Dans mon coin

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Le chagrin d’aimer, de Geneviève Brisac

Classé dans : Mes publications — 16 juillet, 2018 @ 7:00

A la grande librairie, Geneviève Brisac faisait la gueule. Elle prévenait:

-Pour elle, je n’existais pas.

Mais qu’est-ce qu’elles ont toutes avec leur mère ? Me suis-je dit, parce que parfois j’ai des pensées stupides.

le chagrin d'aimer

La mère de Geneviève Brisac s’appelle Mélini et elle s’est construit une mythologie, à défaut de figurer parmi les grandes créatures de la Grèce antique -Hélène ou Clytemnestre. Dans sa mythologie personnelle, il y a une voiture qu’elle appelle Piggy et des paquets de gauloises, elle tousse et un jour elle ne pourra plus respirer. Il y a aussi des chaussettes à doigts de pied multicolores, un maillot de bain jaune poussin exhibé sur un trottoir parisien, des leçons de natation, des policiers qu’elle appelle mon chou, tous les policiers adorent qu’on les appelle mon chou dit-elle. Car elle dit beaucoup de bêtises mais elle les dit tellement bien que tout le monde l’admire.

J’écris : amours de ma mère. Ensuite je ferme mon cahier. C’est un chapitre impossible à écrire. Ces mots ne vont pas ensemble, amours et mère. Je la nomme alors Mélini. Et soudain elle est là. C’est une apparition. Un manteau d’astrakan, un chignon bas, du vernis rouge. Je la suis du regard.

Mélini n’est pas une princesse, mais elle est grecque, petite fille d’un bel arménien qui a échappé au génocide, Boghossian Missirli-bey alias Boghoss et elle écrit des feuilletons pour RTL, pour la télé ensuite. Elle a épousé Michka qui ressemble à un Prince charmant mais elle rêve d’Henri Serre, celui de Jules et Jim.

Elle a eu aussi une fille :

Je voudrais, dis-je, que tu me racontes ma naissance.

Ah, dit-elle. Je n’en ai gardé aucun souvenir.

Et je ne suis plus qu’un bout de bois flotté.

Mélini pique du raisin au supermarché et elle le mange dans les allées, Mélini se gare dans les stationnements interdits, demande du feu aux passants et envoie le médecin de famille au Diable, Mélini est flamboyante et fait honte à sa fille, elle a son maillot qui baille aux cuisses. Mélini trouve sa fille terriblement raisonnable.

Et moi qui lis le livre, je comprends tout à coup ce titre, le chagrin d’aimer. Le gros chagrin d’aimer.

Je voulais un livre qui me bouleverse par ses mots lancés comme des petits cailloux, par ses silences aussi -enfin une écriture qui ne nous explique pas tout. Je voulais un livre qui me surprenne, qui s’en aille bien loin des bons sentiments, là où tout est violent et extraordinairement sentimental, je crois bien que je l’ai trouvé. Je crois bien que je suis drôlement émue, là, devant l’image des chaussettes de Mélini et de son maillot qui baille. Et je m’en vais vérifier le mien devant la glace, parce que moi aussi un jour, j’ai dû faire honte à mes filles!

Les coulisses du Monde en mieux

Classé dans : Mes publications — 15 juillet, 2018 @ 10:19

le monde en mieux

Mes nouvelles sont à prix réduit à la FNAC, si vous n’êtes pas au courant c’est que vous l’avez fait exprès. J’ai l’habitude de faire des articles pour les auteurs en période de promo, cette fois c’est pour moi et que dire de ces nouvelles, sinon d’où elles viennent ?

  • La couleur bleue du ciel est née de photos de Dubaï, vues dans je ne sais plus quel magazine. Toute cette richesse exhibée, cette démesure, j’ai imaginé ce qu’ils pourraient nous proposer un jour, dans quel marché de dupes ils pourraient nous entraîner. Et le bleu, c’est pour les ciels de Tiepolo, qui ont cette couleur turquoise de la mer vue d’en haut, en Espagne. Sinon dans la vie, je ne porte pratiquement jamais de bleu et je n’en mets pas chez moi non plus.

On vend bien son âme au Diable, pourquoi pas le bleu aux rois du pétrole ?

 

  • Une ville dans le désert s’appelait à l’origine Marthaville et c’était un roman . Je l’avais écrit pour l’anniversaire de mon mari, un cow boy de la distribution qui rentrait à la maison très tard le soir et ne pensait qu’à son chiffre d’affaires, je voulais lui offrir une histoire qui lui ressemble, dans une langue qui était la sienne et que je ne parlais pas. Je ne sais toujours pas s’il s’est reconnu. En tout cas j’ai transformé le roman en nouvelle, ce qui n’est pas courant je sais.marthaville

 

  • Un jour, j’ai emmené une classe d’étudiants en BTS voir une exposition de photos, il y avait sur un grand mur les little dolls d’Alain Delorme, ces petites filles comme les autres, assises devant des gâteaux comme ceux qu’on achète dans les boulangeries, mais le tout avait été rectifié par photoshop et ça devenait terrifiant.roxanne Un véritable pamphlet coloré et violent  contre la dictature de la perfection. Ces images ne m’ont jamais quittées, j’en ai tiré Annie.

 

  • Le grand chemin est la nouvelle la plus évidente, ce n’est pas celle que je préfère d’ailleurs. Et si l’on s’arrêtait tous de travailler ? C’est écrit partout dans la presse, c’est une question importante mais les questions importantes et moi… ce que j’aime dans ma nouvelle, ce sont les chiens dans le métro. J’ai lu un jour un article sur les chiens de Moscou, ces bandes qui vivent à la périphérie de la ville et qui s’organisent pour manger, prennent le métro, savent compter les stations etc.chiens de moscou

 

  • Et le barrage ? Il y a l’eau d’abord, on m’a parlé des villages engloutis à cause des barrages, un jour où je me baignais dans un lac près d’Albi.barrage J’ai imaginé un clocher qui surgissait des eaux, j’ai pensé à une vie disparue, j’ai vu une forêt… le reste a suivi. J’ai écrit cette nouvelle en apnée, je crois que ça s’entend quand on la lit, cette sorte de fièvre. Ça ne m’arrive pas souvent.

 

Les ébauches de trois de ces nouvelles ont été publiées dans mon blog, à l’époque des beaux jours de Carmen, si vous me lisiez alors, vous les avez peut-être reconnues. Je ne pensais pas en faire un livre un jour. Mais la vie, vous savez… la vie vous réserve de jolies surprises. Et à la rentrée prochaine, des lycéens de St Malo vont devoir les lire et les étudier. Leurs aînés l’ont fait pour mon tout premier roman, Mater dolorosa et je ferai ma star dans les couloirs.modeste Vous me direz comment m’habiller et je vous enverrai des photos !

 

Le roman d’une bisounours

Classé dans : Mes publications — 12 juillet, 2018 @ 2:22

Je fais partie de ces femmes qui se réveillent joyeuses, attentives au moindre rayon de soleil. J’émerge de la nuit avec des chansons dans la tête, du rose devant les yeux, je me souris devant la glace, je suis une bisounours.bisounours

Et mes écrits sont plutôt noirs, je ne sais pas trop pourquoi.

Je ne tiens pas du tout à le savoir, d’ailleurs.

Au pays des bisounours, la haine n’existe pas et j’en ai mis dans ce roman. J’ai mis de la haine et des dénonciations, des gens qui balancent. J’aurais pu choisir un sujet feel-good, c’est à la mode, les gens en réclament mais je ne sais pas faire ça. Je crois que je ne suis vraiment pas une mère Teresa de l’écriture.

Donc il s’agit de ces lettres des années 40, écrites par des gens qui n’étaient pas des monstres sûrement, juste des personnes minables, qui n’ont pas mesuré les conséquences de leur acte. Pour écrire ce roman, j’ai lu pas mal de lettres de ce genre, la plupart étaient le résultat de petites jalousies très mesquines, de petites histoires de famille sordides. Elles concernaient surtout des résistants, les dénonciations de Juifs sont apparemment moins nombreuses. Mais elles existent évidemment, comme ont existé les Justes et j’ai lu aussi des correspondances, des cahiers de personnes admirables qui ont sauvé des enfants.

Le sujet ne me concerne pas directement, mais quand même. Le judaïsme se résume pour moi à l’image de ma grand-mère paternelle, une petite femme vêtue de noir qui avait eu onze enfants, allumait une lampe très mystérieuse le soir avant de se coucher et ne comprenait rien aux films qu’elle regardait avec nous à la télé. Sinon, on n’en parlait pas. Quant à l’antisémisme ordinaire, celui avec un petit a, je l’ai découvert brutalement quand je suis arrivée en France. Une phrase d’une camarade de classe a suffi. Et je le vois qui rôde un peu partout mais ce n’est pas si grave, c’est culturel. L’Antisémitisme avec un grand A, je l’ai appris au lycée dans mes livres d’Histoire, comme tout le monde mais je l’avais aperçu un jour, bien avant, sur le visage d’un ami de mon père rencontré dans une rue d’Alger. Sa tête était énorme, on aurait dit Elephant man, sauf que je ne connaissais pas encore le film.kelephant man

-Les médecins nazis ont fait des expériences sur lui, m’a dit mon père.

Et puis il m’a offert un objet extraordinaire qui faisait des bulles quand on soufflait dessus.

Je n’ai jamais trop aimé parler de ces sujets, l’idée qu’on aurait pu vouloir autant de mal à mon père, mon héros, l’homme le plus séduisant de la planète, était insupportable et lui-même n’en parlait jamais. Il sifflait dans son bain et moi, j’écoutais Sheila et Sylvie Vartan dans ma tête. La vie était tellement mieux ainsi.

Ma vie est restée belle, je l’ai voulue légère. Je n’ai pas choisi de perpétuer un héritage tragique, pas plus que mon père ne l’avait fait. Et c’est bien le sujet de ce roman : faut-il continuer à souffrir ou vaut-il mieux tourner le dos au malheur ? Doit-on fidélité aux victimes, porter leur souvenir comme un tatouage ?chronologie des murs

Je n’ai pas la réponse, je ne dispose que de la mienne, qui n’est peut-être pas la bonne et qui se complique chaque fois qu’on s’en prend aux Juifs, d’ailleurs. Car alors il y a de l’ombre au pays des bisounours, on n’y voit plus clair.

Cependant la Beauté existe, j’en parle dans ce roman. Elle est la grande affaire de David mon vendeur de jeans, celui qui ressemble à Sami Frey dans César et Rosalie.

Au pays des bisounours, il faut bien que la lumière soit !

 

L’archipel du chien, de Philippe Claudel

Classé dans : Mes publications — 11 juillet, 2018 @ 6:13

J’en avais assez des histoires racontées, je voulais une histoire écrite, vraiment écrite. Avec un style, des sentiments violents, des imperfections sublimes, des mots lancés à tout va. Je voulais une musique particulière, jamais entendue, je voulais… je me suis fiée au nom de l’auteur, je me souvenais de lui et j’ai lu l’Archipel du chien, son dernier roman.

Et bon.

l'archipel du chien

 

« D’où croyez-vous qu’ils viennent, maîtresse ?

(…) -A ton avis ? dit la Vieille avec brusquerie. (…)

De là-bas ?

-          Bien sûr, de là-bas ! Ils ne sont pas tombés du Ciel ! Tu n’as jamais été très malin mais tu regardes la télé comme tout le monde, non ? »

Nous sommes sur une île ( magnifiquement décrite dans les premières pages), une terre en forme de chien sur les cartes, inscrite au Patrimoine de l’Unesco. Avec des vignes, un maire bon enfant amateur de cigares, un médecin revenu de tout, une vieille brute de décoffrage, un curé pas trop curé et un instituteur rebelle. Nous sommes dans le lieu de prédilection des contes philosophiques, en compagnie de personnages hautement stéréotypés, qui vont se trouver confrontés à un gros problème : trois corps noirs échoués sur la plage, juste au moment où se met en place le projet de construction des Thermes – c’est dire que la mort va faire désordre dans les eaux pures de ce territoire. Ce n’est vraiment pas le moment.

Alors on décide de jeter les corps dans un puits, au grand dam des belles idées de l’instituteur, bien pensant devant l’Eternel, genre beau garçon sportif pour l’apparence, genre pénible pour les autres.

S’ajoutera à cette galerie de personnages un commissaire amateur d’art et d’alcool, fan de Judas qui a su se faire détester – et la haine est plus tenace que l’amour, comme chacun le sait.

Tout ce petit monde nous construit là une sorte de théâtre de marionnettes, sur le thème de l’indifférence de nos sociétés face à la tragédie de l’immigration – c’est le sujet : les habitants de l’île préfèrent parler de vin, de pêche et vivre tranquilles plutôt que de s’occuper des « nègres morts ». L’instituteur s’insurge, il fait son Antigone, il ferait un tabac sur les réseaux sociaux.

 Voilà un beau sujet évidemment, mais en ce qui concerne les personnages, Pagnol est passé par là déjà et Anouilh et le roman-fable vire tout de suite à la farce, c’est le parti-pris de l’auteur. Seulement c’est une farce conventionnelle, bon genre, un peu insipide. Limite ennuyeuse.

Heureusement il y a Dieu, qui s’est mis en pré-retraite selon le Curé, qui a plutôt été évincé par le Progrès, selon l’auteur. Dieu s’est replié dans ses appartements, remplacé par la puissance qui nous observe depuis le Ciel : le satellite.

Le satellite voit tout, il sait tout, nous sommes sous haute surveillance et justement, tout ce petit monde a été vu sur la plage, au moment de la découverte des corps. Panique à bord, danger.

Et danger de facilité pour l’auteur, il me semble. Car tout y passe, toutes les misères humaines : l’odeur de la haine, le pouvoir du mensonge, la lâcheté, les erreurs de jugement. Indignez-vous ! Une petite fille balance son instituteur et la Voix nous parle à la fin, comme à la télé :

Je vais disparaître.

Je vous avais promis de n’être que la voix.

Rien d’autre.

Tout le reste est humain et vous concerne.

Ce n’est pas mon affaire.

C’est beau mais ça a déjà été fait, on dirait du Giraudoux -un Giraudoux qui aurait un peu trop regardé TF1.

 

Je voudrais une histoire écrite, vraiment écrite, avec un style, des sentiments violents… les rayons des librairies sont pleins de livres, c’est l’été, je vais bien trouver.

 

 

Chronologie d’un roman

Classé dans : Mes publications — 9 juillet, 2018 @ 9:11

Premier jour

Il y a eu ce tableau, aperçu un jour dans une galerie d’Albi. Il existe des toiles qui s’adressent directement à vous et vous regardez les gens qui vous entourent, ils ont l’air de ne pas les remarquer, de ne voir que les autres tableaux exposés.

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Mais ce n’est pas celui dont je parle dans le livre. Parce que les livres et la vie, vous savez…

Premier mois

J’ai rencontré l’artiste qui a peint ce tableau, j’ai visité son atelier. Je lui avais apporté des chocolats, il faisait froid dehors, Noël approchait.

Je savais où je voulais situer mon roman, j’ai regardé un plan et pris le métro. J’ai cherché un passage, une impasse… je me suis perdue, j’ai rencontré des gens.

-mais qu’est-ce que vous cherchez ? Un médecin ? Un salon de coiffure ?

- euh… non, c’est pour un roman.

Je n’ai pas trouvé le bon chemin et j’ai pensé que c’était bon signe.plan passage amelot

 

 

Les mois suivants, de longs mois, un an je crois

J’ai pris des notes sur un cahier, j’ai fait des recherches et j’ai commencé à écrire. A la main, sur mon clavier. Dans ma tête, dans la rue. Mon cahier ne ressemblait à rien, je l’aimais de plus en plus. Je préfère quand l’écriture est en désordre, sinon je me fatigue, je n’ai plus envie d’avancer.

En matière d’écriture, mon bazar et moi nous nous entendons plutôt bien.

cahier2

cahier chronologie

Le mot fin

J’ai fini mon roman et j’avais envie d’en parler, alors j’ai écrit un article sur mon blog. Comme je le fais pour les autres. J’ai choisi un titre (déjà pris), un pseudo qui n’est pas vraiment un pseudo. Marie-Hélène D c’est moi aussi, pour l’Etat civil et la Sécurité Sociale.

Une femme à la fenêtre, de Marie-Hélène D 

Quand on a un blog littéraire, il arrive qu’on soit sollicitée par un auteur et il arrive aussi qu’on éprouve une réelle sympathie pour cette personne. Alors on s’applique particulièrement.

J’ai donc passé des jours à lire et relire ce roman, dans l’intention de lui faire une belle chronique. Il pleuvait beaucoup à Albi et ça tombait bien. J’y ai mis plus de coeur que d’ordinaire, je pense. D’où les heures. L’auteure me l’a confié en me disant qu’elle n’était pas sûre du résultat. Je la connais bien et je sais que si elle  est plutôt sûre d’elle dans la vie, elle l’est  beaucoup moins quand elle a une plume à la main.

J’aimerais la rassurer avec cet article, je me demande si je suis bien placée pour faire ça.

 

Ce roman raconte l’histoire d’une femme qui peint et qui est innocente ou coupable, il faudrait savoir. On aimerait bien savoir. Elle s’appelle Louise Cartier, elle est connue du grand public et reconnue dans le milieu de l’art, son nom traîne partout mais elle a eu vingt ans autrefois et à vingt ans on peut commettre des actes abominables. Elle a été modèle, puis un peintre plus amoureux que les autres lui a enseigné son art. Ensuite il me semble qu’elle a fait celle qui avait appris toute seule. Ce n’est pas dit dans le roman, mais ça ne m’étonnerait pas de sa part. Elle a aimé aussi, d’un amour fou. Et haï peut-être, ou méprisé parce que l’Histoire vient se mêler à cette histoire. Et l’Histoire est cruelle, elle aime bien quand il y a des monstres, des lâches, de mauvaises personnes.

§§§§§§§

Le roman se trouve dans mon sac, je vais encore le relire et bientôt je le confierai à mon mari.  Et vous le lirez un jour vous aussi un jour, je l’espère, avec de vraies pages et une vraie couverture et mon nom dessus. Si je ne le mets pas à la poubelle comme le précédent.

Dernière étape

Je n’ai pas mis le manuscrit à la poubelle, je l’ai envoyé à deux éditeurs, avec ce titre ronflant qui me plaisait : chronologie des murs. Parce que c’est bien le sujet, les murs qui savent … et voilà, ce roman a une vraie couverture et mon vrai nom dessus !

chronologie des murs

Bientôt, très bientôt dans votre Kindle et votre librairie préférée.

Chronologie des murs, 164 pages (et franchement si j’avais voulu faire plus long, j’aurais tout gâché).

 

NDLR Il y a des livres auxquels on tient plus qu’à d’autres, on ne sait pas pourquoi. Celui-là, j’y tiens plus qu’aux autres et je sais pourquoi. Parce qu’il me concerne directement, bien que les personnages et la situation soient entièrement fictifs. Et si vous me connaissez un peu, vous comprendrez.

DEMENAGEMENT

Classé dans : Mes publications — 25 novembre, 2014 @ 9:29

Je déménage, mon blog aussi

 

camion

 

SUIVEZ-MOI ICI :www.lecoindedominique.fr

Vous y retrouverez mes articles. Bon, ce n’est plus un pigeonnier, c’est plus grand mais quand même sous les toits, avec les mouettes tout près.

BONNE VISITE! Et laissez-moi un commentaire, pour me dire ce que vous en pensez.

A BIENTÔT!

L’expo d’une éditée

Classé dans : Mes publications — 25 novembre, 2014 @ 7:16

J’ai pris un compte Twitter et j’ai traîné à Beaubourg, où il y a une belle expo d’un sculpteur américain.

koons lui-même

Là-bas, ils parlent le Parisien.

Je dois vous le dire tout se suite, j’adore les langues étrangères, c’est de famille, mais avec le Parisien, j’ai encore du mal.

L’artiste parle l’Américain. Il s’appelle Koons et fait de jolies phrases, il dit qu’il veut « expérimenter l’éphémère royaume des idées », en faisant des « inflatables », comme ballons gonflables et progrès notables et tenue convenable et recette inratable. Des ballons qui tiennent tout seuls en l’air.Ne me demandez pas comment, je suis nulle en physique.

ballon

. Et tant que j’y suis, je vous montre deux  habitants de l’éphémère royaume des idées, que vous avez dû voir à la télé:

koons_jackson

C’est joli, tout ça. Par contre, du côté des commentaires, ça se gâte. Suivez-moi et… chuuut… écoutez-les:

◆◆◆◆◆◆◆◆◆◆◆◆

Ils disent:

◆Qu’ils pensent à vous

« Koons crée une opposition jubilatoire entre l’oeuvre et son concept de réception »curieux (le concept de réception, je crois bien que c’est vous)

koons

 

◆Que nous vivons la fin d’un monde

« Koons est la fin du jugement de goût » désolé(à ne pas confondre avec le Jugement dernier, le jugement de Salomon et le jugement en dernier recours).

 

◆Que nous baignons dans le sacré

« Les aspirateurs de Koons évoquent les gisants de la culture de masse » (dès demain matin, je regarderai mon aspirateur avec respect et je pense que vous ferez de même)

aspirateurs koons

 

Qu’ il y a des moments où il faut prendre son temps pour bien dire les choses:

« Avec une habileté particulière à manipuler les concepts, Jeff Koons est le reflet symptomatique d’un monde de la surconsommation et de la surmédiatisation ».(Allez-y, essayez de dire ça vite sans respirer)coureur

 

Le Parisien, je ne m’y ferai jamais, c’est une langue extrêmement difficile à apprendre et qui demande de l’attention et un maximum de culture.

◆◆◆◆◆◆◆◆◆◆

Par contre, sur Twitter j’ai vu passer quelqu’un qui parle comme moi et ça fait du bien, par moments, de s’y reconnaître. Elle s’appelle la Maudite, vous avez dû la remarquer et elle n’a rien à voir avec le sujet. Elle dit :

« C’est gentil de fermer mon bureau quand je ne suis pas dedans. C’est mieux de vérifier que mes affaires ne soient plus là, avant ».faché2

10 questions existentielles et leur réponse

Classé dans : Mes publications — 24 novembre, 2014 @ 12:39

 

1 Peut-on écrire à tout âge?

Variante: pourquoi m’obstiner à écrire à mon âge, alors qu’on recherche de jeunes talents ?

Parce que je suis quand même moins vieille que Barbara Cartland en son temps et même plus jeune qu’ Annie Ernaux, qui continue, elle. Regardez-moi

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et dites-moi si je dois arrêter. Seulement attention, si vous dites oui je vous détesterai à mort et pour me venger, parce que je ne suis pas si brave fille que ça, je vous ferai un très mauvais commentaire. Sinon vous pouvez être franc, il est toujours bon de dire la vérité, paraît-il.

 

2 Peut-on vivre sans écrire ?

Bien sûr, mais en ce qui me concerne il va me falloir une bonne dose de chocolat, pour compenser. Et me confisquer mon ordinateur, mes stylos et mes rames de papier. Et ne plus me montrer l’ombre d’un livre vers neuf heures du soir, parce que j’ai le réflexe de Pavlov, j’ai les mots qui me viennent, comme la salive dans la gueule du chien.

 

3 Peut-on quitter tout ce qu’on aime?

Variante: quel livre emporterais-je sur une île déserte ?

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D’abord, il faudrait me payer très, très cher pour que j’aille vivre dans un endroit désert . Ensuite, sur une île déserte je ne lirais rien, je passerais mes journées à manger les noix ce coco que Vendredi m’aurait ouvertes en les jetant sur une pierre  - et mes nuits à rêver qu’un bateau vienne me chercher, en écoutant le bruit de la mer.

Mais allez-y, faites votre liste, au cas où vous feriez naufrage, ce qui peut bien vous arriver avec l’essor exponentiel des croisières en mer.

 

4 Que faire d’une âme, sans lecteur et sans éditeur ?

La prendre par la main et la consoler, parce que franchement, ça n’est pas gagné. Vous me direz qu’on peut tout à fait vivre heureux sans être lu ni édité, qu’il suffit d’aller montrer ailleurs ses talents –dans le bricolage, la cuisine, les kayak, le judo, les danses de salon etc… mais vous savez bien ce que c’est , quand on a commencé avec l’écriture c’est terrible, on ne peut pas y renoncer. Alors cette âme perdue, conduisez-la gentiment vers les Limbes, vous savez, cet endroit où l’on attend la vie éternelle. Sur les réseaux sociaux, ça s’appelle des groupes privés. J’y ai passé un moment, avec mes personnages.

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5 Faudra-t-il brûler les livres ?

C’est comme vous voulez, chez Orwell ils l’ont fait et ça a quand même donné un best seller. Mais vous me laissez les œuvres complètes de Camus, deux ou trois pièces de Racine et vous me commandez le prochain Beigbeder, s’il est encore capable d’écrire.

*EXCLUSIF*PARIS: "La Grande Librairie" sur France 5

 

6 Faut-il plaindre les écrivains ?

Ben non, ils se plaignent assez tout seuls, regardez-moi. Je pense d’ailleurs que la plainte est consubstantielle à l’écrivain, comme le stéthoscope au médecin, le  sifflet au gendarme, la couche-culotte au bébé  et l’IPhone à vos enfants.

 

7 Alors, l’écrivain heureux existe ?

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Je crois bien que oui, il en traînait un l’autre jour sur Facebook et il avait l’air vraiment content.

L’écrivain heureux vient d’avoir un commentaire

L’écrivain heureux vient d’écrire le mot FIN sur son manuscrit

L’écrivain heureux est dans le top 100

L’écrivain heureux a dix nouveaux likes sur sa page auteur

L’écrivain heureux a une nouvelle histoire en tête

L’écrivain heureux a trouvé quelqu’un pour sa mise en page

L’écrivain heureux a trouvé quelqu’un pour ses corrections d’orthographe

L’écrivain heureux a trouvé un bon titre

L’écrivain heureux a fini le résumé de son livre

 

 8 Peut-on survivre sans être lu ?

Eh bien oui, rassurez-vous, mais pas si longtemps : James Joyce a vécu 59 ans, j’ai calculé.

ulysse

 

9 Où s’arrête l’univers ?

Le vôtre ? Il s’arrête pour l’instant à la fin du tome 1 des Pérégrinations de Zelda dans l’espace, votre dernière saga extra-terrestre et ensuite il y aura le tome 2, le 3, et le 4 et vous vous demandez si vous n’allez pas continuer mais avec un autre titre, alors non, l’univers n’a pas de fin, puisque Zelda est immortelle et l’espace incommensurable. Et votre inspiration, énorme.

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10 Et si c’était à refaire ?

D’accord, je changerais le titre de mes nouvelles, je me creuserais un peu la tête pour trouver quelque chose de mieux, qui attire l’oeil du lecteur. Mais sinon… vous avez des regrets, vous ? Vous changeriez une ligne de ce que vous avez écrit avec tant de cœur et d’application ? De ce qui s’est imposé à vous un beau jour et  vous a trotté ensuite dans la tête ? De tout ce que vous avez tapé avec enthousiasme sur votre clavier, des heures durant, sans même penser à regarder par la fenêtre ? Vous referiez ce que vous avez livré au public comme on lance une bouteille à la mer, avec tout l’amour d’autrui dont vous êtes capable?

Il y a des questions bêtes qui me passent par la tête, parfois, ça n’est pas croyable!

 

 

 

 

 

 

Le charme discret des paroles tristes

Classé dans : Mes publications — 23 novembre, 2014 @ 6:32

écoutez

« Imaginez que vous ayez une chance et un don »: c’est la première phrase et j’ai failli laisser tomber le livre. Mais j’aimais bien la couverture avec les singes, et le titre. Et ce découpage en petites histoires. Vous pourrez me dire tout ce que vous voudrez, me parler d’incipit, de montée en puissance, de climax et de chutes et de dénouements, cette méthode-là est reposante. Et puis on peut faire son panier, lire dans le désordre, on sait que ça n’aura pas une grande importance. Que ce sera confortable et léger.

Même si le fond ne l’est pas. Car c’est un livre mélancolique et j’aime bien, moi, la mélancolie.

Il y a donc des infinitifs, Mourir, Ecrire, Croire, Détruire… on se croirait dans une chanson de Florent Pagny, sauf que ça n’a rien de fabriqué. Parce qu’on devrait donner un sous-titre à ce livre : Paule P. ou l’attention aux autres.

J’ai choisi quelques verbes pour vous, pour que vous voyiez à quoi tout ça ressemble :

Il y a MOURIR, qui nous renvoie à la terreur des mères, celle de la disparition des enfants. Trouvez m’en une qui n’a pas connu cette terreur-là.

Il y a DIRE, avec ce petit garçon dans la rue, qui hurle aux passants : « Il faut dire ! » Dire à l’être chéri que vous l’aimez, le lui hurler (je ne suis pas sûre que j’aie intérêt à le faire. Je parle des hurlements, mais je veux bien essayer de le dire tout doucement). Dire à votre enfant que vous n’avez pas envie de jouer (désolée mais ce n’est pas un très bon conseil, ça, Madame P. J’ai essayé et je sais de quoi je parle).

Il y a FUMER et ce si bel éloge du tabac, bien plus intéressant que celui de Sganarelle, qui a ennuyé à mourir des générations de lycéens.

Il y a GROSSIR, un mélange d’humour et de pathétique. Qui peut imaginer l’enfer des maigres ?  Vous ? Alors l’auteure vous donne sa recette pour grossir (et pour maigrir, vous n’aurez qu’à supprimer tout ça, d’où l’intérêt de la recette, absolument réversible) : vous alternez bonbons, biscuits, chupa chups, chips, mignonnettes de chocolat et grossesses. Et vous priez le Bon Dieu.

Il y a VIEILLIR, avec cette femme à la tête bizarre qui vous regarde un beau matin dans la glace. Vous lui trouvez mauvaise mine, vous la trouvez fatiguée.

Il y a CHERCHER, avec un vieillard triste dans un jardin public et qui cultive sa mélancolie.

Et puis il y a ECOUTER, et le livre se creuse en une jolie mise en abyme… mais je ne vais pas tout vous raconter.

 

Vous voulez un passage ? Lisez ça, et vous laisserez peut-être tranquilles ceux qui fument:

Fumer, c’est s’autoriser un moment à soi. Se rebeller en s’affranchissant d’un interdit dans

des vies si bornées, si tracées, si régulées. Fumer, c’est s’offrir un peu d’inconscience ;

d’insouciance. Se faire un petit plaisir décuplé par la culpabilité jouissive de transgresser des

règles sociales souvent encore implicites.

Fumer, on ne le fait que pour soi. Et en dépit des autres, la plupart du temps.

Fumer, c’est s’offrir le cadeau d’accepter de n’être pas parfait. Se permettre, pour quelques

minutes, plusieurs fois par jour, de sortir de son cadre. De ne pas faire les choses par devoir,

par obligation. Fumer, c’est renouer avec un égoïsme salvateur. Fumer, c’est s’autoriser à mal

faire, à ne plus être l’élève idéal, la femme parfaite, la mère modèle, l’employé de la semaine.

Fumer, c’est retrouver l’agitation heureuse de sa jeunesse. Prendre un risque en toute

conscience et croiser les doigts, intérieurement, pour que ça tombe plus loin. Ailleurs. Sur

quelqu’un d’autre, si ça doit tomber.

Fumer, c’est garder le lien avec son adolescence, sa jeunesse, son identité. C’est rester

celui que l’on est depuis des années.

 

Et j’ai juste envie d’ajouter quelque chose, mais n’y voyez aucune allusion à qui que ce soit, ce n’est vraiment pas le sujet :

Je voudrais juste dire: Merci pour ces bons  moments, Madame P !

 

Ecoutez, Paule P. , éditions Hélène Jacob

Il n’y a pas d’ombre sur les plages d’Algérie

Classé dans : Mes publications — 22 novembre, 2014 @ 11:18

meursault

Refaire l’Etranger de Camus dans l’autre sens, je ne pensais pas que c’était possible. Moi je n’aurais pas osé , Kamel Daoud  l’a fait. Et … comment vous dire ?

On vendait à Alger de fabuleuses glaces au citron, on les appelait des créponnés et on les dégustait lentement. Ce roman-là vaut dix créponnés.

Je vous explique :

Un vieil homme parle, dans un bar d’Oran, à un  thésard  qui  a le roman de Camus dans sa poche  (l’auteur lui-même en plus jeune, peut-être) et il ne lui laisse pas placer un mot. Il n’y a que lui qui parle et ce long soliloque , qui rappelle celui de Clamence, l’avocat de la Chute de Camus, répare une injustice. Car le vieillard est le frère de l’Arabe, vous vous souvenez de l’Etranger ? Vous avez lu ça au lycée, Meursault tue un Arabe sur une plage d’Alger, à cause du soleil. Dans le roman de Camus, cet arabe n’a pas de nom, il est juste l’Arabe, d’où la première injustice. Et il ne vit et meurt que deux heures, pas plus, tandis que Meursault a droit à des décennies de célébrité, deuxième injustice. Ce meurtre sous le soleil est un gros mensonge, on ne tue pas à cause de rien, troisième injustice.

Voilà le propos. Le frère veut donc réparer et nous donne le nom de l’Arabe, il s’appelait Moussa. Et pour le venger, il va commettre lui aussi un meurtre, presque le même, avec le bateau à l’horizon, les cymbales du soleil, la mère, Meriem à la place de Marie, le geste de trop de la victime, les coups frappés à la porte du malheur etc…La même scène, dans l’autre sens. Et la revanche de l’Arabe contre le colon, en toile de fond.

Sauf que ce n’est pas ça. Car son acte est tout compte fait aussi vide de sens que celui de Meursault et tant pis pour les livres d’Histoire.

Parce  qu’on ne tombe pas dans le fait divers et c’est là que ce romancier est très, très fort . Car la mère a eu beau garder les coupures de journaux relatant la mort de son fils, on ne trouve plus la fameuse plage quand on parcourt la côte et il n’y a jamais eu l’ombre du corps d’un Arabe dans les parages–évidemment, puisque tout ça n’existe que dans un livre. Voilà le narrateur qui se heurte à la fiction comme on se frappe la tête contre une vitre et vous voilà, vous le lecteur, baladé entre trois niveaux, votre réalité à vous, celle du narrateur qui est en même temps une fiction et celle du roman de Camus qui est une autre fiction encore. Vous voilà en équilibre très instable et de cette instabilité naît le plaisir inouï de cette lecture.

 

Comment ne pas ennuyer un seul instant son lecteur avec une seule personne qui parle, une histoire déjà connue et un comptoir de café pour tout décor ?

En faisant de la littérature, pardi !

Je vous recopie un passage qui résume à peu près tout:

« Un jour, je me suis posé une question que toi et les tiens ne vous êtes jamais posée alors qu’elle est la première clé de l’énigme. Où se trouve la tombe de la mère de ton héros? Oui, là-bas à Hadjout, comme il l’affirme, mais où précisément? Qui l’a un jour visitée? Qui est remonté du livre jusque vers l’asile? Qui a suivi de l’index l’inscription sur la pierre tombale? Personne, me semble-t-il. Moi, j’ai cherché cette tombe, et je ne l’ai pas trouvée. »

Mais j’ai peut-être tort, parce que le narrateur vous fait lui aussi son résumé, je recopie et vous allez voir, ça va vous rappeler vos années de lycée, ça va sentir le vieux papier et la craie tout autour de vous:

« Je vais te résumer l’histoire avant de te la raconter: un homme qui sait écrire tue un Arabe qui n’a même pas de nom ce jour-là -comme s’il l’avait laissé accroché à un clou en entrant dans le décor-, puis se met à expliquer que c’est la faute d’un Dieu qui n’existe pas et à cause de ce qu’il vient de comprendre sous le soleil et parce que le sel de la mer l’oblige à fermer les yeux. Du coup, le meurtre est un acte absolument impuni et n’est déjà pas un crime parce qu’il n’y a pas de loi entre midi et quatorze heures… »

Bonne lecture!

 

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