Dans mon coin

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Les mauvaises bières

Classé dans : Mes publications — 15 novembre, 2014 @ 3:19

On boit pas mal en Afrique, quand approche la saison des pluies. On rêve aussi, on se perd dans les mirages de ce continent qui ne s’arrête jamais et impose son climat sans variantes, sécheresse et torrents de boue et ça recommence.

Il y a de quoi se sentir perdu, tout seul devant son miroir, victime des « sentiments monotones ».

lucie

J’ai lu Lucie de Serge Breysse. J’ai été attirée par le titre et je ne connaissais pas du tout l’auteur, je n’avais même jamais vu passer son nom. Serge Breysse est le fantôme des éditions HJ, d’ailleurs il est tout blanc au milieu des hommes noirs. Et il raconte sa rencontre avec un ange qui n’a pas la couleur des anges, si ce n’est son pyjama en dentelle.

Je dois vous dire tout de suite quelque chose: c’est une très belle histoire. Ce livre est magnifique, voilà, j’ai tout dit.

Bon, j’explique sinon vous n’allez pas me croire.

Ce roman raconte l’aventure d’un médecin en mission dans un village perdu, où il y a une mine qui ne fonctionne plus et des paysans jamais résignés. On leur a creusé une mine en leur promettant une vie meilleure, on n’a fait que détruire leurs terres.

Ce roman raconte une histoire d’amour impossible. Une histoire où le désir fou rôde le long des couloirs, d’une chambre à l’autre le désir fou se heurte aux murs.

Ce roman raconte l’histoire d’un homme qui laisse s’en aller l’image de sa femme, parce qu’il a encore la mémoire de leur amour mais plus assez d’imagination pour garder cet amour intact.

Ce roman nous plonge dans une Afrique authentique et nous épargne les pages documentaires si souvent assommantes dans les fictions qui voyagent. On tue le cochon? Vous entendez des hurlements, vous apercevez un brasier, une foule qui s’écarte -ce sera tout: on tue le cocon dans un village d’Afrique. Alors vous sentirez les odeurs, la chaleur et vous entendrez les bruits. Et vous serez frappé par les torrents orange le long des routes.

Ce roman raconte un mirage, une histoire comme une flamme qui vacille, comme une moustiquaire qui se soulève à peine, quelque chose de si peu réel que dans l’avion qui décolle pour la France, les passagers n’emportent rien. Sinon le souvenir d’une femme et d’une terre qui se ressemblent:

« Il y a une femme et une terre, toutes deux pleines de secrets et de surprises, toutes deux denses et frivoles, toutes deux se jouant de moi. Chacune a son odeur que nulle autre n’a. Chacune est au toucher inoubliable. Chacune est indescriptible par les mots usuels à toute chose. »

Ce roman nous offre de la grande prose, celle qui emporte le lecteur et le conduit tout au bord de la poésie. Celle qui le transporte aussi dans un fonds d’images déjà vues et qui persistent dans les mémoires comme dans un inconscient collectif: vous apercevrez le souvenir d’une séquence de Casablanca, vous retrouverez le Clappique de Malraux dans son casino, vous reconnaîtrez des figurants du Dernier Roi d’Ecosse et vous penserez à quelques statues d’ébène. Vous ferez tout ça et vous vous direz alors que vous avez lu un sacré roman.

 

LUCIE, Serge Breysse, éditions Hélène Jacob

 

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Classé dans : Mes publications — 15 novembre, 2014 @ 12:11

Bonjour,

EUHHH… elle m’a invitée sur son blog, alors me voilà.

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C’est moi.

Je n’ai pas de nom, elle n’y a pas pensé. C’est sûrement parce que c’est moi qui raconte son histoire. Un narrateur, techniquement ça n’a pas besoin d’avoir un nom. Le tout, c’est qu’il parle. Elle m’a dit: « j’ai déjà eu assez de mal à trouver le nom des autres, alors toi je pouvais bien te laisser comme ça, anonyme ».

Je n’ai pas de nom mais  j’ai un amoureux, elle m’a dit « surtout ne dis pas copain, s’il te plaît ». J’ai un amoureux qui s’appelle Michaël, en fait je vis chez lui depuis quelques temps. Vous le verriez, vous comprendriez tout de suite pourquoi je l’aime.

Michaël travaille à la FNAC, il porte un gilet vert

vendeur fnac

et moi j’ai trouvé un stage dans un musée, je porte un uniforme. La jupe me serre à mort à la taille mais j’ai de la chance, ici on n’est pas obligée de mettre la casquette.

 

Ce que je fais là ?

Sur son blog ?

Je ne sais pas, elle ne m’a rien expliqué, elle m’a juste demandé de passer.

Sinon ce que je fais au musée c’est simple, je m’ennuie. Je m’assieds le matin sur ma chaise devant la fenêtre et j’attends, c’est long.

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Parfois on me pos une question, mais c’est rare. En général on me demande où sont les toilettes, ou à quelle heure ça ferme, ou si c’est ouvert le Dimanche.

Il n’y a pas trop de monde dans ce musée, vous savez ce que c’est,  les gens s’intéressent aux grandes œuvres, comme la Joconde ou la Victoire de Samothrace, pas trop aux choses populaires. Et ici, ce sont des souvenirs de la région. Des objets en fer- pardon des outils, des bouts de chiffon –enfin, des costumes,

costume breton des banderoles qu’il appellent des bannières. Des restes du temps où la vie était bien plus dure qu’aujourd’hui.

Et j’ai fait deux ans d’étude d’histoire de l’Art pour arriver ici, à l’essai.

-si tu lui plais, c’est bon ils vont te garder, c’est ce qu’on m’a dit à propos de la Conservatrice.

Et là, franchement, je ne peux rien dire. Parce que plus glaciale que cette femme, ça n’existe pas.

 

En attendant, je dois passer de temps en temps sur ce blog, « tu ne restes pas trois heures non plus, elle m’a dit, parce que c’est mon blog, pas le tien ». Et je dois faire ça jusqu’à la fin de ma période d’essai.

J’ai la date exacte, c’est le 30 Marss. Le 30 Mars, je disparais.

Elle n’aura plus besoin de moi ici. « Et ne te trompe pas dans la date », c’est ce qu’elle m’a dit.

Passé cette date, je serai peut-être envoyée dans un autre musée, plus connu. Ou bien Michaël m’aura emmenée en Amérique du Sud, il a des cousins là-bas, on ne sait jamais.

On ne sait jamais ce que nous réserve la vie, pas vrai ?

 

« Mais tu fais un petit tour et tu pars, elle m’a bien dit, sinon ils vont se lasser et s’ils en ont marre de toi dès le début, comment je vais arriver à vendre mon livre, moi ? »

C’est bon je m’en vais, son livre c’est UN LUNDI AU SOLEIL,elle m’a dit « tu ne hurles pas mais tu parles fort quand même. il faut qu’ils t’entendent. » 

…Ah, vous le saviez déjà ? Elle vous en a déjà parlé ?

Elle aurait pu me le dire, c’est quand même moi qui raconte l’histoire, là…

 

Les questions qui tuent, suite

Classé dans : Mes publications — 14 novembre, 2014 @ 6:15

Il y en a pas mal?

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N’exagérez pas, il y a beaucoup de  questions plutôt faciles et là, vous n’avez pas besoin de moi. Imaginez par exemple qu’on vous demande :

Tu as lu tout Modiano, toi ?

Vous pourrez toujours répondre oui, sans risque, puisque tous ses romans se ressemblent. Il y a forcément Paris, l’occupation, une femme qui traîne et des noms bizarres qu’on n’est pas forcé de retenir. A partir de là, vous brodez. Vous dites par exemple :

-Paris à cette époque, c’était glauque.

-se perdre dans les souvenirs, c’est une vraie aventure littéraire.

-Modiano, c’est du concentré de mélancolie.

-Modiano, c’est du concentré de talent.

-Modiano, ça sent le bitume.

-Modoano, ça sent le café crème.

 

Oui,  vous avez donc tout lu,  ou presque, vous n’avez pas fait le compte de tous ses romans, vous ne savez plus  et il est possible que vous en ayez raté un ou deux. On ne vous en voudra pas.

Par contre vous êtes obligé de répondre oui, vous,  parce que vous n’êtes pas ministre de la Culture.

 

En ce qui me concerne, il y a une autre question facile qu’on me pose chaque année, quii n’a rien à voir avec les livres et que je supporte mal. Si on ne vous l’a jamais posée, ça va venir et je suis sûre que vous vous en sortirez mieux que moi. La question est :

Tu y vas aux Vieilles Charrues, cette année ?

Ma réponse est NON.

fâché

Je suis même allée voir Bob Dylan à Biarritz alors que j’habite en Bretagne et vous savez pourquoi j’ai fait bêtement tous ces kilomètres? D’abord parce qu’on m’avait offert ma place là-bas, ensuite parce qu’à Biarritz il y a des vagues géantes, enfin parce qu’à Biarritz il ne nous a pas tourné le dos. Je ne peux pas vous dire qu’il a été un exemple d’amabilité, mais enfin je l’ai vu de face.

La vérité vraie est qu’il m’a regardée dans les yeux tout au long de son spectacle, il m’a regardée moi et pas les autres. Et si personne n’arrivait à reconnaître ses chansons, c’est parce que je l’avais troublé.

gifs-sourires-emotions-D607KNRd00J’ai donc bien fait de ne pas aller le voir chanter en Bretagne.

Mais il y a une deuxième raison, c’est qu’on a beau me répéter que dans ce festival il y a tous les âges, je reste méfiante.

La troisième raison est qu’il y a de la boue par terre dès qu’il pleut .

Mais si vous êtes jeune, peu susceptible face aux mythes vivants et que vous avez un bon K-way bien étanche, alors vous n’avez qu’une réponse à donner à cette question : bien sûr. Bien sûr, vous ferez tout pour aller aux Vieilles Charrues, cette année encore. Parce que c’est un bon festival.

 

Mais j’en viens à présent aux questions difficiles, qui vous embarrasseront forcément, vous qui écrivez quand vous n’êtes pas aux Vieilles Charrues.. Je vous les donne dans l’ordre de difficulté croissante :

1 Tu écris depuis quand ?

Aspirez tout l’air de la pièce et répondez : oh, depuis toujours je crois, en regardant loin devant vous.  (variante plus scolaire: oh, j’écris depuis que je sais tenir un crayon ! Et là, vous regardez votre main droite).

2 Tu as mis combien de temps pour écrire ton livre ?

Faites la tête d’Oedipe devant l’énigme du Sphinx,

faché2 grattez-vous le crâne et répondez que franchement, ce n’est pas quantifiable (variante, répondez »longtemps », en souriant pour montrer que tout ce temps passé devant votre écran a été synonyme d’un grand bonheur).

3 ça parle de quoi, ton livre ?

Alors là, la difficulté est de ne montrer aucun signe d’agacement ni de lassitude. Je sais, vous avez déjà passé des heures à fignoler votre quatrième de couverture, vous n’avez donc aucune envie de vous y recoller comme ça, en live. Restez calme, surtout  et répondez que vous ne voulez pas déflorer votre sujet, que le plaisir de la lecture se doit de rester intact (variante : renvoyez la personne à la dernière chronique qu’on a bien voulu écrire sur votre livre, en ajoutant « je crois que c’est à peu près ça. En tout cas on est dans l’esprit »).

4 Et tu te comparerais à qui ?

La question est extrêmement dangereuse car soit vous citez un auteur connu et l’on vous prendra pour un gros prétentieux, soit vous dites que vous ne pouvez être comparé à personne et ce sera pire, soit vous citez un auteur peu connu et ce ne sera pas une réponse valable. Partez donc dans des considérations générales, c’est tout ce que vous pouvez faire, dites qu’en matière de littérature il est toujours hasardeux d’esquisser des comparaisons, parce qu’ on est dans l’humain et que chaque individu est génétiquement différent, etc… Vous allez forcément devenir très vite très ennuyeux et l’on vous laissera tranquille.

5 Et tu en as vendu beaucoup, des livres ?

.La difficulté n’est pas dans la réponse mais dans la tristesse infinie qui se lira immédiatement dans votre regard.

désoléDonc répondez que bien sûr, vous n’en savez rien, que seule votre éditrice est au courant de vos chiffres mais surtout, faites immédiatement diversion: entreprenez de nettoyer vos lunettes afin de cacher vos émotions. Ou frottez-vous le nez, ou grattez-vous le genou, ou passez la main dans vos cheveux , ou renversez votre café en pestant contre votre maladresse.

Parce que tout n’est pas dans la parole, comme vous le savez.

 

6 A part écrire, quels sont tes loisirs?

Là, vous touchez le fond, car vous savez bien, vous, qu’écrire N’EST PAS un loisir, mais une raison d’exister et vous pensiez, jusqu’à ce qu’on vous pose cette question stupide, que tout le monde en était conscient. Eh bien non.
Et je ne vois qu’une solution, la dignité: redressez-vous, regardez la personne dans les yeux et énumérez avec un large sourire tous les loisirs qui ont pu occuper votre vie depuis que vous êtes petit, y compris le coloriage. Votre humour fera diversion et vous permettra d’attendre d’être seul pour ronger votre frein et vous demander, enfin, si cette question est si absurde que ça. Si écrire n’est pas effectivement  votre loisir préféré. Si tout cela a tant d’importance. Et si vous n’avez pas pris la grosse tête, par hasard, depuis que vous écrivez!grosse tête

 

 

Ne laissez pas vos couteaux dans la poche des anges

Classé dans : Mes publications — 13 novembre, 2014 @ 8:05

nabila

Vous voyez ce qui arrive, ensuite.

Vous voilà bien avancés.

Laissez les enfants perdus aux artistes, ils en feront un film, un roman, une chanson, mais pas un fait divers.

Ou rendez-les à leurs parents, parce qu’ils ne sont pas assez grands.

Fermez  les hôtels de Boulogne, éteignez vos téléviseurs, n’écoutez plus la radio.

Oubliez les disputes d’amoureux, les injures, les gardes à vue, les mensonges idiots.

Démaquillez les petites filles, ne riez plus au  génie que peut avoir la vulgarité, quand elle s’y met.

Ne riez plus aux bons mots, laissez tomber les téléphones, ne dites plus jamais « allo », inventez un autre mot.

N’imitez pas les enfants pas sages, gardez vos mains dans vos poches.

Et puis jetez vos magazines, oubliez les jolies poupées que vous avez fabriquées, qui parlent fort parce que vous le leur avez demandé.

Laissez vos paillettes au vestiaire, abandonnez les écrans de fumée, les illusions du succès, faites attention aux enfants gâtés.

 

 

 

 

 

 

 

Le cadeau d’une éditée

Classé dans : Mes publications — 13 novembre, 2014 @ 5:42

Passez aux choses sérieuses, changez votre CV. Vous n’êtes plus n’importe qui, montrez-le. Un CV; c’est vous en une page, c’est votre génie concentré en quelques lignes, votre singularité en modèle réduit. Votre storytelling en plusieurs items, votre âme en format word.

Vous, tel qu’en vous-même l’éternité aura du mal à vous changer.

Alors appliquez-vous.

Pour vous aider, je vous montre le mien en exemple, parce que je suis gentille.

 

Le CV d’une gentille fille

 

 Nom, prénom

 Dominique-08082010Lebel (pas le photographe qu’on trouve sur Google, ni le chef d’entreprise canadien qui est sur Linkedin, non. Moi, en photo sur votre gauche pendant mes heures de loisir. Parce que Dominique, c’est aussi un prénom de fille)

 

Née le

Mais non, je vais pas le dire. Parce que les années qui passent trop vite me font trop de peine. Même sous la torture,  je garderai la date pour moi.

J’ai un secret: je suis née à une date indéterminée.

 

A

Là je le clame haut et fort  et vous pouvez le répéter, ça me fera plaisir: je suis née à Alger, « Alger la blanche », chantaient les enfants sages devant leurs tables en bois. Alger avec un port , un Milk-Bar,  une kasbah et mes souvenirs d’enfance dedans.

 

Profession (double):

Professeur vraiment contente de son sort.

Commerçante pas vraiment débordée par ses clients.

Euh pardon, enseignante en manque de moyens et commerçante en soldes.

 

Adresse :

En grand changement, pour cause d’envie de soleil, de ramblas, de sangria bien fraîche, de mer bien chaude etc…

 

Diplômes :

Totémisée Bagherra aux Eclaireurs de France une nuit de pleine lune, première étoile au skipremière étoile, permis de conduire B. Voilà pour ceux que j’ai obtenus à la force du poignet. Pour les autres, j’étais plus douée et ils n’ont pas la même valeur.

 

Publications :

Présentes sur Amazon, il suffit de taper mon nom. C’est comme vous voulez, comme vous le sentez, quand vous le voulez. Mais bon, n’attendez pas mille ans non plus.

 

Editeur

Non moi c’est une éditrice, elle s’appelle Hélène Jacob, elle est très jolie sur la photo de sa page en plus je connais sa voix maintenant parce qu’elle a parlé à la radio et puis elle écrit aussi et … ah bon, je dois juste parler de moi, là ?

Pardon.

 

Loisirs 

Couture et tricot, euh pardon, flâner vers Beaubourg, hanter les rayonnages de Tom librairie à Perros Guirec et les allées de la FIAC à Paris, feuilleter le dernier album de Mapplethorpe, voir toutes les expos du 104, m’endormir sur une chaise longue au 104, boire une tisane au 104, en pensant aux longs défilés de corbillards qu’on pouvait y voir autrefois.

 

Goûts 

Le snowball et le chorizo piquant, euh pardon, la cuisine Thaï et le tofu dans tous ses états.

 

Activités sportives

Pas grand chose, euh pardon un peu de Pilates et quelques brasses à la piscine du Sofitel, parfois du footing au bord du canal St Martin.

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Sinon mon tennis hebdomadaire au Racing, dans les périodes fastes, celles où mes romans me laissent un peu de temps, pour que mon corps exulte.

 

Ambitions

Me faire éditer chez Gallimard sinon je laisse tomber, euh pardon, poursuivre mon oeuvre, suivre le long chemin de l’écriture, quoiqu’il arrive. Me perdre dans les arcanes de l’édition numérique, passer mes degrés en marketing, obtenir vingt commentaires et grimper de trois places sur le classement Amazon.

C’est à dire La joie d’écrire, sinon rien.

 

 

Vous voulez que je vous parle de Noël?

Classé dans : Mes publications — 13 novembre, 2014 @ 5:41

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NON?

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Vous avez raison, parce que  c’est vous qui allez le faire et  je pense que je vais me taire, pour une fois.

J’ai reçu un message qui parlait d’un concours. Le thème, vu la date,  c’est Noël, alors je transmets. Il s’agit de textes courts à lire pour patienter, voilà une bonne idée qui fait son chemin, ces temps-ci.

Vous savez bien comment les choses se passent, ils suffit de quelques lignes et les heures s’envolent.

J’ai lu la Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig pendant que mes étudiants passaient un examen et j’ai vécu l’une des plus belles heures de ma vie dans une salle sinistre qui donnait sur un terrain de foot, avec un chien désespéré qui aboyait dans un jardin.

J’ai lu les plus beaux portraits de femmes qui soient, écits par Jean-Paul Enthoven (le père de Raphaël, oui, un ex de Carla, oui, père et fils ex de Carla, oui), dans un train.

J’ai lu mon premier Philippe Djan dans ma voiture, parce que j’avais eu la brillante idée de prendre le périphérique vers la porte de St Cloud un soir de concert de Johnny.

Et peut-être vous lira-t-on, vous, dans une salle d’attente et peut-être serez-vous un magicien à votre tour, qui fera s’emballer le temps.

Je vous laisse le lien du concours, à vos plumes    http://jattendsdoncjelis.unblog.fr/

Le père, la mère, le fils, la fille et le St Esprit

Classé dans : Mes publications — 12 novembre, 2014 @ 2:39

 

pas pleurer

C’est le jeu des familles:

Le père sort son ceinturon et frappe, parce que tous les pères le font.

La mère se tait, parce que toutes les mères se taisent.

Le fils  veut faire la révolution.

La fille veut faire la révolution pour suivre son frère.

Le Saint Esprit  se penche tendrement sur Franco et ses phalangistes.

C’est une famille de paysans espagnols, ils sont pauvres, définitivement et nous racontent  leur guerre d’Espagne.

 

En vrai, celle qui raconte est romancière et elle écoute le récit de sa mère, Montse, qui perd un peu le sens commun des mots, la différence entre ce qu’on dit et ce qu’on ne dit pas.

Montse parle une drôle de langue, du Français appris tant bien que mal, son idiome à elle dans lequel les hommes s’ivrognent, relouquent les filles et se trouvent pris la main dans la bourse. Montse a rencontré un beau Français qu’on appellera André Malraux et qui lui fera un enfant. Mais elle ne le reverra plus et épousera l’horrible Diego, le roux bloqué/constipé qui se prend pour le chef du village parce qu’il a le portrait de Staline dans la tête. C’est l’été 36, son plus bel été, ensuite il y aura l’horreur et la fuite.

 

Et quoi encore ?

A Palma, l’écrivain catholique Bernanos regarde avec effroi l’archevêque qui bénit les mitraillettes fascites, in Nomine Nomini. .

A Palma, Bernanos assiste à la victoire terrifiante de Franco et fait le compte des morts.

A Palma, il  n’y a plus qu’un « calme hurlant » parce que les gens se résignent.

A Palma, dans le calme hurlant on entend VIVE LA MORT.

Tandis qu’au village.

Au village, les  paysans se plaisent dans l’immuable mais José veut que le monde change, Révolution, Liberté, Fraternité.

Au village, on sait ce que vaut un homme :

« Les hommes n’ont pas à être beaux, rétorqua la mère.

-Ils ont à être quoi ?

-A ser hombre y nada mas ».

Au village, deux garçons fiers s’affrontent, ils croient se haïr parce que l’un incarne l’improvisation de la révolte et l’autre l’ordre de la révolution et surtout parce que c’est la guerre, qui exacerbe les passions. Et surtout, surtout à cause d’un jeu de billes, il y a longtemps, qui a fait d’eux des ennemis.

Au village, il y a le manège du bal, pompompom, pompompom.

Au village, Montse épouse Diego et entre dans une famille bourgeoise, mais elle garde sa tête de paysanne pauvre, comme une trace indélébile.

 

Et puis ?

Il ne faut pas raconter l’histoire mais ça ne finit pas très bien, forcément. Parce que c’est la guerre et qu’il n’y a que des illuminés comme Paul Claudel pour penser que cette guerre-là peut être une chose admirable.

 

Et enfin ?

Madame  Lydie Salvayre, vous m’avez ennuyée en d’autres temps, mais cette fois je vous salue très, très bas. Parce que vous ne racontez pas, vous dites les choses et que c’est différent, plus cru souvent, plus violent. Parce que vous ne faites pas des dialogues, vous faites parler les gens et vous les laissez vous interrompre. Et raconter leur histoire, qui ne se lira jamais dans les livres d’Histoire.

le petit dictionnaire de l’éditée

Classé dans : Mes publications — 11 novembre, 2014 @ 9:57

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E comme erreur. Quand vous tricotez et que vous pensez à autre chose -que vous plongez dans vos rêveries familières, par exemple, avec la délectation qui en découle  et vous fait perdre la précision du geste- fatalement, vous sautez des mailles et vous faites des trous. Vous ne vous en rendez pas compte tout de suite, égarée comme vous l’êtes au-dessus de vos petits nuages intimes, ensuite c’est trop tard. Une maille sautée est irrattrapable.

Quand elle était petite, ma fille appelait ça « des erreurs ».

Elle a ainsi chanté, un soir d’hiver, dans une église glacée avec un pull-over bleu-marine parsemé d’erreurs à travers lesquelles venait briller  la lumière vacillante des cierges. Elle avait bien chaud dans mon ouvrage raté et elle était fière, fière des erreurs de sa mère, dans lesquelles elle reconnaissait ce qu’à l’école on lui avait montré comme la première des vertus: l’application à la tâche.

chorale

J’ai commis bien des erreurs dans ma vie, comme tout le monde -des erreurs de jugement, des erreurs d’interprétation, des erreurs de caisse aussi, souvent. Ces erreurs-là, dispersées entre les fils de laine, m’ont été pardonnées.

Parce que dans l’erreur maternelle, quelle qu’elle soit, il y a aussi, toujours,  tout l’amour du monde.

 

 

comme écrire. « Mais qu’est-ce que tu écris ? Des policiers ?

-euh, ben non, moi j’écris des histoires…

-je vois, des thrillers ou de la fantasy?

-euh, ben non, c’est plutôt des histoires normales…

-ah,tu écris des romans à l’eau de rose, alors. J’ai horreur de ça. Mais j’en parlerai à ma femme.»

E comme écrire, j’écris des histoires mais je ne m’en vante pas. Du moins pas auprès de tout le monde.

 

E comme étoile,

étoile j’ai offert une étoile à mon mari. Elle se trouve dans la Grande Ourse et porte son nom. Quand il lève la tête vers le ciel la nuit, il la voit, parce qu’il a un œil de lynx, elle clignote juste pour lui. Elle est beaucoup plus grosse que les autres et beaucoup plus lumineuse et si jamais il se trouve un jour perdu dans le désert, il n’aura qu’à attendre que la nuit tombe et il pourra toujours la suivre, normalement elle devrait le conduire jusqu’à moi, qui l’attendrai dans une oasis avec une canette de bière bien fraiche.

sheherazade

 

E comme effaceur, je voudrais mettre un coup d’effaceur sur

- les fêtes au cours desquelles on ne m’a pas invitée à danser et où j’ai fait semblant de boire tranquillement mon coca en écoutant la musique, à la paille pour gagner du temps.

-ma première descente en chasse-neige sur une piste verte.

-ma première montée en téléski.

-mon premier mauvais commentaire sur Amazon.

-mon prochain montant de royalties, parce que je ne m’occupe plus du tout de mes ventes, vu que je passe mon temps à vous parler.

-mon premier exposé à la fac, pendant lequel un gros prétentieux a pris la parole à ma place.

-ma première séance chez le coiffeur, il y a très longtemps, et les larmes qui ont suivi.

-ma dernière séance chez le coiffeur, il y a vingt-cinq ans, et les larmes qui ont suivi.

-tous mes essayages de chapeaux, casquettes et bonnets de laine.

-tous mes essayages de maillots dans des cabines éclairées au néon et qui vous transforment en flan

-le premier manuscrit que j’ai osé envoyer et dont je ne suis vraiment pas fière.

-mon premier jour en home d’enfants

-les longueurs de mon dernier roman.

 

 

E comme égoïste, les grands égoïstes se promènent dans votre existence, ils passent vous voir, font quelques pas chez vous et beaucoup de ravages. Ensuite ils s’en vont. Mais ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. Je suis peut-être une grande égoïste. En littérature, les grands égoïstes ont des noms très différents, ils ‘appellent Julien, Emma, Augustin, Oona. Dans la vie, moi c’est Dominique.

 

E comme éléphant,elephant

Quand je skie j’ai la grâce d’un éléphant,

Quand je danse j’ai la grâce d’un éléphant,

gracieuse

Quand je cours j’ai la grâce d’un éléphant,

Je le sais.

Mais je suis plutôt du genre gracieuse, avec ça.

le manuel d’entretien de l’éditée, suite

Classé dans : Mes publications — 10 novembre, 2014 @ 12:24

Les questions qui tuent

Il y en a un certain nombre, autant vous y préparer.

Voici la première, elle est de circonstance:

 

Tu l’as lu, toi, le Goncourt ?

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La question est simple et a le mérite d’être limitée dans le temps: vous commencerez à l’entendre vers la fin Novembre et elle ne passera pas l’année. Parce que tout le monde sait que lire le Goncourt prend un certain temps, et que lire le Goncourt, c’est être dans l’événement. Vous allez donc vous trouver bientôt dans une période dangereuse mais après les fêtes, vous serez tranquille, on passera à autre chose. Vous pourrez lire paisiblement La femme parfaite est une connasse sans qu’on vous embête avec des questions importantes.

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Il y a trois réponses possibles à cette question apparemment innocente, mais néanmoins délicate, car tout le monde sait que lire le Goncourt peut s’avérer aussi difficile que gravir l’Everest, chercher un mot avec un X, un Y, un K  et un Z au Scrabble, lire les cinquante premières pages de Notre Dame de Paris ou trouver son chemin dans le métro de Londres.

 

1  Oui, j’ai commencé (variante : non, mais j’ai commandé le livre ). Là, on ne vous embêtera pas trop, au pire on vous répondra :

-et ?

-quoi, et ?

–et alors, qu’est-ce que tu en penses (variante : de quoi ça parle ?)

Cette année c’est facile, il s’agit de la guerre d’Espagne. L’an dernier c’était facile aussi, il s’agissait de la guerre de 14. L’année d’avant c’était tout aussi facile, ça se passait en Corse, etc…

Quant à ce que vous en pensez, préparez-vous une phrase toute faite, qui marchera à tous les coups. Je vous en propose quelques-unes :

-c’est fort

-c’est puissant, comme écriture

-c’est pas vraiment lyrique, c’est…c’est touchant, quand même

-c’est limite trash, dans les scènes.

-c’est limite chiant, mais ça interpelle.

-tu liras l’article dans Telerama, c’est à peu près ça.

 

2 Non, le Goncourt c’est du merchandising

Là, attention: vous vous engagez dans un débat sur les grandes maisons d’édition et leur éternelle compétition, sur les pressions qui pèsent sur les frêles épaules du jury etc… C’est à dire que vous amorcez une discussion beaucoup plus ennuyeuse que le Goncourt lui-même, ce qui vous apprendra à avoir un point de vue aussi négatif sur notre belle littérature.

Mais cette année, vous pouvez élever le débat et vous en sortir avec les honneurs, en faisant remarquer que c’est enfin une femme qui a obtenu le Goncourt.

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Oui, sauf que c’est Lydie Salvayre., qui n’est pas exactement le genre de femmes avec lesquelles vous rigolez au téléphone.

 

3 Pas encore, il faut que je le lise (variante : je l’ai mis sur ma liste, mais là j’ai pas le temps).

Là, vous montrez d’emblée votre mauvaise volonté. Vous avez eu le temps de lire Cosmo de la première page jusqu’à l’horoscope, vous auriez bien pu trouver le temps de lire au moins la première page d’un livre aussi magnifique. On y parle de Bernanos cette année, vous savez, le journal d’un curé de campagne avec Belmondo. C’est lui.

En tout cas si vous optez pour cette réponse, vous risquez d’avoir droit à :

-ah c’est bien, tu me raconteras.

Ou

-ah c’est bien et mon livre à moi, tu l’as toujours pas lu ?

Ou

-moi non plus j’ai pas trop le temps de lire, d’ailleurs j’ai ton livre à finir, là.

Et ces réponses vont vous énerver.

 

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Alors si vous me demandez, à moi, si j’ai lu le Goncourt, bien sûr je vous répondrai que c’est encore un peu tôt, qu’on ne lit pas un chef d’œuvre en une journée et que d’ailleurs je viens de me l’acheter, que j’en suis à 3% lus sur ma Kobo.

Mais que j’ai le dernier Philippe Djan à lire aussi, que Chéri-Chéri ça me fait plus envie à priori que Pas pleurer, question d’état d’âme.

Que Lydie Salvayre, elle m’énerve à ne jamais parler simplement.

Que là en plus, elle traduit du catalan.

Mais attendez, parce que vous savez bien comment les choses se passent avec les livres, c’est comme pour les pochettes surprises, on a beau avoir l’habitude et connaître le prix, on ne sait jamais exactement ce qu’on va trouver à l’intérieur.

Donc non, je ne l’ai pas encore lu mais oui, je vais le lire et bien sûr, je vous en ferai une chronique, foi de Dominique!

le manuel d’entretien d’une éditée

Classé dans : Mes publications — 9 novembre, 2014 @ 6:52

PERFECTIONNEZ-VOUS

Vous êtes édité? Ne vous reposez pas sur vos lauriers, ne dormez pas sur vos deux oreilles, le plus dur vous attend: il va vous falloir durer, résister à l’oubli qui vous guette. Voici donc quelques leçons de base, qui vous aideront à braver le temps qui passe et efface toutes choses, vos écrits comme le reste.

 

Leçon n°1 : apprenez la langue

Voici quelques phrases simples, qui vous aideront. Répétez-les en vous aidant de la prononciation phonétique.

 ppapier

Je fais ma page auteur

(jeufémapajôteur)

 J’invite mes amis sur ma page auteur

!jinvimézamisurmapajôteur)

J’invite les amis de mes amis sur ma page auteur

(jinvitlézamidemézamisurmapajôteur) 

Je mets ma photo sur ma page auteur

(jeumémafotosurmapajôteur)image-7.jpg996502_205068626314825_2127717045_n

Je change ma photo sur ma page auteur

(jechanjmafotosurmapajôteur)IMG_5369

Je rechange ma photo sur ma page auteur

(jerechanjmafotosurmapajôteur)image-7.jpglifting

J’écris mes états d’âme sur ma page auteur

(jécrimézétadamsurmapajôteur)

Je fais de l’humour su ma page auteur

blague

(jefédelumoursurmapajôteur)

 

Je raconte ma vie sur ma page auteur

(jeracontmavisurmapajôteur)

 

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Préparez-vous à la conversation de groupe.

Voici d’autres phrases simples, qui vous permettront de communiquer facilement, tout en vous adaptant judicieusement aux saisons.

 

« Bonjour à tous, voici mon premier roman, Quand le les feuilles mortes se  ramassent, paru aux éditions A la pelle »

 

« Bonjour à tous, je vous offre mon dernier poème auto-édité , tiré du recueil Quand tombent les feuilles d’automne, je frissonne . »

 

« Bonjour à tous, découvrez mes angoisses saisonnières, mes peurs, mes inhibitions,  mes fantasmes, mes pulsions secrètes, mes obsessions. Bienvenue  dans mon univers. »

 

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Familiarisez-vous avec quelques interjections pratiques, qui vous permettront de répondre d’une façon intéressante à un éventuel interview.

 

Exemple 1

Combien gagnez-vous avec vos livres ?

-PFFFF…

.sens

Exemple 2

Que pensez-vous démontrer dans votre dernier roman ?

-EUHHHH….

Exemple 3

Pourquoi n’écrivez-vous pas plutôt de la Fantasy ?

-Rôooooo…

Si un commentaire éreinte votre dernier livre, qu’avez-vous envie de répondre ?

-BEUUUUHHH…pleurs

 

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Leçon n°2 : améliorez votre environnement

 

Rangez votre bibliothèque. Installez-y tous les romans de Lydie Salvayre. Mais non, rassurez-vous, on ne vous demande pas de les lire.

 

Fermez vos volets. Un bon écrivain aime la pénombre, les bars enfumés, les pluies normandes, les ciels tourmentés d’Irlande, la pollution parisienne. Laissez le plaisir du soleil aux analphabètes.

 

Eloignez vos amis. Ne gardez que ceux qui sont sur Facebook, ils pourront vous servir. Un bon écrivain aime la solitude de son bureau au petit matin. Un bon écrivain n’aime converser qu’avec lui-même. Un bon écrivain ne goûte que sa propre présence. S’il vous faut absolument quelqu’un, alors prenez un animal, un chat de préférence, qui viendra faire ses griffes entre les touches de votre ordinateur.

 

Triez vos déchets

Gardez dans un fichier la première ébauche de votre roman, celle où l’on voyage dans le passé, dans un autre la deuxième  ébauche de votre roman, celle où l’on voyage dans le futur, dans un troisième la troisième ébauche de votre roman, celle où l’on ne voyage pas. Si vous travaillez à l’ancienne, quelques tiroirs feront l’affaire.

 

Laissez la poussière tranquille

Un bon écrivain ne fait pas le ménage. Un bon écrivain ne range pas son bureau, il entasse les signes extérieurs de sa pensée et ne met de l’ordre que dans les chapitres de ses romans.

 

Ecoutez la météo.

Ne vous levez pas pour rien, Un bon écrivain contemple la mer déchainée qui se fracasse sur les rochers et se promène sur les plages désertes les jours de tempête.

Sinon, il reste couché.

 

 

 

BONNE NUIT !

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