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DERRIERE LES MURS, nouvelle

Posté : 25 septembre, 2014 @ 4:52 dans Divers | 1 commentaire »

TABLE

Le vent souffle fort au-dehors mais on l’entend à peine car les portes sont fermées et les murs épais. Demain tout devrait s’arrêter, le plateau retrouvera le calme des jours ordinaires. C’est tout tranquillee aujourd’hui dira le voisin, ça change d’hier. Mais elle se moque bien des bourrasques en continu et des lendemains ensoleillés, elle a autre chose à faire. Elle a rangé sa maison de haut en bas et les attend, tous autant qu’ils sont, elle peut les compter sur les doigts d’une main. Cinq, ils sont cinq et ne devraient pas tarder, tout dépend de l’état de la route, mise en vrac par les services de la voierie depuis quinze jours.

Au téléphone elle leur a dit qu’ils devaient venir vite, il y a urgence, c’est ainsi qu’elle a dit pour les bousculer parce qu’elle les connaît, rien ne les dérange sinon ses affolements à elle. Elle a commencé par l’aînée puis a continué par la soeur cadette, et ainsi de suite, comme sur les photos qu’elle aimait prendre quand ils étaient encore tout jeunes, la plus grande à gauche et les autres en dégradé, tous les cinq bien alignés par ordre de taille. Elle a gardé toutes ces photos, elle en possède bien une dizaine à présent, dans un tiroir de son buffet. L’aînée n’a pas répondu tout de suite, il lui a fallu attendre plusieurs sonneries et puis sa fille a décroché, heureusement parce qu’après elle était bonne pour le répondeur et elle n’a jamais voulu dire un mot à un répondeur, cette voix de fausset l’énerve. Allô c’est toi maman, a demandé l’aînée et elle paraîssait essoufflée. Il est temps que tu viennes avec les autres, c’est ce qu’elle a fini par lui dire et l’autre a soupiré dans le téléphone comme quelqu’un qui sent que le moment va être difficile. Un petit souffle déjà fatigué, c’est bon je viendrai a-t-elle répondu, l’aînée, à quelle heure déjà répète-moi parce que là il y a la télé fort et je n’entends pas bien. C’est à sept heures qu’ils doivent venir et ils diront tous la même chose les uns après les autres, sept heures tu veux dire dix-neuf heures, hein maman, et depuis quand est-ce que vous comptez les heures comme ça, vous, a-t-elle répondu chaque fois.

Elle a failli se fâcher, déjà. Et puis demain c’est Dimanche, il n’y a pas de raison que ta soeur refuse, qu’elle essaye un peu pour voir. Elle a toujours dit ça depuis qu’ils sont tout petits, essaye un peu pour voir, ça n’a jamais fait peur à personne mais quand même, ils se méfiaient chaque fois. Essaye un peu pour voir et ils arrêtaient leurs bêtises.

Demain c’est Dimanche et ils seront tous là autour d’elle, ils dîneront dans la véranda. Le gigot pour une fois ils s’en passeront elle achètera un gros poisson, un bar ou une bête de ce genre à chair ferme, qu’elle passera au four avec du fenouil dedans, les branches qu’elle a ramassées l’autre jour au bord de la route. Depuis ce jour-là elles ne sont pas sorties du placard les branches, elle non plus n’est pas sortie, c’est pour ça qu’elle est pâle, à peine sur le balcon pour arroser les pétunias et encore. Je suis bien pâle s’est-elle dit en se coiffant devant la glace, dans la salle de bains, c’est à cause de ce que j’ai à leur dire, à tous autant qu’ils sont. Parce que j’en ai assez de ces mensonges. Et puis elle a essayé de penser à autre chose, en attendant Dimanche.

Pour demain Joëlle avait prévu des choses avec les enfants, la piscine municipale le matin et puis le cinéma l’après-midi, sur l’avenue Jean Jaurès. Il lui restait du temps le soir mais quand même, elle aurait préféré quelques heures tranquille avec Marc, une fois les enfants couchés Elle n’avait rien osé dire, elle osait peu avec sa mère, depuis toujours. Elle était l’aînée mais ça ne se voyait pas, elle faisait plus jeune que sa cadette, sans doute à cause de ses yeux très bleus et de ses joues rondes. L’autre, la suivante, avait sa graisse plus bas, au niveau des hanches, pas sur le visage et ça affolait les hommes,ce corps en forme d’amphore. Et pourquoi tu veux nous voir tous, maman? a demandé Joëlle sur le coup mais sa mère est restée muette, parce que a-t-elle répondu comme quand ils étaient petits, tous et que le dernier n’était pas né. Pourquoi? Parce que et ils savaient qu’ils ne tireraient rien d’elle. Mais là Joëlle avait son idée, qui ne l’arrangeait pas du tout. Est-ce que ma mère va vouloir tout dire maintenant, après tout ce temps? elle trouvait ça fou d’arrêter un mensonge pareil, si confortable, si bien bâti au long des années. C’est pas vrai se disait-elle en redressant les deux oreillers sur le lit, bien à plat sur le haut de la couette parce que Marc détestait le négligé, les miettes de pain sur les sièges de la voiture et les faux plis sur ses chemises.

C’est pas vrai qu’elle va nous balancer ça, que le petit ne sait pas. Qu’elle va lancer l’histoire du mensonge entre les quatre fenêtres de la véranda, où l’on voit le plateau qui s’étale, plein d’herbes folles.

Parce que Didier pense toujours que Joëlle est sa grande soeur, très grande par rapport à lui, elle avait dix huit ans à sa naissance ce qui faisait une sacrée différence. Dix huit ans pour élever un enfant ma fille, c’est un peu jeune, avait dit la mère. Et le père qui était encore là était remonté dans son taxi en râlant, parce qu’il la trouvait stupide, l’idée de la mère. On n’allait pas se mettre à construire un bobard pareil, et puis quoi encore? Mais il avait eu sa crise au coeur tout de suite après et le bobard était né sans lui, avait enflé en son absence définitive, s’était incrusté en chacun d’eux. Voilà ta grande soeur, avait chuchoté la mère au bébé qui venait d’apparaître. Là elle a les jambes écartées à mort et elle transpire encore toute l’eau de son corps mais c’est ta grande soeur quand même, puisqu’on le dit. ça s’est déjà fait dans d’autres familles, pourquoi pas dans la nôtre.

Joëlle a menti à Marc les premières années et puis un jour marqué d’une croix blanche elle le lui a dit, Didier n’est pas mon petit frère lui a-t-elle lâché dans un souffle, voilà tu sais à présent, tout le monde sait sauf lui, le pauvre ange. Et pourquoi m’as-tu menti si longtemps, a répondu Marc, qu’est-ce que ça pouvait bien faire que je le sache ou pas? C’est ta vie avant moi et je m’en fous pas mal, moi parce que tu es née le jour où je t’ai rencontrée figure-toi, avant c’est comme si tu n’existais pas, c’est ainsi pour tous les gens qui s’aiment mais regarde-moi un peu dans les yeux, c’est incroyable une histoire pareille, nom de Dieu.  J’ai menti parce que j’y suis entraînée depuis vingt ans, a-t-elle dit pour le calmer , c’est devenu une habitude ce mensonge à force, une vérité plus vraie que vrai et puis pourquoi est-ce que je n’aurais pas droit à des petits secrets, je te dis toujours tout alors qu’est-ce qu’on fait du mystère? Regarde-moi je suis une femme mystérieuse a-t-elle envie de lui dire pour l’apaiser parce qu’il lui en veut tellement tout à coup.

Je croyais qu’on se disait tout, a-t-il fini par dire avec une drôle de voix et elle a pensé: je ne savais pas que les hommes pouvaient être sensibles comme ça, on dirait un petit garçon Marc tout d’un coup, les yeux sur ses chaussures.

C’est pas vrai quand même qu’elle va mettre les pieds dans le plat, ma mère, maintenant qu’il a vingt ans et des poussières. C’est trop tard, il fallait le faire avant. J’y crois pas.

Elle a raison de ne pas y croire, le mensonge dont parlait la mère ce n’est pas celui-là, c’est un autre.

On ne devrait jamais dire la vérité aux enfants, où est-ce que j’ai entendu une phrase pareille? se demande Joëlle à présent qu’elle se prépare pour emmener les enfants à la piscine. Il faut les deux maillots des enfants, le sien et les bonnets parce que c’est obligatoire depuis la rentrée, et les trois serviettes et le shampooing. On y va maman? demande la plus petite qui a hâte de lui montrer qu’elle sait mettre la tête sous l’eau. Voilà, voilà, répond-elle et elle se répète: j’y crois pas. Elle n’a pas dormi de la nuit, elle craint le pire pour ce soir, elle ne sait pas qu’elle se trompe et que ça ne se passera pas ainsi.

Sa cadette s’appelle Véronique mais tout le monde dit Véro pour simplifier, depuis toujours. Allô Véro? a dit la mère quand elle l’a eue au téléphone, il faut que tu viennes demain soir. Mais avec celle-là, sa seconde fille, c’et une autre paire de manches, chaque fois, il faut parlementer, justifier, expliquer, ça n’est jamais simple. Déjà à l’école on le disait, cette enfant est intelligente mais compliquée. Mais qu’est-ce que tu peux être compliquée ma pauvre fille, lui a dit Michel avant de la quitter, l’autre soir. Il ne l’a plus rappelée, ni le lendemain ni le surlendemain, ni les autres jours et elle sait bien qu’elle ne le reverra plus. Un de perdu dix de retrouvés se dit-elle et personne ne pourrait savoir si elle est sincère, pas même elle, qui fait la fière chaque fois. J’en ai rien à foutre, je préfère quand ça défile sinon je m’ennuie, dit-elle -ça quoi? ben les hommes, tiens. elle aime bien cette idée là, que dans sa vie les hommes défilent. Des bruns, des blonds, des petits, des barraqués. A chacun elle a dit qu’elle l’aimait et que c’était la première fois, c’est un demi- mensonge prétend-elle, chaque fois j’oublie les autres d’avant, alors dites-moi un peu où est le mensonge?

Michel est le dernier en date, elle l’a connu il y a deux ans dans un séminaire pour sa boîte et c’est un record pour elle,  deux ans avec le même. Lui a bien cru qu’il l’aurait pour la vie et puis il est tombé sur sa messagerie, mais qu’est-ce qu’ils ont donc tous à aller fourrer leur nez dans les pages des autres? S’est-elle dit en le voyant arriver avec la tête horrible qu’il faisait. Et c’est qui ce type? dis-moi un peu, c’est qui? Je le connais pas, a-t-elle répondu sur le coup, c’est une erreur, une mauvaise manip, ça arrive. Attends un peu, je vais le mettre en indésirable et ce sera réglé, regarde j’appuie là et…arrête un peu a-t-il hurlé et il a claqué la porte.

C’est toujours ainsi depuis qu’elle est toute petite, elle raconte des blagues, cache des choses et l’on ne s’y reconnaît plus aavec elle et elle-même s’y perd, parfois. Tu es complètement mythomane ma petite, lui a dit un jour sa mère et elle a cherché ce mot dans le dictionnaire. ça lui a fait plutôt plaisir l’orthographe du mot, elle a trouvé ça joli avec le y et le h. C’était un mot bien compliqué à écrire, qui lui ressemblait.Des y et des h, des lettres peu courantes comme ça, elle devait en avoir plein le cerveau.

J’ai quelque chose d’important à vous dire, à tous lui a dit sa mère au téléphone, c’est pourquoi je vous appelle au dernier moment figure-toi. C’est pas pour aller cueillir des fleurs, d’ailleurs tout a brûlé sur le plateau avec ce vent qui souffle un jour sur deux, il n’y a plus que de l’herbe jaune. Et qu’est-ce que c’est que tous ces mystères, tu n’es pas malade au moins a demandé Véro tout à coup et sa voix est montée un ton au-dessus dans le combiné. mais non qu’est-ce que tu vas imaginer, a dit la mère. Des romans, tout de suite. Mais sa mère ne l’a pas rassurée. Et si elle allait nous dire qu’elle a un cancer ou une maladie comme ça? Ce serait bien son genre, tiens, de faire un conseil de famille pour nous annoncer une nouvelle pareille, et puis elle est si pâle depuis quelques temps.

A l’idée de sa mère qui n’a pas bonne mine, Véro prend peur et ne pense plus trop aux hommes, qui d’ordinaire lui remplissent la tête.

Elle a bien tort de se faire un souci pareil, elle ferait mieux de rappeler Michel en prenant sa voix la plus douce, reviens allez, c’est pas grave quand même, puisque je te dis que je t’aime. Elle ferait mieux de prendre son portable dans son sac et de faire ça parce qu’elle fait fausse route, sa mère n’est pas malade.
Mais c’est vrai qu’elle est pâle.

Après il ne lui restait plus que les trois garçons. C’est la femme d’Etienne qui a répondu, allô oui, ah bonjour a-t-elle dit, la femme d’Etienne n’a jamais su comment appeler sa belle-mère, qui ne l’a jamais aidée sur ce point. Elle aurait pu lui dire au début: appelez-moi marie Jo, puisque vous êtes de la famille maintenant mais non, elle l’a laissée empétrée dans ses incertitudes. Alors la femme d’Etienne ne l’appelle pas, elle se débrouille autrement. Là elle a dit: ah, bonjour. Mais Etienne n’est pas rentré a-t-elle ajouté, il a un nouveau magasin à installer, oh oui il en a certainement pour la nuit ils comptent ouvrir demain matin, vous savez ce que c’est. Depuis que les magasins ouvrent le Dimanche mon fils  travaille n’importe quand, s’est-elle dit mais elle a gardé ses réflexions pour elle. Parce qu’avec sa belle fille elle a appris à tourner dix fois sa langue dans sa bouche, depuis l’histoire.

L’histoire qu’elle a eue avec elle. Et tu ne refais jamais ça a dit son fils à l’époque, sinon on ne met plus jamais un pied chez toi et elle a compris la leçon.

Vous pourrez quand même venir demain soir? a-t-elle demandé en essayant de prendre une voix aimable, c’est important. Mais oui bien sûr, j’en parle à Etienne dès qu’il rentre, a répondu l’autre, cette belle fille qu’elle n’aime pas trop. C’est parce qu’elle nous juge, ta femme, at-elle dit un jour à son fils, est-ce que tu avais besoin de lui dire aussi, pour Didier? est-ce que ça la regarde? Arrête maman a-t-il répondu aussi sec, c’est ma femme elle a le droit de tout savoir. Et puis ça n’est pas un crime de faire un enfant à dix huit ans, je ne vois pas où est le mal.

Personne n’a vu le mal sauf elle, la femme d’Etienne qui a pris ses grands airs, il ne faut pas mentir aux enfants c’est ce qu’elle a dit, la vérité va forcément lui tomber dessus un jour et ce sera terrible, a-t-elle ajouté comme si tout le monde n’y avait pas pensé, depuis le début, comme si ce n’était pas la terreur de chacun d’eux autant qu’ils sont, que la vérité descende du ciel et s’abatte sur Didier, qui ne se doutait de rien.

Sa belle mère a dit: c’est important que vous veniez et ce n’est pas dans ses habitudes, dans cette famille on se fait fort de prétendre que rien n’est grave, cette légèreté agace la femme d’Etienne depuis le début, pour qui ils se prennent se dit-elle parfois, à prétendre que rien ne les atteint? Surtout elle, Marie Jo, avec sa maison à tous vents? Alors pour qu’elle ait dit ça, que c’était important, il faut que ce soit au moins une histoire d’argent, elle sait qu’ils lui doivent tous quelque chose, le premier magasin d’Etienne c’est avec le compte de sa mère qu’il l’a ouvert. Elle veut peut-être qu’on la rembourse, tous, qu’est-ce qui lui prend tout d’un coup à être près de ses sous? Elle qui dit je m’en fous de l’argent, tout ce que j’ai c’est pour vous mes petits.

Mais ce n’est paas du tout une histoire d’argent, il n’y a pas un seul chiffre là-dedans.

Je vais vous faire un bar au fenouil, un loup si tu préfères c’est la même bête, a-t-elle dit à Pierre, mais ça n’est pas le plus important. Ce n’est pas pour manger que je vous fais venir, ce n’est pas la raison principale. Arrête un peu de faire des mystères alors, a-t-il répondu, celui-là se permet tout avec sa mère, les remontrances, les coups de colère, elle ne l’a jamais eu aux sentiments lui, c’est ce qu’il revendique haut et fort auprès des autres. J’ai bien le droit de vouloir attendre que vous soyez tous là, a-t-elle dit pour se défendre parce qu’elle n’aime pas le voir énervé, j’ai invité tes soeurs et tes frères, vous serez là tous les cinq, on dînera dans la véranda. Avec le vent qu’il fait? a-t-il demandé, mais non le vent s’est déjà calmé, tu sais bien que ça ne dure jamais très longtemps. C’est vrai que le climat est changeant sur le plateau, il devrait le savoir, il a travaillé trois ans à la météo, beaucoup plus haut dans le pays. Quand il a démissionné elle a cru qu’il était devenu fou, avec le caractère difficile qu’il a ça devait arriver, tu es devenu fou ou quoi lui a-t-elle demandé quand il a écrit sa lettre à la direction. par voie hiérarchique la lettre a mis dix jours à arriver à son destinataire et elle a espéré tant qu’elle pouvait qu’elle allait se perdre dans les services. Mais elle est bien arrivée et lui aussi, son fils de vingt huit ans, avec ses valises . Tu m’héberges un petit mois le temps que je trouve quelque chose lui a-t-il dit, comme si c’était naturel qu’elle chamboule sa vie pour lui. mais celui-là elle l’a toujours gâté plus que les autres, quand le père a eu sa crise il était encore petit, huit ans à peine, alors elle l’a gardé dans ses jupes, bien blotti à l’abri de tout chagrin.

Qu’est-ce que c’est ces cachoteries, se demande-t-il à peine le téléphone raccroché, il la connaît sa mère il sait bien qu’elle n’aime pas les effets de manche, en général elle va droit au but. Pour l’histoire de Didier elle n’y est pas allée par quatre chemins avec lui, le jour de ses quinze ans elle lui a dit maintenant tu es grand, j’estime que tu dois savoir, à cause de ton âge. Didier n’est pas ton frère, lui a-t-elle dit en le regardant bien dans les yeux, si tu vois ce que je veux dire. Mais je le sais depuis longtemps lui a-t-il répondu, qu’est-ce qu’elle croyait, que les autres pouvaient lui mentir comme ça pendant des années? On ne pouvait pas la lui faire à lui, c’est Etienne qui l’avait prévenu, je te dis un secret mais après tu te tais sinon je t’étrangle. Etienne ne ferait pas de mal à une mouche mais Pierre n’a jamais parlé quand même, histoire d’honneur.

Qu’est-ce qu’elle a à nous inviter tous et il paraît que c’est urgent, d’ordinaire elle évite de nous faire venir en même temps, elle sait bien que ça va faire des histoires, surtout quand Etienne amène sa femme. Qu’est-ce qu’elle a ma mère?

Elle est toute pâle depuis quelque temps, depuis que le vent du Nord fait des siennes, sur le plateau. Mais le vent n’a rien à voir avec ce qu’elle a à leur dire, à tous.

C’est Didier qu’elle a appelé en dernier parce qu’il est le plus jeune, il a fêté ses vingt ans il y a trois mois, une sacrée fête qui a duré toute la nuit, une teuf d’enfer comme il a dit, si tu avais vu ça maman, on ne s’est même pas couchés. Mais je ne suis pas ta mère aurait-elle pu lui répondre à part qu’elle se l’est toujours interdit malgré les avertissements du père: si tu commences avec ces histoires on n’a pas fini, a-t-il dit et puis il y a eu sa crise au coeur. On n’est plus au moyen-âge avait-il dit aussi, on a bien le droit de faire un enfant sans père. Après sa crise le père est resté trois jours à l’hôpital, tout cerné de tuyaux et puis il est mort. Il faut que tu viennes demain soir a-t-elle dit à Didier, je sais bien que tu as tes amis mais tu peux faire un effort pour une fois. Il y a mon colloc qui fête son anniversaire a répondu Didier, tu ne peux pas me demander ça, est-ce que j’ai vraiment besoin d’être là?

Alors elle ne sait toujours pas pourquoi mais elle a dit non bien sûr, toi tu n’es pas obligé de venir mon chéri, il suffit qu’il y ait les autres, ça me suffira bien. c’est ce qu’elle lui a dit et ils ont un peu parlé du temps qu’il faisait et de ses études, ça s’appelle comment ton master déjà? lui a-t-elle demandé parce qu’elle n’arrivait pas à se mettre le nom dans la tête, elle trouvait ça bien compliqué toutes ces spécialités, avec des options.

Quand elle a raccroché elle s’est dit qu’elle mettrait plutôt la table dans le salon, il risquait de faire froid dans la véranda avec ce vent qui n’arrêtait pas. Elle n’était même plus sûre de vouloir acheter du poisson, et si le poissonnier n’avait pas de bar en plus. Elle est allée dans la salle de bains, s’est mis de l’eau sur le visage, qu’est-ce que je suis pâle s’est-elle dit en se voyant dans la glace. Puis elle a sorti la lettre du tiroir, elle l’avait fourrée la veille sous les photos des enfant, toute pliée en quatre. Elle savait exactement ce qu’il avait écrit là-dedans, c’était comme si elle l’avait apprise par coeur, mot après mot, sa lettre. Elle l’a relue encore une fois et l’a posée sur la table basse. On trouve de ces choses quand même quand on range sa maison, se dit-elle. Et lui qui ne parlait que de son taxi, se dit-elle aussi, comme s’il n’y avait que ça qui l’intéressait dans la vie. Toujours à le bichonner, à passer l’aspirateur à l’intérieur, à nettoyer le pare-brise. Qui ne s’occupait plus d’elle, qui ne regardait même pas ses enfants grandir sauf celle-là, sa fille aînée,  je la trouve vraiment jolie Joëlle disait-il, c’est normal pour un père d’être fier de sa fille.

Mais pas de cette façon-là, lança-t-elle tout haut dans le salon  comme s’il était là pour l’écouter, lui qui avait fait ça à sa fille, vingt ans avant. Pas de cette façon-là! Elle avait commencé à sortir les rallonges de la table, il lui fallait s’appliquer, se concentrer sur sa tâche, qui n’était pas si facile, les panneaux de bois étaient lourds et difficiles à tirer.

C’est sûr, nous serons mieux dans le salon, se dit-elle au bout d’un moment, quand les deux rallonges furent installées. et tout compte fait je ferai un gigot, le bar tout le monde n’aime pas ça.

FIN

 

Mémoires d’une éditée, suite

Posté : 25 septembre, 2014 @ 4:20 dans Divers | 10 commentaires »

diable

Chez HJ, tout tourne autour d’Amazon. Et j’ai découvert qu’Amazon, chez qui je commandais mes livres pour mes BTS (comment réussir son entretien les doigts dans le nez et obtenir un CDI du premier coup), où j’avais acheté mon rimmel pour cils XXL mes gélules à la kératine et l’édition introuvable du Chateau en Suède de Françoise Sagan, mon Amazone à moi sans le E, était un diable aux écailles vertes et à la queue fourchue, un monstre américain qui allait faire mourir les librairies du coin.

J’aime bien les librairies. Mais j’aime bien aussi ma liseuse.

J’ai essayé d’expliquer ça autour de moi, qu’on pouvait avoir deux amours mais non, il fallait trancher, choisir son camp. Le parquet ciré à l’ancienne ou le panier en haut à droite.  J’ai un jour claqué la porte au nez du documentaliste de mon lycée, plusieurs fois changé de trottoir dans la rue de mon libraire, j’ai acheté trois livres d’un coup sur ma kobo. Même le dernier Jean d’Ormesson, je l’ai pris en e-book. J’aurais pu faire venir des exemplaires de ce que j’avais écrit dans une librairie de ma ville, il y avait moyen mais non, j’ai fait du genre, moi aussi.

Et puis je me suis calmée, j’ai commandé moi-même mon livre pour ceux qui ne voulaient pas entendre parler d’Amazon, j’y ai écrit chaque fois un petit mot -la fameuse dédicace. Le monstre américain était retourné dans son coin.

Après, il y a eu les retours de mes lecteurs (c’est à dire les réflexions de mon entourage immédiat, pour ramener les choses à ce qu’elles sont). J’en ai déjà parlé ailleurs, je ne vais pas vous bassiner avec ça. Je voudrais simplement vous rapporter quelques bons moments. ça s’appelle des dialogues, la chose abominable à mettre en forme chez Hélène Jacob, parce qu’il faut le bon tiret que je ne trouve jamais. Et puisque nous sommes entre nous, les tirets cette fois, je vais les faire comme je veux:

S. comme Sophie (la Josiane de ma Mater Dolorosa) : « Il est marrant ton livre, Dominique!

-ah, vraiment? Tant mieux, mais sinon…

-et ta Josiane, surtout, mais où tu l’as trouvée, ta Josiane?

-euh, ben dans ma tête, tu vois…en vrai, elle n’existe pas!

-ah, ah, ça c’est sûr!! Tu penses, une fille pareille! »

 

F. comme Fred (qui n’est pas dans le livre): « J’ai commencé ton Sonia Verjik, j’en suis à la page 40″

-ah, c’est bien.

-je comprends pas très bien l’histoire… mais tu sais, je n’ai pas l’habitude de lire, alors…

-oui, bien sûr…arrête, si ça t’ennuie.

-mais non, je vais continuer. Je vais m’y remettre, je vais pas lâcher. Je te promets que je vais le finir. »

Vous l’aurez deviné, Fred est mon meilleur ami. Et vous l’aurez deviné aussi, il a fini le livre.

 

F. comme mon Proviseur (qui est vaguement dans mon livre): « Ben dites-donc, Mme Lebel, à la page 54, votre Mater Dolorosa, c’est chaud!

-oh, pas tant que ça…

-la scène sur la table, ouahh.. »

La scène sur la table, franchement elle n’est pas si terrible. Il y a pire. N’empêche qu’ils ont tous voulu lire la page 54. Et je dois vous dire, solennellement, que je n’ai jamais rien fait d’autre, personnellement, sur une table, que manger ou installer ma machine à coudre.

 

Je n’avais pas pensé à ça, mais les gens veulent toujours vous retrouver dans ce que vous avez écrit. Ils cherchent des ressemblances, des indices (1). J’ai donc appris que j’avais eu des problèmes avec ma mère (pas tant que ça!), que je n’aimais pas les gros (c’est archi-faux), que je n’aimais pas la Bretagne (c’est un peu vrai), que j’étais une vraie parisienne (mais non), que mon père lisait le Monde (jamais), qu’il avait quitté ma mère (pas du tout).

J’ai appris aussi que j’avais un nouveau statut, je suis devenue écrivaine, avec un E, ce qui est encore mieux qu’auteure avec un E aussi. Ben oui, j’ai sorti trois livres, alors Respect, s’il vous plaît!!

(1) Puisque nous en sommes aux ressemblances, je me pose une question (vous avez dû vous la poser aussi), alors allons-y. Elle s’adresse à l’auteur d’Emoi d’août (éditions Hélène Jacob, en vente O,99 euros sur Amazon.fr, dans le top 100 kindle). Allez, dis-nous tout, est-ce que tu es vraiment tombé amoureux de ta voisine?

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Mémoires d’une éditée

Posté : 24 septembre, 2014 @ 3:00 dans Divers | 11 commentaires »

J’avais beaucoup écrit.

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J’avais fini par ranger mes manuscrits tout en haut du pigeonnier, sur la dernière étagère, au-dessus des volumes de la Pléiade qu’on ouvre très rarement, comme tout le monde le sait, parce que le papier est trop fin.

De temps en temps, j’offrais l’une de mes productions -les feuilles A4 bien assemblées dans leur barrette noire, la couverture décorée par mes soins. J’avais tiré un trait sur mes rêves de jeunesse, je me répétais que Proust lui-même avait été refusé par Gide chez Gallimard, à son époque.Dans ces conditions, il n’y avait rien de grave.

J’avais même clamé haut et fort que je n’écrirais plus. Plus rien.

Et puis le rien est devenu quatre pages -une petite nouvelle avec deux personnages, un décor (une salle de bains) et une chute à la fin. Et comme quatre pages, ce n’est vraiment pas grand-chose, j’ai continué. Au bout il y avait un nouveau roman. Encore un. Un roman où l’on parle, d’ailleurs, des refus des éditeurs.

Comme quoi je suis rancunière.

Alors? Alors je me suis collée devant la glace de ma salle de bains à moi, je me suis bien regardée droit dans les yeux et j’ai parlé à mon reflet, qui faisait une drôle de tête comme chaque fois que je le regarde bien en face.

-l’argent du botox, lui ai-je dit, ça te dérangerait que je le dépense pour me faire éditer?

Et mon reflet a baissé les yeux, ce que j’ai pris pour une réponse plutôt favorable.

J’ai donc choisi une maison d’édition à compte d’auteur, il y en avait une avec un nom de poète, une autre avec un nom de chèvre, j’ai choisi la chèvre. J’ai signé un contrat, reçu un colis par la poste contenant une vingtaine de volumes -mon oeuvre, avec mon nom dessus, et une belle couverture représentant une fille en rose fushia (ma couleur favorite) sur un quai de métro. Le bonheur.

J’ai aussitôt fait le siège de mes connaissances et des trois libraires du coin. « C’est bien, vous communiquez, m’a-t-on dit, parce que d’habitude les auteurs… » Ben oui je communique, parce que c’est quand même mon métier. « Et vous voudriez faire une petite dédicace? On peut vous organiser ça ».

Je n’ai pas fait de dédicace, je n’ai pas vendu beaucoup de livres, mais j’ai été reçue comme une reine dans un lycée de St Malo. En me conduisant là-bas, mon mari, jamais à court de mauvaise blague, me dit en riant: « tu vas voir, ils va y avoir écrit sur le mur du lycée: BIENVENUE DOMINIQUE LEBEL. Trop drôle. J’arrive et sur le mur ils ont écrit: BIENVENUE DOMINIQUE LEBEL.

Je crois que j’ai épousé l’homme le plus intelligent de la planète.

Et puis j’ai écrit un autre roman mais là, je n’avais plus l’argent du botox, et quelques rides supplémentaires (mais discrètes, évidemment). J’ai alors cherché une maison d’édition, une « vraie de vraie », mais pas Gallimard ni Albin Michel ni… je ne voulais plus avoir trop de peine.

J’ai fini par trouver: Hélène Jacob! j’ai envoyé mon manuscrit. Bon, pour vous dire toute la vérité, j’avais confondu Hélène et Irène -la très connue, c’est Irène. Mais je n’ai rien regretté, d’abord parce qu’Irène Jacob n’édite pas des romans, ensuite parce qu’Hélène Jacob est une très belle femme et que son équipe est géniale.

Me voilà donc chez eux. me voilà entrée dans le monde étrange des éditions numériques. Et là, j’ai découvert pas mal de choses:

-que tout le monde écrit, c’est incroyable le nombre de livres publiés sur la toile.

-que beaucoup de ceux qui écrivent croient dur comme fer en leur talent, qu’ils ne semblent pas connaître le doute, à croire qu’on les shoote à l’entrée (et moi, pourquoi on ne m’a rien donné?)

-que sans les classements, tu meurs. Vous savez, en 68 j’avais 15 ans et nous avons voulu abolir l’idée même de classements, et si dans ma carrière j’avais eu le culot de vouloir classer mes élèves, je me serais retrouvée au tribunal. Alors le top 100, le n°5 en Fantaisy et le 17 en Littérature sentimentale et le 78 en Suspens, ça m’a fait un drôle d’effet.

-que ce n’est pas le tout d’écrire, il faut se faire de la pub. Et je dois dire que c’est plutôt distrayant. On apprend à se servir de facebook, on fait un blog, etc…On se met en apprentissage.

-qu’il y a une quantité de groupes où les auteurs se bousculent, chacun lançant sa bouteille à la mer; et des gens formidables, qui passent beaucoup de temps pour vous aider. Vous voulez des noms?

Gaël, Mélanie, Sébastien, Hélène, Marie Pierre, Jean Philippe, la Libraire des inconnus.

-qu’on fait des connaissances, et sur le net les traits de caractère sont amplifiés, on est une caricature de soi-même qui rencontre des caricatures d’eux-mêmes. C’est quelquefois pénible, souvent drôle, parfois attachant.

-qu’il y a un mot sacré, écrit en lettres de feu: COMMENTAIRE Sur Amazon, il vous faut des commentaires.

-que les gens font beaucoup de fautes d’orthographe (mais je le savais)

-que c’est la guerre entre les grandes maisons d’édition et le livre numérique, mais que cette guerre devrait s’arrêter un de ces jours. Que l’expression « rentrée littéraire » énerve au plus haut point les auteurs du numérique. Je l’attends pourtant avec impatience chaque année, cette rentrée.

-qu’on a toujours à peu près dix ans quand on tape son nom sur google et qu’on voit s’afficher ses propres écrits, sa biographie, sa photo etc…

Voilà, j’ai appris tout ça et me voilà sur mon blog. Pardon d’avoir été un peu longue, mais les Mémoires, ça peut prendre plusieurs volumes (regardez Napoléon et de Gaulle), alors je me permettrai peut-être de vous faire un deuxième épisode.

A bientôt!

Dominique, auteurEEE chez Hélène Jacob.

 

 

JOUEZ AVEC MOI

Posté : 23 septembre, 2014 @ 11:28 dans Divers | Pas de commentaires »

Ce jeu s’adresse à ceux qui n’ont pas lu mon roman Elle s’appelait Sonia Verjik (euh… ils sont nombreux)

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IL Y A UN PRIX!

Si j’ai au moins 10 réponses, je fais un tirage au sort et le gagnant reçoit mon livre papier dédicacé (et un gros bisou virtuel)

REGLE DU JEU:

 Je vous donne les ingrédients de ce roman et vous imaginez l’histoire que j’aurais pu raconter (en 2-3 lignes, je ne vais pas vous prendre votre soirée non plus):

Une fille (Dila) part à la recherche de l’image de sa mère (Sonia), morte à sa naissance.

Les mots-clés: fuite, guerre, Yougoslavie, théâtre, acteur, mensonge.

 

A vos méninges!

 

C’est encore un manuscrit…

Posté : 22 septembre, 2014 @ 7:30 dans Divers | 4 commentaires »

Imaginez un lien entre ces trois images

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Vous ne voyez pas? C’est normal.

Quand vous lirez Un lundi au soleil (un petit quelque chose à voir avec Claude françois, qui a chanté LE lundi au soleil, je sais) vous aurez la réponse. Mais il va vous falloir attendre un peu.

 

UNE AUTRE QUESTION

Comment les gardiens de musée arrivent-ils à supporter de rester assis des heures sans bouger? La réponse se trouve dans Un lundi au soleil. Vous verrez, après avoir lu ce roman, vous ne les regarderez plus jamais de la même façon.

 

DANS MON COIN Le blog de Dominique

Posté : 22 septembre, 2014 @ 3:13 dans Divers, Mes publications | 8 commentaires »

BONJOUR A TOUS

Vous voilà dans mon coin -mon pigeonnier, une petite pièce qui donne sur la mer.

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Bientôt, la petite pièce s’agrandira et se trouvera sur un toit, parmi les mouettes. On y entendra les conversations d’un perroquet qui se mêle de tout et des voix qui parlent le catalan. Mais nous n’y sommes pas encore.

Je vous invite sur ce blog pour que vous puissiez voir ce que j’écris et ce que je lis. Pour que nous fassions plus ample connaissance et pour que vous puissiez ramener votre grain de sel, parce que ce que vous pensez m’intéresse.

Pour me faire de la pub au passage, parce que tous les auteurs  ont leur blog, aujourd’hui.

Pour en savoir un peu plus sur moi, cliquez ici.

 

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