des manuscrits et que c’était gratuit.

J’ai alors eu pour une fois la présence d’esprit nécessaire. Je lui ai répondu que depuis l’épidémie, tout avait changé. Que je demandais le tarif habituel à présent, 3 euros la feuille A4. Il n’a pas paru si surpris.

-Tout le monde écrit, m’a-t-il dit, alors je m’y suis mis moi aussi. C’est un thriller psychologique.

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-Tous les auteurs écrivent des thrillers psychologiques, vous savez !

Entre nous, je n’avais pas du tout décidé d’être désagréable, je n’aime pas jouer avec le feu et ne tenais pas à le contrarier. Mais il était de mon devoir de le prévenir.

-J’ai un bon scenario, a-t-il ajouté en se rengorgeant autant qu’il le pouvait -c’est-à-dire assez imperceptiblement, vu sa très petite taille.covid

Puis il m’a exposé le synopsis de son histoire: il s’agissait d’une épidémie, avec un tiers de la planète en confinement, des morts partout, des internautes énervés, des scandales politiques, un médicament controversé, des haines, des insultes sur les réseaux sociaux, des vols, des magasins d’alimentation dévalisés, des agacements et une effroyable peur qui revenait hanter les esprits…

-ça se tient, lui ai-je dit tout de suite. Mais il vous faut un prédateur. Pour qu’un thriller soit intéressant, il faut un prédateur.

Alors il a rougi. Je vous assure que je ne mens pas, je l’ai vu changer de couleur et sa petite couronne d’excroissances s’est recroquevillée sur elle-même.

-le prédateur, c’est moi, a-t-il soufflé dans un grand accès de timidité.

-mais vous êtes minuscule !

-minuscule par la taille mais très grand par les effets !

 

Nous nous en sommes tenus là, car il était pressé d’aller explorer d’autres contrées. J’ai le manuscrit entre les mains à présent, je viens de le désinfecter à l’alcool ménager. Il y a des fautes, des imprécisions, j’ai du travail pour corriger tout ça. Mais à 3 euros la feuille, je pense pouvoir gagner de quoi m’offrir la robe DVF de mes rêves quand le confinement sera terminé.

Je vous dévoile les premières lignes, je pense qu’il ne s’en offusquera pas. Mais je vous préviens, pour moi c’est un sacré plagiat !

 

MICRO MAIS GRAND

thriller, de Covid-19

50.200 caractères espaces compris

Le nain alla longtemps de par les multiples planètes de l’univers et ne trouva rien d’intéressant. Enfin il aperçut une petite lueur : c’était la Terre et plus exactement la Chine, dans sa partie à peu près centrale, à trente degrés de latitude Nord lui semblait-il -il se promit de vérifier. Les habitants y fêtaient leur nouvel an. Cela lui fit pitié tout d’abord, et il hésita. Cependant, de peur de manquer son coup une fois de plus et de paraître ridicule, il décida d’attaquer…

Il fit tout ce qu’il put pour contaminer la population en liesse. Il se baissa, se coucha, se hissa, se déplaça, gambada. Il s’en prit aux malades, aux vieilles personnes, aux emballages en carton, aux poignées de portes, aux rampes d’escalators, aux caddies de supermarchés…

 

S’ensuit une liste interminable de dommages causés par le prédateur, dont je vous épargne la lecture. Le remplissage que peuvent faire certains auteurs quand ils s’y mettent, c’est effrayant. Il faudra que je le lui dise, avec suffisamment de tact pour ne pas le blesser.

On ne sait jamais, je n’ai ni masque ni gants et ne suis pas une perdrix de l’année!

 

4 commentaires »

  1. Margarita dit :

    « Je ne suis pas une perdrix de l’année » !! J’adore l’expression. Je ne connaissais pas. Bises.

  2. Marie CANONNE dit :

    Comme d’habitude, Dominique, je me régale.
    Bravo !

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