Dans mon coin

Un site bricolé avec les moyens du bord

Botticelli, langue de bois, boulet, Baudelaire etc…

Classé dans : Mes publications — 21 octobre, 2014 @ 4:02

CCF21102014_00000B comme Botticelli, parce que le Printemps, c’est quand même magnifique en vrai. Un enchantement. Vous restez là comme devant une vitrine de Noël quand vous étiez petit, vous ne bougez plus, vous vous demandez ce qui vous arrive, pourquoi vous n’entendez plus rien autour de vous. A un moment, vous vous demandez où vous avez déjà vu ces visages…dans un magazine… cette femme si gracieuse au centre fascinerait encore les photographes, franchement regardez-la et dites-moi si je me trompe. Et Adonis aussi, et les trois Grâces. Le Printemps est un chef d ‘œuvre, je confirme, un chef d’oeuvre qui n’ennuie personne parce qu’il a traversé les siècles sans encombre, ce qui n’est pas le cas de tous les tableaux qui l’entourent. En même temps, après deux heures et demie de queue devant l’entrée des Offices, c’et mieux si vous aimez.

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/t/telanne/22804.pdf

 

B comme boîte, quand on déménage on met sa vie en boîtes et c’est chaque fois une drôle d’expérience : par exemple, on enferme ses livres en fonction de leur format, les plus petits ensemble, les plus gros dans un autre carton. On se rend compte qu’on a lu tout ça, mais comment on a fait ? C’est que les années ont passé et voilà nous y sommes, la vie en boîtes est la preuve flagrante du passage du temps.

Je viens de lire un article sans lequel une femme plutôt baroudeuse affirmait pouvoir faire tenir toutes ses affaires dans trois malles. Alors je dis : RESPECT. Moi, il me faut un camion. Et est-ce que j’ai besoin de tout ça ? Oui. J’ai besoin de ma collection de  Poésie Gallimard et de mes quatre paires de boots –parce que le talon n’est pas pareil. J’ai besoin de mes manuscrits  (les trois édités et les dix rejetés) et de mes quatorze bâtons de rouge à lèvres. Sinon qui suis-je et à quoi bon vivre ? Au bout du long chemin de la mise en cartons, se trouve une question existentielle qu’il n’est pas toujours bon de se poser.

 

B comme bois, la langue de bois devient de plus en plus créative. Au lieu de dire: des vandales ont saccagé le gros sapin vert qui ne plaisait à personne, on a dit: « Il est probable que le sapin ait une deuxième lecture subversive »(1)

 

B comme Baudelaire, le Spleen de Paris en collection biblio est pour moi  l’œuvre magistrale du Maître et pour tout le monde le livre le plus facile à caser dans un carton. 5 millimètres d’épaisseur. Avec des trésors à l’intérieur : un homme s’arrête à un stand de tir, il est accompagné de sa femme. Il vise une poupée, la décapite du premier coup et tandis que son adorable épouse l’applaudit, il lui dit le plus amoureusement du monde: cher ange, je me figurais que c’était vous.

Moralité, ma fille méfie-toi des hommes, comme me le disait ma maman –mais je n’ai pas trop suivi son conseil.

 

B comme boulet, j’aime bien ce mot, rond comme un petit ballon. Il adoucit les situations catastrophiques. Parce qu’on est toujours le boulet de quelqu’un, mais dit comme ça, c’est moins grave.

boulet

 

B comme Bowie. Parce que c’est quand même l’homme le plus séduisant de la terre –après mon mari, évidemment. Et parce qu’il chante pour moi, rien que pour moi. Allez dire le contraire.

 

B comme bête, c’est quand même bête, j’ai oublié  les remerciements. Les remerciements, à  la dernière page de mes livres Tout le monde fait ça, sauf moi. Alors j’y vais, je remercie:

-mes parents d’abord, qui ont conçu le petit génie littéraire que je suis.

-les miens, qui me supportent depuis que j’écris et aimeraient bien manger à l’heure et que je réponde au téléphone.

mes auteurs préférés, qui m’ont montré le chemin.

-les criminels et malades qui traînent partout et pourraient me donner des idées pour un prochain roman.

-mon premier chagrin d’amour, parce qu’il m’a rendue à jamais mélancolique.

-mes cours d’histoire, qui m’ont montré des héros et des victimes.

-mon chien, qui est resté couché tout prés de moi pour m’encourager, pendant que j’écrivais.

image-1

Et puis  mon fichier word pour la mise en page, mon dictionnaire et ma tablette de Côtes d’or au noisettes pour les moments de doute.

 

(1) Antithèse, en mode Sébastien Cerise:

L’artiste McCarthy a placé un gode anal géant sur l’une des plus belles places du monde, la place Vendôme, et vert le sex-toy, s’il vous plaît !
Ce que je considère comme une infâme bouse a coûté la bagatelle de 200.000 euros au contribuable parisien ! Et les médias de nous raconter : non, ce n’est pas un sex-toy ! Le pire est qu’ils y croient sans doute, ces boulets de l’humanité…
Mais pas nous hein, rassurez-moi ??

Vous remarquerez qu’il y a aussi le mot « boulet ».  (et bouse et bagatelle, mince il a fait lui aussi la lettre B!)

Les dix commandements d’une éditée

Classé dans : Mes publications — 20 octobre, 2014 @ 6:12

LUNDI

Temps et horoscope encourageants. Neptune se tient à carreaux et Vénus lui fait de l’oeil.

 

Je faisais mes cartons de livres parce que, comme vous le savez,  je vais bientôt déménager. Il y avait ma collection de Philippe Djan, les œuvres complètes de Stendhal jamais ouvertes et celles de Maupassant ouvertes des milliers de fois, mon Camus dans la Pléiade et mes Fleurs du Mal illustrées. Il y avait aussi ma Bible, le premier beau livre que je me suis offert. Un gros bijou très lourd illustré par Dali.

Quand on touche à un livre pareil, forcément on l’ouvre.

Et là, au tout début de la Genèse, avant même l’arrivée du Serpent, à la page où ils sont encore heureux tous les deux parmi les arbres et les fruits,

adam une feuille volante m’attendait :

 

LES DIX COMMANDEMENTS DE L’AUTEUR DEBUTANT (1)

Je me jetai dessus, vous pensez bien. Et je lus ce qui suit :

 

Tu seras patiente, ce qui t’évitera de te plaindre au sujet de tes ventes. Ainsi,  tu arrêteras d’en vouloir à tes lecteurs potentiels et qui le sont restés. Tu n’iras pas non plus regarder les ventes des autres. Tu es un pur esprit créatif et les contingences se situent tout en bas, toi tu es tout en haut. Et puis tu connais ton Histoire des Génies par coeur, tu sais bien qu’on ne les apprécie vraiment que quand ils sont morts. Tu n’as aucune envie de mourir pour les beaux yeux de tes lecteurs, soit, mais considère enfin que le temps joue pour toi.

Tu ne te demanderas pas une soixantième fois ce qui plaît exactement aux gens qui ont une liseuse et pourquoi ton livre, que tu trouves si bon, si bien écrit, ne leur plaît pas tant que ça. Tu sais bien que les secrets du succès sont impénétrables.

Tu n’essaieras pas d’écrire une histoire de vampire si tu as peur du sang, une histoire de monstres si tu as peur de ton ombre, une histoire policière si tu ne payes pas tes contraventions..

thriller

Tu n’essaieras pas d’écrire une histoire drôle si tu es du genre sérieux.Tu sais que la crise favorise les romans légers, tu as lu ça dans l’Express, Libé et Télérama et tu l’avais déjà remarqué, mais tu suivras ta nature profonde. Tu poursuivras ta descente aux enfers, continueras l’introspection, respecteras ta mélancolie, écriras un roman sur le doute, un autre sur la trahison, un autre encore sur ton avant-dernier chagrin d’amour.

Tu  te feras des contraintes sévères, car tu sais que les contraintes sont source d’inspiration: tu n’emploieras pas le subjonctif imparfait et tu ne situeras pas ton histoire dans la Grèce antique d’avant Démosthène, ça devrait t’aider.

Tu ne jetteras pas un œil mauvais vers le rayon Livres de ton Supermarché, tu  marcheras la tête haute jusqu’au rayon fruits et légumes. Là, tu achèteras les plus belles tomates, celles qui ont des couleurs inhabituelles, et des fruits exotiques qui feront venir à toi de belles images de palmiers. Tu te diras alors que les nourritures terrestres sont quand même les plus intéressantes et que les choses de l’esprit peuvent aller se faire voir ailleurs. Ce qui te consolera, tu verras.

Tu ne reliras pas tes grands auteurs, car ton coach t’aura appris à être proactif dans l’écriture. Et pour cela, il te faut une grande confiance en toi.

Tu ne poseras pas un lapin à ton club écriture sous prétexte que tu as mal à la tête. Le mojito n’a jamais donné de migraine à personne. Tu t’y rendras la fleur au fusil et l’on saluera une nouvelle fois ton talent, parce que c’est toi qui auras écrit la plus belle page sans la lettre A, sans la lettre B et avec un maximum de dialogues.

Tu ne chercheras pas ton héros dans tes annales d’Histoire, tu l’inventeras toi-même et tu laisseras l’Histoire tranquille. Des héros, elle en a suffisamment comme ça.

Tu n’iras pas chercher un stylo pour que tes amis notent le titre de ton livre, tu les laisseras prendre l’apéritif tranquilles. Ensuite tu n’en parleras plus, tu les laisseras  manger tranquilles.

 

J’avais fait à peu près tout ça, j’avais bravé ces interdits.

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Je sentis alors une honte stupide m’envahir, ce genre de sentiment qui vous glace le sang de bon matin. Il me fallait sortir de cet embarras et retrouver ma dignité. Je pensai alors à ce que j’avais déjà dit des religions certains jours de désespoir, qu’elles font du mal aux hommes. Je pensai aussi à ce qu’avait écrit Marx et me refis la liste des auteurs fumeurs d’opium qui avaient mal fini –il y en avait pas mal.

Mais je me promis quand même de faire un effort. Je pliai la feuille en deux et la rangeai dans mon bureau, afin de la regarder de temps en temps.

Et je continuai à faire mes cartons.

 

-(1) Je fais ici une allusion discrète mais finaude à mon passage fugitif dans la presse:

 Dominique Lebel, l’écriture en apprentissage (le Trégor, journal régional breton, comme son nom l’indique)

Le dictionnaire portatif de l’ éditée

Classé dans : Mes publications — 20 octobre, 2014 @ 2:39

a comme arriver au bon moment : n’écrivez pas une histoire de fantôme après Marc Levy, n’attachez pas votre héroïne sur un banc de Central Park après Guillaume Musso, quittez Paris, Modiano y est déjà. Ne regardez pas les crocodiles dans les yeux, Katherine Pancol l’a fait. Si vous vous appelez Eddy et que vous êtes homo, changez de nom, quittez le Nord et demandez à votre belle-sœur de vous présenter ses amies. Et  si vous faites pleurer vos personnages, méfiez-vous : la boîte de mouchoirs se trouve chez Chris Simon.

 

A comme arriver à avoir 20 commentaires sur Amazon : organisez une réunion de famille, harcelez vos proches, menacez vos enfants,  invitez une chroniqueuse à dîner, offrez votre livre dédicacé contre une étoile supplémentaire. Bref, démenez-vous, ne restez pas les bras ballants à vous plaindre, soyez positif, allez de l’avant. Votre page Amazon s’en trouvera illuminée et vous, vous serez récompensé.

 

A comme amour : vous l’avez dit cent fois déjà, ce que vous aimez, vous, c’est écrire. Vous aimez le parfum délicat des mots, la plongée en apnée dans les profondeurs de votre moi qui est encore un grand mystère pour vous, etc… alors ne vous plaignez pas, puisque vous avez déjà écrit quarante-trois mots ce matin, vous avez quarante-trois raisons d’être heureux.

 

A comme arrêter. Arrêtez d’écrire, chez vous ils aimeraient bien déjeuner. Et vous voir un peu. Eteignez votre ordinateur, lâchez un peu vos stylos, oubliez votre histoire et allez prendre l’air, vous êtes tout pâle et un écrivain avec une mine de déterré, c’était bon au temps de Dostoievski, maintenant c’est fini. Regardez Houellebecq.

 

A comme  ami lecteur, ami forcément celui-là, qui a tenu votre livre entre les mains ou  l’a lu sur son écran . Et il restera votre ami pour la vie, enfin tant qu’il ne se mettra pas à essayer de comprendre pourquoi vous avez commencé votre histoire par la fin, tant qu’il ne se demandera pas si le chapitre 3 était une digression ou un retour en arrière  et si les cent quatre-vingt dernières pages étaient vraiment indispensables. Un ami sait rester discret et celui-là, comme les autres, devra donc demeurer évasif dans le compliment, c’est à dire trouver votre livre fabuleux. Et s’en tenir là. (demandez à ceux qui vous entourent ce qu’ils pensent de Proust, vous verrez)

 

A comme artiste. C’est à dire maudit et ce n’est pas exactement ce que vous attendez de la vie. Alors n’en rajoutez pas, dites simplement que vous écrivez, il paraît que pour les hommes c’est déjà faire un grand pas vers le succès (1). Dites que vous écrivez des histoires, pas des romans. Des textes, pas des poèmes. Que vous avez sorti un truc, pas un livre. Que vous êtes sur Amazon, pas en librairie. Que vous avez eu des chroniques et des commentaires, pas des critiques. Que vous allez faire des dédicaces, pas des signatures. Qu’on a parlé de vous dans le journal local, pas dans la presse. Enfin, adaptez votre vocabulaire mais restez sur le bon chemin, celui de la passion d’écrire. Parce que sur ce chemin-là, vrai de vrai, vous êtes une vraie vedette!

 

(1)non je ne cafte pas, je ne donne pas les noms.

 

A comme… à demain !

Finis ton livre!

Classé dans : Mes publications — 19 octobre, 2014 @ 4:19

Notre ministre de l’agriculture vient de nous dire : pour éviter le gaspillage, finissez vos assiettes.

assiette

Je suppose que cette phrase  a été sortie de son contexte (je l’espère pour lui). J’ai eu beaucoup de chance , j’ ai un petit appétit mais mes parents ne m’ont jamais embêtée avec ça. « Finis ton assiette », c’était bon pour les autres, les enfants maltraités, les petits Chose des repas de famille. D’ailleurs on ne m’a dit cette phrase  qu’au cours de déjeuners chez des amies, mais comme on ne voulait pas avoir l’air d’être désagréable avec une petite invitée, on la mettait à la troisième personne : « oh, mais elle n’a pas fini son assiette! », me lançait-on en me regardant de travers. Et je souriais poliment devant mes restes de langue de boeuf  ou de lapin à la moutarde.

Ben non, je ne finis pas et pour les livres, c’est pareil, je les abandonne parfois en route.

Et le reproche revient. Pourtant, dans ce domaine j’ai plutôt un gros appétit. Toujours est-il que le problème reste entier, je croyais m’en être débarrassée avec ma liseuse, mais non.

Pour tout vous dire, j’ai longtemps été narguée par les volumes à peine entamés qui traînaient chez moi. Le marque-pages me narguait, la page cornée me narguait. J’avais des scrupules à ranger le livre entamé dans ma bibliothèque, je le laissais donc  traîner un bon moment sur la pile des incompris de ma table de nuit.

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Oui, j’avoue : je n’ai jamais fini la Chartreuse de Parme, ni le dernier Yasmina Reza. Mais j’ai fini la vie sexuelle de Catherine Millet.

catherine millet Il y a même des livres que j’ai adorés et que j’ai lâchés d’un coup, parce que l’enchantement était rompu (ce sont des choses qui arrivent aussi avec les histoires d’amour, je sais). Un livre largué, c’est une histoire à la fois belle et triste.

Je pensais bêtement pouvoir être plus tranquille avec ma kobo (1), ce petit objet plat apparemment dénué de mauvaises intentions. Mais non.

Parce que la perfide  m’affiche mes pourcentages de pages lues et c’est la honte assurée, l’opprobre qui me claque à la figure: 32% lus. Je l’allume, vais sur ma page Bibliothèque  et j’ai tout de suite une idée du désastre: là non plus, je ne finis pas mes livres.

Mais je ne vais pas être la seule, bientôt vous verrez que vous vous mettrez vous aussi à  ce gaspillage –à force de promos et avec la grande liquidation de la littérature qui s’annonce sur Amazon, vous verrez : vous vous ferez un stock, une collection avec une quantité d’assassins, de courses-poursuites, de créatures fantastiques surgissant de nulle part

vampire et d’histoires d’amour qui finissent mal et vous ne pourrez pas tout lire. Parce que vous serez gavés, forcément. Vous aspirerez à un peu de répit et vous irez au cinéma, vous allumerez la télé, vous vous achèterez des magazines, vous piquerez les jeux vidéo de vos enfants.

Alors allez-y doucement, si vous voulez finir votre assiette, ne faites pas comme moi, ne vous empiffrez pas.  Et prenez le temps de goûter à la saveur des mots.(2)

 

 

 

(1) j’ai un problème  avec le mot « liseuse ». Avant, il y a longtemps, une liseuse était un gilet tricoté dans une couleur obligatoirement abominable, que certaines femmes indolentes posaient sur leurs épaules .

liseuse Je déteste ce mot depuis toujours et ne l’emploie que contrainte et forcée par le sujet du jour.

 

(2)D’ailleurs je m’en vais de ce pas suivre mes propres conseils : je m’en vais tenter de lire enfin en entier un vieux succès,  les 50 nuances de Grey, dont je n’ai lu que 2% d’après ma liseuse. J’en étais restée aux différents modèles de lanières et je vous raconterai (2 bis)

(2 bis) En fait j’ai fini par l’acheter pour les besoins de l’un de mes articles. Mais si, JE VOUS JURE

 

Mais qu’est-ce qui m’arrive?

Classé dans : Mes publications — 18 octobre, 2014 @ 6:05

Je suis devenue créative.(1)

Aujourd’hui vous n’avez pas le choix: vous devez être proactif ou créatif, ou les deux. Ou nul.

J’ai des désirs internes, une motivation intrinsèque et un réseau cérébral associé à la rêvasserie.

réseau

Je perds la notion du temps, ce qui fait que j’ai quelques difficultés en cuisine, comme vous le savez: j’ai laissé brûler mes cokas l’autre jour et des cokas brûlées, ça n’a pas du tout le même goût (2).

Mais je suis devenue persévérante et vous verrez qu’à 70 ans, je serai toujours sur Amazon. Mais oui. Vous ne me croyez pas? C’est que vous n’êtes pas créatif.

J’ai un esprit observateur, je suis curieuse d’en savoir plus sur les autres: je suis allée voir la photo de Jeremy, le graphiste d’HJ, comme toutes les femmes auteures de cette belle maison d’édition.

Je vis de ma passion et m’en nourris: j’ai arrêté le chocolat Côte d’or aux noisettes, la baguette tradition  et les réglisses Haribo.

Je n’invente pas vraiment, je me contente d’établir des connexions entre les choses: j’imagine la rencontre entre David et Pamela sur une plage de Malibu  et suis immédiatement en mesure de fabriquer un best-seller. La connexion effectuée, il me reste juste à écrire mon histoire de trois cents pages, dans laquelle j’établirai une connexion secondaire, la confrontation entre l’amour et la haine.

maibu

Mais je suis difficile à repérer, comme tous les créatifs, car j’ai une nature paradoxale. C’est pourquoi les hommes ne se retournent pas sur moi dans la rue (3). C’est pourquoi, aussi, on ne m’a pas encore interviewée à la télé. Je suis exceptionnelle, mais il faut le deviner et tout le monde n’est pas si perspicace.

J’observe tout ce qui m’entoure: méfiez-vous, je vous ai à l’oeil, tous. J’épluche vos commentaires, j’épie vos pages Facebook. Je suis pire que les réseaux sociaux, rien ne se perd chez moi.

Je prends le temps d’être seule: je pratique la solitude positive depuis que je n’ai plus de messages sur mon portable et beaucoup moins d’amis sur Facebook. Je refuse même de répondre aux appels venus de l’étranger pendant mes heures de repas.

Je travaille aux heures qui m’arrangent, c’est à dire pendant que vous, vous travaillez vraiment.

Je m’expose à de nouvelles expériences, ce qui constitue chez moi un indicateur fort: j’ai testé les haltères d’un kilo pour avoir les bras aussi fermes que ceux de Jane Fonda, afin de m’ouvrir au fantasme. Je me suis baignée dans la Manche à la recherche du frisson créatif. J’ai suivi les aventures de Moundir à Koh-Lanta, en quête d’une exploration comportementale des hommes.

Mon esprit vagabonde car il est sujet à des processus cognitifs particuliers, des voies neuronales inhabituelles , c’est pourquoi je me suis perdue entre la station Ménilmontant et le studio de ma fille. C’est parce que je suis créative que j’ai pris la rue dans le mauvais sens et ai marché une heure pour rien sous la pluie.

Je suis intrinsèquement motivée, c’est à dire que je préfère être reconnue par moi-même que par les autres: je ne me suis encore jamais inscrite à un concours littéraire. Je suis bien au-dessus de cette course au succès, en haut, tout en haut -dans la reconnaissance de moi.

J’ai un esprit plutôt torturé et des chagrins déchirants: j’ai changé trois fois le texte de ma quatrième de couverture, j’ai filé mon dernier collant le Jaby 30 deniers qui m’a coûté une fortune, j’ai perdu une boucle d’oreille en argent et suis descendue de 500 places sur Amazon.

Mais -et c’est bien le pire, c’est bien là ce qui me contrarie- il n’existe pas de profil créatif type: je ne suis pas seule, je suis cernée par des êtres qui sont comme moi, observateurs, torturés et vagabonds mais ne me ressemblent pas. Et j’en viens à cette évidence désespérante, à cette perspective aussi déstabilisante qu’anxiogène et que je suis dans l’obligation d’accepter: il doit exister de par le monde des BLONDES A FORTE POITRINE qui sont elles aussi créatives!

 

(1) Je remercie très humblement ma source d’inspiration: 18 choses que les gens créatifs font différemment des autres, Carolyne Gregoire (espritsciencemetaphysique.com)

(2)  Recette des cokas: vous faites griller vos poivrons, vous les laissez refroidir dans du papier journal (je ne sais pas pourquoi). Vous enlevez la peau et vous les coupez en morceaux; Vous faites revenir des tomates bien mûres à l’huile d’olive. Vous mélangez les tomates et les poivrons. Vous faites des cercles de pâte brisée (épaisse, sinon ça va être une catastrophe), vous mettez un peu du mélange dessus, vous repliez, ça vous fait un croissant. Vous badigeonnez avec du aune d’oeuf (avec le doigt parce que vous n’avez pas de pinceau spécial cuisine). Vous mettez au four à 200°. Et vous ne retournez pas à votre roman, vous surveillez la cuisson. C’est bon chaud ou froid.

(3) En fait ça m’arrive tout le temps, c’est juste que je ne fais pas attention.

 

J’aime bien les prénoms en a

Classé dans : Mes publications — 18 octobre, 2014 @ 5:55

 

Et je ne suis pas la seule : j’ai lu Esquisses d’elles

Esquisses-delles

et c’est la première chose qui m’a frappée, cette redondance –Léa, Sarah, Julia, Amalia, Jenna, Sacha, Lola, Elsa, Yuna… je ne vais pas vous les citer toutes. Parce qu’il n’y a rien qui ressemble autant à une esquisse qu’ une autre esquisse,  Valérie Henry nous invite à feuilleter son carnet de dessins, où ces femmes ont une autre chose en commun : elles sont enfermées. Alors c’est une histoire de harem ? Presque. D’ailleurs il y a un hijab plié dans un tiroir.

L’une a fermé les portes de son camping-car, l’autre est enfermée dans une dicature moderne –la nôtre, celle des machines, une autre encore dans son 3 pièces de Belleville. Et il y a d’autres prisons : le tissu trop épais d’un jean dans la chaleur du port de Lampedusa, parce qu’on ne se débarrasse pas si aisément de ses voiles, les tentacules de l’Inde qui ne lâcheront plus la voyageuse, la ville de Nantes sous la pluie, et puis Paris encore, une maison dans Paris, un couloir de métro à Paris. Et puis la forêt amaonienne…mais surtout, il y a la prison de la folie et c’est peut-être à l’intérieur de ses murs que nous nous trouvons –peut-être ces esquisses ne sont-elles que les images qui traînent dans l’esprit dérangé et incompris de la première de ces femmes, Léa. Valérie Hervy sème le doute mais son titre nous avait prévenus, ce ne sont pas de vrais portraits, juste des  images qui passent. Et entre ces images, d’autres images: des chiens malades, des vidéos d’adolescents, une poitrine comprimée sous une bande adhésive, une jeune femme trempée dans un café, les lumières d’une fête foraine…des images qui vous restent dans la tête , ensuite.

Et je voudrais ajouter quelque chose : ce n’est pas le contenu de ces histoires qui m’a plu, contrairement à beaucoup, je l’avoue. C’est que j’ai tendance à fuir la misère et qu’à l’ombre je préfère le soleil. Et sous les terribles hijabs je préfère imaginer les visages maquillés des femmes. Ce qui m’a plu dans ces nouvelles, c’est que j’y ai reconnu une écriture de femme , avec de très jolies phrases :

« Se promener à l’aube des vieilles pierres, vestiges des moulins de PontAven ».

« Léa allait tomber amoureuse comme on se noie ».

« Le soir de Noël, on entend les râles des marins morts en mer au large de la baie des Trépassés ».

Un style de fille, un petit cinéma intérieur absolument féminin, qui m’a -comment dire? -emmenée en promenade.

 

Esquisses d’elles, Valérie Hervy, éditions Hélène Jacob

L’INVITÉE DU JOUR

Classé dans : Mes publications — 17 octobre, 2014 @ 4:29

LE JEU DES 7 ERREURS, je n’y arrive jamais mais là, je pense qu’avec un peu de persévérance je pourrais y parvenir: j’ai lu avec le plus grand intérêt un article transmis par Chris Simon, la papesse des bloggeuses (du moins pour moi) et qui plus est écrivain de talent (pour moi et beaucoup d’autres) et voilà mes conclusions:

Je n’ai pas encore de NDD, je ne peux pas tout uploader mais j’ai une ligne éditoriale en béton en tant qu’éditée ratéeCCF28092014_00002

, je soigne mon contenu parce que je m’applique pour mes coloriages,

blanche neige

j’ai confié ma page d’accueil à ma fille et l’ai menacée de la renier si elle mettait mes articles sur fond blanc, je connais tous les prénoms de ceux qui me lisent,  les trois noms inscrits à mon fan club et je suis modeste, comme chacun le sait.

Il manque un item? Le voici: je fais du guestblogging, j’invite donc solennellement Chris Simon sur mon blog, et j’espère qu’elle voudra bien y rester parce que j’ai l’air de plaisanter, mais les conseils qu’elle nous envoie sont avisés:

7-erreurs-qui-peuvent-saboter-le-succes-de-votre-blog

ET SURTOUT: http://chrisimon.com/ 

L’incomparable saveur du hachis Parmentier

Classé dans : Mes publications — 17 octobre, 2014 @ 1:00

 

« Croyez-moi si je vous dis que vous êtes à la littérature ce que les hachis Parmentier Findus est à la grande cuisine ».

Ce qu’il y a de bien dans le hachis Parmentier, c’est que vous avez le choix : soit vous mangez d’abord la purée, soit vous mélangez. Dans le Journal d’un écrivain sans succès ,

jeanfabienvous avez le choix entre Jean Fabien et JF 2.0. L’un est au-dessus, l’autre en-dessous. L’un est l’auteur qui se prend pour un personnage, l’autre le personnage qui ressemble à l’auteur, d’où l’option mélange. Jean Fabien écrit bien, il a la désinvolture et le talent de tous ceux qui savent faire rire et JF ground zéro rame dans la vie.

Evidemment, je salue bien bas Jean Fabien, mais je préfère JF, sûrement parce que je suis une femme plutôt très mûre et que l’instinct maternel oriente forcément les préférences.

 

A quoi ressemble JF ?

Il aime le punch et sait enlever les taches

Il achète des couettes Ikéa et fait sa vaisselle à la main.

Il sait parler aux femmes, mais après-coup

Il marche en canard après un raid à vélo.

Il s’est rendu compte qu’une idée était un mot féminin.

Il hésite entre la monogamie et la polygamie.

Rien que de très normal, à part ses connaissances en matière de taches. Mais il a desphrases à tomber, vous verrez.

 

A quoi ressemble Jean Fabien ?

Il  est ingénieur en informatique et il écrit. Si Boris Vian nous revenait, il faudrait les présenter. Oui, ce serait une bonne idée et je suis sûre qu’ils s’entendraient bien.

C’est un dandy de l’écriture et un frimeur dans la vie. Prétendre d’emblée qu’on est l’enfant raté de deux ingénieurs, c’est être un roi de la frime.

Il profite de son livre pour dragouiller ses lectrices, on ne sait jamais.

Il préfère dire « mon derrière de bouquin » plutôt que « ma 4ème de couverture ».

Il a eu 14 commentaires sur Amazon, soit seulement 3 de plus que moi et encore moins d’étoiles que moi. Mais un beau prix et pas mal de chroniques, toutes élogieuses. Ce qui remet les choses à leur place (enfin, pour lui).

 

Alors justement, à propos d’étoiles, je voudrais rendre solennellement à JF 2.0 ses étoiles manquantes. Et pour ça, je vais le laisser parler et vous allez voir, les petites étoiles vont aller s’inscrire directement sur la page d’achat de son livre. Avec un nouveau commentaire : JF 2.0, le héros préféré des lecteurs ratés d’Amazon.

C’est moi qui mets les titres et  c’est lui qui parle :

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MODESTIE

« JE suis génial. Si j’étais homo, je tomberais amoureux de moi. »

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SON CHEF

« Il s’appelle Michel, il est une sorte de cousin éloigné de l’aspirateur sans sac : de nombreuses choses rentrent, mais on se demande quand même où elles finissent ».

L’INFORMATICIEN

« C’était la première fois que je voyais un roux aux cheveux gras ».

SON PC

« Il serait presque plus simple d’essayer de comprendre une femme ».

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CE QU’IL AURAIT PU DIRE

« C’est la première fois que je rencontre la femme de ma vie, tu excuseras mon émotion ».

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LIBE

« Une femme a obtenu 10.000 euros parce que son époux ne lui avait pas fait l’amour pendant 10 ans. Question : comment ont-ils vérifié la durée ?  »

SERVANE (vous verrez)  « La décrire, c’est déjà la dégrader ».

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Finalement, l’enfant raté est un auteur brillant, mais on s’en doutait. Et sous l’auteur, il y a un écrivain, un vrai: du genre de ceux qui se livrent à vous, l’air de rien. Et vous disent des choses profondes -c’est à dire qu’ à travers un personnage qui fait l’intéressant, ils vous montrent ce qu’ils sont vraiment -de sacrés loustics pleins de talent.

 

Le journal d’un écrivain sans succès, Jean-Fabien, éditions Paul &Mike.

 

 

MOI D’ABORD

Classé dans : Mes publications — 16 octobre, 2014 @ 6:29

 

J’ai lu un article intéressant (1) et qui me concernait. L’auteur de l’article est un m’as-tu-vu pas désagréable à voir et je ne dirai pas ce que je pense de lui, puisqu’il s’en fout –mais c’est dommage pour lui.

 

Je suis auteur, donc j’écris, point virgule et la virgule est justement le sujet du jour :

Je suis auteur et je ne me contente pas d’écrire –trop facile ! Je fais aussi du marketing

marketing2

J’assure  la promotion de mes livres, qui sont de magnifiques ouvrages mais ce n’est pas le sujet.

J’écris depuis très longtemps mais ce n’est pas le sujet.

Je mets tout ce que je sais faire de bien dans mes livres mais ce n’est pas le sujet.

J’ai passé des heures à fabriquer mes histoires mais ce n’est pas le sujet.

Parler de mes livres me gêne mais ce n’est pas le sujet.

 

Le sujet, c’est MOI.

Parce que mon livre est un objet à vendre et qu’il vaut mieux vendre des marques, regardez un peu ce qui marche . Et la marque de mon livre, c’est MOI. Je suis en auto-franchise.

Donc au lieu de vous parler de mon livre, je vais vous parler de moi et ça m’arrange plutôt parce que j’adore raconter ma vie, comme vous avez dû le remarquer. Et comme on me donne enfin le droit de le faire, j’en profite.

Tout  ça a un nom que je viens d’apprendre : le STORYTELLING en américain.

Mon HISTOIRE PERSONNELLE. Et je vais vous la faire dans le bon ordre.

 

Je commence

Qui suis-je ? C’est écrit sur mon blog mais je ne vais pas vous faire ma biographie. Je vais vous dire seulement qui je suis, puisque c’est la question :

Je suis une gentille fille. J’ai essayé de cultiver des générations d’étudiants et j’ai aussi vendu du linge, du beau linge. C’était très différent parce que, surtout, mes clientes pensaient que je ne savais pas lire, puisque j’étais commerçante. Je connais tous les courants littéraires et le grammage de vos serviettes de toilette. Je peux vous faire la synthèse de dix articles de Barthes les doigts dans le nez et vous énumérer tous les avantages de l’oreiller en plume d’oie.

Et puis ?

 

Si je n’étais pas mariée, je sauterais dans les bras de Vincent Lindon qui serait drôlement heureux que ça lui arrive..

vincent lindon

 

Si je ne  devais pas finir d’écouter les conseils de mon éditrice sur You Tube, je me referais un David Bowie qui chante avec les mains dans ses poches.

Si je n’avais pas mes enfants, ma vie n’aurait aucun sens.

Si je n’avais pas mes livres, je les referais.

Si Hélène Jacob n’avait pas monté sa maison d’édition, je ne serais toujours pas publiée.

Si je n’étais pas publiée, je serais quand même heureuse.

Mais je ne serais pas en train de vous parler, alors vous me manqueriez.

 

Avant, j’étais plutôt mignonne, j’avais un métier passionnant, un mari formidable  et deux beaux enfants mais je n’étais pas publiée.

Maintenant, j’ai pas mal changé

lifting

et je n’ai plus de métier, mon mari est toujours formidable mais mes enfants ont grandi. Je suis devenue jalouse, angoissée, angoisseimpatiente, je quitte les groupes de discussion sur un coup de tête et l’avancement de mon prochain livre me réveille parfois la nuit : je suis enfin intéressante. C’est normal, maintenant je suis auteure.

Avant j’étais discrète, maintenant je parle de moi tous les soirs.

Avant j’avais une vie saine ,

vie saine

maintenant je ne prends plus le temps de manger.

Avant j’avais pas mal d’amis, maintenant j’ai trois inscrits sur mon fan club.

Avant je lisais Malraux et Camus, maintenant je rigole aux articles de Jean-Fabien. (2)

Avant je vendais du linge à mes clientes, maintenant je dois vendre mes livres à des inconnus.

Avant je vendais des draps à deux cents euros, maintenant je vends mes livres à trois euros. Mais j’ai une meilleure marge.

Avant je m’intéressais aux histoires des autres, maintenant je ne m’occupe que des miennes…

 

 

…et vous savez quoi ? Eh bien je ne regrette rien !

 

(1)Le marketing d’un auteur –clichés et storytelling (M.I.A LE BLOG)

(2) Un cas, allez voir son blog.

Mon éditrice est surbookée

Classé dans : Mes publications — 15 octobre, 2014 @ 6:45

surbookée

 

Il faut réserver son tour.

Je dois rendre mon prochain manuscrit en octobre 2015. C’est dans un an, exactement.

Alors j’ai fait le compte, forcément, moi qui déteste me projeter dans le futur :

Dans un an, j’aurai usé onze tubes de crème colorante pour cheveux, douze flacons de vernis à ongles. J’aurai  changé de maison, de pays

ventilateur. Je saurai conjuguer mes verbes en espagnol, je connaîtrai vingt mots de Catalan. Je saurai où me garer à Barcelone.

J’aurai peut-être changé de coiffure.

teinture pour chveux

 

J’aurai peut-être changé quelque chose dans mes personnages. La profession de l’un, l’âge de l’autre. Parce que souvent femme varie, et j’ai une question à poser: les hommes qui écrivent sont-ils plus fidèles à leurs personnages que les femmes? C’est une question très importante. Tenez, prenez l’Etranger de Camus, Meursault, vous vous en souvenez? Il avait une lettre en moins dans son nom et  mourait de tuberculose. Mourir en prison ou dans un sanatorium, ce n’est pas pareil. Et puis mettez-vous une seconde à ma place: j’ai actuellement un personnage enfermé dans un trou à rats, un autre à deux cents mètres du sommet de l’Everest,

montagne

je fais comment pour les faire patienter un an? Je leur dis que le comité de lecture d’HJ est débordé?

Dans un an, j’aurai fini par trouver la fin de mon histoire et je peux vous dire que ce sera un souci en moins. Certains auteurs commencent par la fin, moi je commence bêtement par le début et ce n’est pas la bonne méthode, je sais. Certains ont un plan dans la tête, moi j’ai des phrases. Allez bâtir une histoire avec trois phrases.

J’aurai vu ma dernière émission de Koh Lanta, ma dernière diffusion de l’Amour est dans le pré, je suivrai des faits divers espagnols qui n’en finissent pas à la télé, parce qu’il y a des sous-titres dans cette émission. Je serai allée deux fois au cinéma à Gérone et comme je n’aurai rien compris, j’aurai renoncé.

Je n’aurai plus d’espace sur mon blog gratuit depuis longtemps, j’en aurai commencé un autre. Ou j’aurai arrêté et vous serez désespérés.

J’aurai réussi à finir dans le texte Barba Azul d’Amélie Nothomb, 140 pages, que j’ai déjà lu en Français .

 

J’aurai mangé deux kilos de chorizo en petites rondelles  et bu 125 verres de sangria.boire

Je me serai enfin documentée convenablement sur l’Everest (1).

J’aurai fait dix fois les quatre randonnées classées faciles tout près de chez moi, histoire de prendre l’air puisqu’on m’a dit d’aller faire un tour, quand je manquais d’inspiration. J’aurai aussi couru quatre cents kilomètres en petites foulées, pour que l’inspiration vienne plus vite.

Et je me serai enfin acheté les bonnes chaussures (2).

J’aurai accepté, après 62 ans de rébellion, de rester assise sous un parasol.

J’aurai cassé deux paires de lunettes de soleil, en aurai perdu trois.

J’aurai toujours le même ordinateur pour écrire parce que si je n’écris plus, je tombe malade

ordianteur

J’aurai seulement changé de bureau, je serai sur un toit, avec les mouettes.

Et j’aurai étranglé un perroquet.

perroquet_005

Mon alpiniste, lui,  sera monté jusqu’au toit du monde –ou n’aura pas réussi, je ne sais pas  encore, il va falloir que je me décide -ou qu’il décide à ma place. Qu’il me dise s’il arrive tout en haut et devient un héros, ou s’il meurt avant mais au fond, c’est comme il veut et s’il préfère prendre son destin en main, je l’y autorise.

J’aurai vendu vingt Mater dolorosa en plus, trente Sonia Verjik et trois Monstres. Je n’aurai plus jamais remis le nez sur ma page Amazon. Et j’aurai même décidé d’acheter mon shampoing sans sulfate sur un autre site, pour les punir .

Mais j’aurai emmené mes livres avec moi et les aurai sortis des cartons, avec soin.

J’aurai appris à dire en espagnol : j’écris des romans, escribo novelas. C’est un bon début pour faire connaissance.

Je me serai acheté dix robes et quarante-trois paires de collants. Plus trois maillots

maillotet deux paires de tongs.

J’aurai écrit 50.OOO mots au-dessous de mon titre: EVEREST.

Mais j’aurai peut-être changé le titre.

Je me serai appliquée, aurai suivi les conseils qu’on a pu me donner. J’aurai sans doute progressé, écrit enfin une histoire avec un début, un milieu et une fin.

J’aurai changé ma photo d’auteur, me serai fait photographier devant la mer, comme Ava Gardner. (3)

 

J’aurai fait tellement connaissance avec mes personnages qu’ils me sortiront par les yeux.colère Alors j’en laisserai un croupir dans son trou à rats, je scellerai la porte pour qu’il n’en sorte plus jamais.  Et je ferai tomber l’autre dans une crevasse profonde. Je deviendrai une écrivaine cruelle.

Et à la fin je les enverrai tous se faire éditer, et partir loin de moi. Sur Amazon, entre des mains étrangères.

Parce que  je vivrai à l’étranger.

Mais ce sera dans longtemps, puisque mon éditrice est surbookée.

 

 

(1) mais j’ai trouvé un spécialiste, il s’appelle Cyrille Marais et il sait tout sur la montagne, alors il m’aide et j’en profite pour le remercier solennellement, là devant tout le monde.

(2) Opération promotion: c’est une allusion à mon prochain roman, Un lundi au soleil, entièrement construit (très involontairement) sur une histoire de chaussures. Liez-le quand il sortira, vous verrez.

(3) elle est passée là-bas,ils l’ont trouvée très belle et lui ont fait une statue devant la mer.avagarner

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