Dans mon coin

Un site bricolé avec les moyens du bord

Sur le passage des saisons

Classé dans : Mes publications — 15 octobre, 2014 @ 12:10

Je ne lis plus de poésie depuis longtemps et je suis une fille des villes, qu’est-ce que je suis allée chercher dans BUCOLIQUES?

Un peu de repos.

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Et j’ai bien fait.

Le premier poème s’appelle Impressions solaires -un poème tout simple. De cinq notes en cinq notes (comptez sur vos doigts), on s’en va rejoindre le souvenir des plus jolies mélodies de Verlaine -Le ciel est par-dessus les toits/ Si bleu, si calme…vous vous souvenez? Mais que c’est bon, la poésie qui ne roule pas des mécaniques!

Ensuite vient une succession de tableaux -d’aquarelles, plutôt. On se retrouve dans un décor immobile, comme statufié (Grisaille), puis dans un petit jardin tranquille comme un  refuge (Nocturne) et à une autre page il nous prendra tout à coup l’envie de courir droit devant nous-vous savez, ce genre d’envie qui vous fait aspirer l’air à pleins poumons et regarder au loin avec un air inspiré (Désir d’émotion). Ces poèmes vous renvoient à ce plaisir-là.

Mais à partir d’un certain moment, dans ce recueil, les tableaux s’animent et vous racontent une histoire:

L’histoire du Printemps qui arrive: vous sentez une présence, l’arbre devant vous a ses premiers bourgeons, enfin le Printemps vient et se déchaîne. Je connais cette histoire, qui se raconte aussi dans les villes, quand les garçons de café sortent les premières chaises et que les jardins municipaux se remplissent un peu plus tard, après la sortie des écoles. Quand on traîne sur les trottoirs et que les femmes se mettent en jupe.

Il y aura aussi des scènes violentes: une inondation, un Nijinski sortant des flots pour vous faire la danse de la Déferlante.

Il y aura enfin des nuages qui répondront à l’appel de l’Etranger de Baudelaire: « J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages! » Mais si, ça vous rappelle quelque chose.  Et j’allais oublier: il y aura quelque part cet « hiver de traîne », une saison en robe de mariée, qui descendra des marches enneigées.

 

Mais surtout, je ne sais pas quel effet tout cela vous fera mais quant à moi j’ai dans l’oreille, comme un bel acouphène que j’aimerais bien garder , quelques très beaux vers -et c’est bien ça la vraie poésie, ces quelques notes qui vous restent parce qu’elles semblent n’avoir été faites que pour vous:

Paysage domino

Sur un air de tango

 

Douceur de l’air 

Retour au jardin

 

Vous ne lisez jamais de poésie? ça n’a aucune importance, lisez ça: BUCOLIQUES, de Catherine Messy (1)

 

 

(1) La maman de, oui je sais.

 

Le journal d’une éditée: les mots qui tuent

Classé dans : Mes publications — 14 octobre, 2014 @ 3:49

MARDI  belles éclairicies, horoscope très mauvais à cause de l’opposition de Jupiter,réputé pour ses ressources énergétiques –  et du départ précipité de Mercure, chargé du relationnel, pour tout arranger.

 

Je viens de dire une grosse banalité.

Je sais, tout le monde le fait et vous aussi : vous pensez dire LA phrase réconfortante qui va effacer tous les chagrins, faire LA réflexion intéressante qui va changer la façon de penser de l’humanité, la mettre en mode intelligence innée et l’on vous répond : «  je sais, tout le monde me dit ça aujourd’hui ».

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Voilà, vous dites la même chose que les autres.

 

Si vous êtes un homme, vous dites par exemple :

-tu ne l’avais pas déjà, ce pull ?

-ça sent quoi, là ?

-j’ai pêché des poulpes, tu nous les fais en sauce à midi?

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-demain je t’aide pour le ménage

-j’ai pas le temps, demande à maman

-moi tu me plais comme ça,  alors de quoi tu te plains ?

-où ça, Jennifer Lopez de dos, fais voir !lopez2

- ne bouge pas, je te prends en photo, attends je règle l’appareil, ne bouge pas, non mais je laisse passer les gens, là…

-mais si je peux boire, c’est ma femme qui va conduirecoca.

-le vernis à ongles dans le frigidaire, c’est normal ?

-ton pull dans le congélateur, c’est normal ?

 

Mais si vous êtes auteur, alors là vous dites des phrases beaucoup plus intéressantes, aussi brillantes que des perles rares tout juste sorties de leur écrin de nacre. Des phrases profondes, le genre de paroles qu’on aimerait graver dans la pierre pour qu’elles ne s’envolent pas au gré du vent.

Vous dites :

-bâtir un monde, rêver… et puis jeter des mots sur le papier…

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-mon lecteur et moi, c’est une histoire qu’il faudra que je vous raconte un jour…

-mon histoire de vampire ? Comparez-moi à Bram Stoker si vous le voulez, soit, mais ne me parlez pas de Twilight ! (Variante : comparez-moi à Marguerite Duras si vous le voulez, mais pas à Katherine Pancol !)

-j’ai une passion pour les mots, les mots écrits, les mots dits, les mots non dits, les mots mal dits…

-l’écriture est un long chemin bordé de ronces, semé d’épines…(variante: il leur faut ma nouvelle la semaine prochaine et j’ai à peine commencé)

-ce livre, c’est juste une mise en bouche, je  prépare autre chose.(variante: c’est mon premier roman et on me l’a édité, j’y crois pas!)

-c’est qui ce con qui a écrit ce commentaire ? (Variante : c’est qui, la connasse qui a écrit ce commentaire ? (1))

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-chez Gallimard, ils n’éditent que des pistonnés (variante : celle-là, à tous les coups elle couche) (2)

-j’ai mon climax à écrire, deux transitions à boucler, un portrait à faire et je viens manger.

-j’ai mon roman tout entier dans la tête, je n’ai plus qu’à l’écrire.

-mais non, je n’ai rien à voir avec mes personnages, quelle drôle d’idée !

-je pense avoir fait quelque chose de totalement nouveau dans le genre Heroic Fantasy.

-je m’entends très bien avec mon éditeur (Variante : je déjeunais l’autre jour avec mon éditrice).

 

Et justement, votre éditrice, que vous dit-elle ?

Des petites cajoleries rien que pour vous, des mots tendres qui feront que vous vous sentirez unique, par exemple :

-vous séparez vos paragraphes par un saut de section page suivante, vous laissez tomber le a courant et vous faites a mot en italique, vous mettez un starlash et vous ne bidouillez surtout pas vos sauts de pages, vous faites les seuls tirets de dialogues acceptables, vous faites attention à l’empâtement de la police, vous choisissez  la version non aplatie de votre travail, vous mettez tout ça sur word et toute l’équipe vous embrasse très fort.

 

En fait, elle vous dit bien d’autres choses, beaucoup plus agréables mais qui n’entrent pas dans le sujet du jour -et moi aussi, au passage, j’embrasse très fort toute l’équipe !

 

 

(1)celle-là, je l’ai dite

(2) Si c’est Christine Orban, c’est quand même un peu normal.

 

 

 

Décorez qui vous voudrez

Classé dans : Mes publications — 14 octobre, 2014 @ 11:53

collier rougeLa Grande Guerre vient de s’achever, l’armée française règle ses comptes : dans la prison d’une petite ville écrasée de chaleur, il reste un dernier prisonnier. Nous ignorons ce qu’il a fait, nous ne le saurons qu’à la fin –donc je ne vous le dirai pas, sinon vous n’allez jamais lire ce livre et vous allez passer à côté d’un très bon moment. Tout ce que nous savons, c’est qu’il s’agit d’un acte à la fois scandaleux et admirable.

Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel dans cette histoire, c’est ce chien qui hurle à la mort, jour et nuit. On le laisse faire, on attend qu’il s’épuise. Il hurle devant la prison et le prisonnier s’en fout. De toute façon il parle peu.

Le chien a un drôle de nom, il s’appelle Guillaume- et il a fait une drôle de chose, à la fois stupide et inhumaine. Stupide parce qu’il a obéi aux ordres, inhumaine parce qu’il est un chien et qu’il a des crocs qui déchirent les chairs.

Etre  assez stupide pour obéir aux ordres et assez inhumain pour tuer ses semblables, c’est tout ce qu’on demande à un bon soldat. Ce chien est donc un bon soldat.

Quant à la clé de cette histoire, elle se trouve du côté du front d’Orient, dans l’expédition de Salonique. Révisez vos programmes d’histoire! (je m’adresse à ceux qui, comme moi, en ont des souvenirs très vagues).

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Voilà, vous ressortez de là avec une odeur de terre et de forêt de hêtres qui flotte autour de vous, vous avez côtoyé des êtres rudes, des paysans qui n’avaient rien demandé et que la folie des hommes a envoyés à la guerre. Vous avez eu droit à une belle écriture, à la fois violente et pudique –un genre d’écriture d’homme, quoi – par moments ça ressemble à du Victor Hugo,  c’est grandiose et contrasté, par moments –le plus souvent- c’est mélancolique et désabusé.

C’est l’histoire d’un monde qui se défait, vu par un officier qui va quitter l’armée et rencontre là son dernier héros. Mais comment devient-on un héros? Par orgueil ou par accident, nous dit l’auteur.

Bonne lecture, ce livre s’appelle Le collier rouge.(Jean-Christophe Rufin)

 

En attendant que vous le lisiez, je vous recopie un passage, choisi de mes blanches mains :

 

Je vous assure, Monsieur, que je n’ai jamais cessé de penser à lui. Je n’ai aimé que lui. Je n’aime que lui. Parfois les nuits d’hiver, je sortais dans le froid, sans une veste, sans même sentir le gel, et je criais son nom, comme s’il allait apparaître dans le potager, revenir à moi. Je fermais les yeux et je sentais son souffle, son odeur… Vous me croyez folle.

Lantier baissa les yeux. Le cri d’une femme amoureuse laisse toujours aux hommes l’impression qu’en cette matière ils sont d’une grande faiblesse »

 

 

le journal d’une éditée démaquillée

Classé dans : Mes publications — 13 octobre, 2014 @ 6:20

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LUNDI (rares éclaircies, horoscope plutôt bon grâce à une Vénus bien lunée en visite chez moi, troisième décan)

J’avais vu la veille un chef d’oeuvre –le film s’appelait Mommy et il y avait un collier qui disait la même chose : mommy.(1) J’avais pleuré dans le noir, en cachette comme quand j’étais petite et j’étais sortie dans un drôle d’état, toute bousculée par la tempête de la côte, pour tout arranger.

J’étais rentrée trempée et bouleversée.

Au matin, mon manuscrit m’attendait. Et mon manuscrit face à un chef d’oeuvre, c’était une sacrée épreuve. Un combat extrêmement inégal, une folie. J’avais beau me répéter que l’autre avait fait un film et que moi j’écrivais un livre, que ce n’était pas comparable, rien n’y faisait.

Un découragement annoncé.

Les feuilles -imprimées quelques jours plus tôt pour cause de retouches conseillées (2)- se trouvaient là devant moi, pas attachées, même pas numérotées, à  la merci  d’un courant d’air, d’une nouvelle secousse du vent d’Est qui serait venue découdre tous les ourlets de mon histoire , déjà pas mal effilochée. Qui en aurait fait craquer les coutures déjà de travers.  Enfin bref, ces feuilles devant moi, ça ressemblait à un désastre.

Je commençai tout de même à feuilleter l’ensemble –pas coiffée-pas maquillée-à peine lavée-imbibée (de café)  comme une vraie écrivaine-

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parce que je suis une fille courageuse, et ce que je vis alors me frappa :

il y avait du rouge sur mes feuilles –des mots écrits la veille au stylo bille, des ratures approximatives et des traces de rouge à lèvres (ben oui, j’en mettais déjà partout), c’était bien le signe que ce manuscrit était à moi, bien à moi , ce qui était déjà quelque chose – que je n’avais copié personne, que j’y avais mis ce que je suis, avec mes rêves et mes désillusions, mes forces et mes faiblesses, les choses que j’aimais bien, les êtres que je détestais, ceux que je n’avais pas oubliés. Mon manuscrit et moi, nous nous trouvions tout à coup en totale intimité: c’était bien mon stylo et mon tube de rouge à moi, c’étaient bien les corrections que je comptais faire, pour arranger mon histoire. J’avais barré des phrases entières, ajouté des mots, j’avais chouchouté le brouillon de mon roman.

Et une grande fierté me prit, le genre de fierté stupide qui n’a pas de sens mais vous fait avancer.

La fierté d’avoir fait quelque chose de ses mains- enfin, de ses deux doigts en ce qui me concerne. Les brodeuses ont un cal sur le doigt que l’aiguille vient piquer à chaque point, les guitaristes ont un ongle plus long que les autres, les champions de tennis ont un bras plus gros que l’autre, les dentistes finissent avec des lunettes, les chanteurs ont des acouphènes, les professeurs ont de la craie sur leur pantalon, moi j’avais du rouge sur mon manuscrit.

Alors je me remis au travail.

A cause du rouge à lèvres sur les feuilles

Et à cause des ratures, qui m’avaient consolée.

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Un lundi au soleil, seizième page.

Rouge à lèvres Pure Color n°341, Estée Lauder

(1) Bande-annonce Mommy – Mommy Bande-annonce VF – AlloCiné

(2) voir: le billet d’une éditée fatiguée

Les sept nuances du succès

Classé dans : Mes publications — 13 octobre, 2014 @ 12:26

Je vous fais une OPERATION PROMOTION.

Il y a des nouvelles à paraître chez Hélène Jacob: 21 nuances de voisinage.

Alors je fais de la pub, parce que je suis une gentille fille (1).

Mais comme je suis du genre modeste, je m’arrêterai pour ma part au chiffre 7. Comme les 7 nains, oui.

Je vous souhaite une bonne lecture,

Blanche Neige

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Le succès est un phénomène étrange

 

Dormeur--2- Dormeur

Le succès mondial: Modiano, notre prix Nobel. L’écrivain qui bafouille même avec les mains. En ce qui le concerne c’est comme pour les élections, c’est moitié moitié, il y a une moitié qu’il ennuie à mourir, l’autre qui crie au génie. Je crie au génie, depuis toujours, depuis le premier roman que j’ai lu -je ne sais plus lequel, ils se ressemblent tous. Je crie au génie même quand il m’ennuie. Les génies, on leur pardonne tout parce qu’on les admire.

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grincheuxn3Le succès qui fâche : Merci pour ce moment. Ah, Valérie, grosse jalouse ! Je compatis, ça m’aurait énervée moi aussi. Quant au succès du livre, je ne le jugerai pas, personne n’a obligé les gens à l’acheter.

J’ai cependant une question existentielle à poser à Valérie T., le genre de question, vous savez, qui vous taraude, vous obsède et que vous traînez avec vous toute une vie:

Valérie, entre nous, mais qu’est-ce que tu lui trouves ?

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atchoumn6Le succès qui surprend, le plus gros succès raté : L’été slovène. ça ne vous dit rien? C’est normal, je crois bien que ce roman n’a emballé que moi. J’avais lu des articles  sur lui, j’avais vu un peu partout sa couverture –très jolie, mélancolique- et plouf, le bide apparemment. L’été slovène ou les limites du marketing. L’été slovène ou les ratés de la grande édition. Mais lisez-le, s’il vous plaît, c’est très beau, c’est un peu triste parce qu’il y est question d’un amour qui se défait, les héros sont jeunes et nonchalants, ils aimeraient bien continuer à s’aimer mais ils n’y arrivent plus – et c’est tellement bien écrit !

 

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profn1Le succès qui vous apprend des choses : Cinquante nuances de Grey. Parce que je n’ai jamais attaché mon mari aux barreaux du lit, il est temps que je me renseigne .

deguisement-catwoman-manga-ru880320Seulement des lits à barreaux, on en  trouve de moins en moins, à part pour les chambres d’enfants.

Je l »achèterai sur ma kobo , pour ne pas affronter le regard de mon libraire -qui en fait ne fait pas du tout attention à ce que je lui achète, c’est moi qui me fais un roman-  et je penserai à Marie Antoinette, qui s’était fait faire une édition spéciale des Liaisons dangereuses, avec une couverture blanche. La kobo pour les livres, c’est l’équivalent de  la salle d’attente du dentiste pour les journaux people et des commandes spéciales de la Reine.

I ♡ Marie-Antoinette.

 

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Timide--4- Timide

Le successfull livre de ma maison d’édition (HJ )–encore timide parce que ce n’est pas Gallimard ni Albin Michel, mais quand même: L’émoi d’août, de Yannick Billaut. Un voyage en voiture qui nous rappelle nos vacances d’enfant, une villégiature au bord de la mer, une jolie voisine. Le charme, tout le charme. (Mais non Yannick, on ne parle pas de toi, on parle de ton roman ! (2)

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simpletn7Le succès qui laisse perplexe : Les gens heureux lisent et boivent du café. J’aimais bien le titre, déjà, cette odeur de café qui traînait sur la librairie de ma liseuse, et puis j’avais entendu parler de ce gros succès dans le monde des e-books, qui avait fait que les grands éditeurs étaient devenus tout verts, alors je l’ai lu.  Mais oui, je me disais que je ne pouvais pas rater un succès pareil, question de standing.  Mais je n’ai pas aimé et il y a quelque chose que je n’ai pas bien compris, là.

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joyeuxn4Le succès qui fait du bien à tout le monde : Juste avant le bonheur. Malgré la mort qui rôde et malgré la crise qui fatigue, on s’aime et on finit par être heureux. On passe la porte du supermarché et l’on part au bord de la mer, on prend un bateau, on se sourit, on se réconforte. C’est facile, peut-être, je ne sais pas si c’est de la grande littérature, mais puisque je vous dis que ça fait du bien. Alors si vous vous cassez la jambe, lisez-le. Si vos enfants vous énervent, lisez-le. Si vous ne supportez plus votre belle-mère, lisez-le. Si vous avez encore filé vote collant, lisez-le. Si une très grosse tuile bien plus grave que votre collant filé vous tombe sur la tête, lisez-le. Et s’il se met à pleuvoir très fort, ce qui pourrait bien vous arriver, lisez-le.

 

(1) En fait, je fais partie des auteurs du recueil.

(2) Allez voir sa photo quand même.

 

PS Ah mince, j’ai oublié Elle s’appelait Sonia Verjik, Mater Dolorosa et Monstres, et le prochain à paraître, Un lundi au soleil. Mais si Blanche Neige, se met à écrire, maintenant!

Moi, j’aime les auteurs

Classé dans : Mes publications — 12 octobre, 2014 @ 11:40

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Il y a les grands d’avant, qui m’ont connue adolescente et m’ont vue grandir. Je les ai détestés longtemps, c’est à dire comme tout le monde pendant toutes mes années de lycée. Et puis je crois qu’ils ont fini par m’apprivoiser. Je me suis approchée d’eux, mais toute seule, sans classeur, sans stylo encre, sans trop savoir quel âge ils auraient pu avoir et si l’un aurait pu connaître l’autre, le rencontrer dans la rue. Je me suis retrouvée très prés d’eux, j’ai essayé de les connaître, j’ai frappé à leur porte. Certains ne m’ont jamais ouvert et tant pis pour eux. Avec les autres, j’ai appris la beauté et quelques sentiments qui m’étaient encore étrangers. Vous voulez des noms ? Je ne vous en donnerai pas, c’est ma vie à moi, qui ne vous regarde pas tant que ça. Il y en a un qui commence par un r, il n’aimait que la célébrité et les actrices de théâtre. Il y en a un autre qui commence par un c+ , il n’aimait que la mer et le soleil. Il y en a un qui commence par un m , il aimait l’opium et pillait les temples.

Il y a aussi les grands d’aujourd’hui, qu’on a choisis pour moi. Quand je dis « on », ce sont les têtes de gondole de la FNAC, les alignements de volumes le long des escaliers roulants, la première table à gauche en entrant chez mon libraire, et quelques pages de magazines. On dit qu’ils ont eu de la chance, c’est vrai. On dit qu’ils ne méritent pas toujours leur place, c’est faux. Ils sont bien où ils sont, dans la lumière. Vous voulez des noms ? Je ne vous en donnerai pas, vous les connaissez comme moi. Il y en a un qui commence par un met qui n’aime que Paris. Il y en a  un qui commence par un a et qui n’aime que les histoires tristes.

Il y a les moins connus d’aujourd’hui et les inconnus, que forcément je ne connaissais pas. De temps en temps, je les lis eux aussi. J’ai appris à ne pas les comparer avec les autres, parce que le jeu est inégal, les dés sont pipés d’avance. Je les lis comme si je n’avais jamais rien lu de ma vie. Je n’aime pas toujours mais il m’arrive d’être étonnée. Et là, je ne peux plus m’empêcher de comparer et je me dis qu’il y a une injustice quelque part. Que les jolies phrases restent des jolies phrases et qu’une bonne histoire peut bien être ficelée avec les moyens du bord plutôt qu’attachée avec une jaquette prestigieuse, ça reste une bonne histoire.

Seulement entre nous, si les hommes étaient justes, ça se saurait depuis longtemps.

Il y a enfin les auteurs qui se trouvent autour de moi. Ils appartiennent à la même maison d’édition que moi (1), je ne sais pas par quel cheminement ils se sont retrouvés là, j’ignore leur passé, n’ai saisi au passage que quelques bribes de leur vie. Je ne sais pas combien de pages ils ont déjà noircies, combien d’histoires ils ont inventées, combien de fautes on a dû corriger dans leur manuscrit, ni combien de temps ils ont mis pour écrire leur livre.  Comment leur est venue l’idée, ce qu’ils voulaient derrière leur histoire et ne sont pas arrivés à dire. Nous ne nous posons pas trop ce genre de questions entre nous. D’ailleurs nous parlons peu  du contenu de nos livres. Parfois l’un de nous lit le roman de l’autre, mais c’est assez rare. Alors que faisons–nous ensemble ? Nous attendons,. Un signe, une bonne surprise. Il y en a. Et puis nous avons aussi envie de nous connaître, mais d’une certaine façon, d’une façon virtuelle, puisque nous ne nous voyons jamais. Vous voulez des noms ? Je ne vous les donnerai pas, vous risqueriez de vous y retrouver vous-même. Il y en a une qui commence par un c et qui a un grain de folie, il y en a une   qui commence par un  m+et qui roule en petite voiture, il y en a un qui commence par un y  et qui aime les voisines, il y en a deux qui commencent par un m et qui voyagent dans le temps, il y en a un qui commence par un t et qui aime le vin de Provence, il y en a ….

Moi, j’aime les auteurs, tous les auteurs.

 

(1)logoHJvous commencez à le savoir, nous sommes d’accord. Mais ça me fait plaisir de le rappeler.

Une si jolie liste au milieu des flammes

Classé dans : Mes publications — 12 octobre, 2014 @ 11:34

dragonJe n’aime pas les histoires de dragons et je crois bien que si j’avais vécu au Moyen Age, je ne serais pas tombée amoureuse d’un preux chevalier. Mais Emmanuelle Soulard m’a tendu son roman de loin. Parce que j’ai suivi au fil des mois ses hésitations, ses frayeurs de romancière, son application, son enthousiasme. Parce qu’elle visite régulièrement mon blog depuis ses débuts et parce que sous ce visage de jolie blonde se cache une ju-jitsuka -vous vous rendez compte, une ju-jitsuka, une fille qui attrape son adversaire par les pieds et le lance par terre.

Alors j’ai ouvert le Dragon des ténèbres et je vais vous faire une jolie liste d’abord, celle des prénoms du livre, parce que c’est un petit régal:

il y a alpha_001comme Ajok, f comme Féjid et Fémillia, l comme Levoy et Lothon, m comme Médévas, scomme Sanelle et xcomme Xandra.

Les noms des personnages, c’est important. Ouvrez un roman de Philippe Djan et vous verrez que c’est même quelquefois la chose la plus importante.

Ensuite il y a les dragons, bien sûr -et ceux d’Emmanuelle, qui ressemblent aux animaux extraordinaires d’Avatar quand ils se lancent dans le vide, sont de vraies créatures romanesques -des personnages comme on n’en fait plus, plus attachants que ceux qui les montent (si valeureux soient-ils) : ils sont assez délicats pour enflammer un bûcher sans que le feu ne touche le corps de la défunte, assez sentimentaux pour pleurer devant un corps de femme qui brûle, assez tendres pour réclamer des caresses, assez majestueux pour vous en mettre plein la vue -lisez ça:

Alors que les derniers prenaient place autour du sommet de la colline, dans un 

silence impressionnant, les premiers coups d’ailes se firent entendre. Les dragons arrivaient. 

En tête, les trois chefs d’escadrille. Derrière, dans un ordre impeccable, les chasseurs qui 

volaient en formation. La progression était lente, presque ralentie, dans un autre témoignage 

muet du profond respect qu’ils portaient à leur chef. Le soleil déclinant parait la formation de 

ses ors et de ses rouges agonisants. Juste au-dessus de la troupe, le dragon du chef du 

sanctuaire, Lothon, le plus grand de tous, déployait son vol majestueux.

Emmanuelle a vu grand, elle a posé des selles sur ses dragons et les a fait voler en escadrille, ce qui fait de belles choses dans le ciel, on dirait l’entraînement de la patrouille de France quand elle passe  au-dessus de chez moi. Mais attention, car ce sont quand même des monstres et ils vous déchirent un possédé comme vous cassez une noix.tête de mort

Et je vais vous mettre dans la confidence -loin de moi l’envie de vous raconter cette histoire, puisque vous allez la lire, mais écoutez bien: au Moyen Age comme aujourd’hui, dans l’univers des dragons comme dans celui des i-pads, il y a des hommes qu’on suivrait au bout du monde (mon mari, par exemple. Je l’ai bien suivi en Bretagne, c’est pour dire).

Mais je voudrais ajouter quelque chose: en lisant un livre comme celui-là, je me dis que l’écriture est en train de changer -de muter, comme on dit aujourd’hui, qu’elle est en passe de devenir une science. A tort ou à raison, je ne me permettrai pas d’en juger ici, là devant tout le monde. C’est vrai, c’est drôlement bien fait: il y a l’alternance impeccable des scènes -du grandiose à l’intime, il y a le savant dosage du sang et du feu, des grands sentiments et des la peur. .. on nous a déjà fait le coup, avec Zola. Souvenez-vous de vos cours de lycée, la méthode expérimentale. Il serait bien étonné de la voir aujourd’hui appliquée non plus au réel, mais au monde de Merlin l’enchanteur.

Est-ce l’avenir du livre? Je ne sais pas. Mais le lecteur s’y retrouve, d’une certaine manière, parce qu’on lui assure en tout cas quelque chose de précieux par les temps qui courent, une valeur essentielle de nos sociétés: le confort. Avec la rêverie en prime, pour les amateurs du genre.

Bonne lecture!

 

Le dragon des ténèbres, Emmanuelle Soulard, éditions Hélène Jacob

http://www.amazon.fr/dragon-ténèbres-invocateurs-1-ebook/dp/B00J785PAQ/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=141303620

le billet d’une éditée fatiguée

Classé dans : Mes publications — 11 octobre, 2014 @ 6:21

Ce qui me fait peur dans un comité de lecture, c’est le mot comité. Ça me rappelle mes cours d’histoire.

Ce que m’a dit le comité de lecture au sujet de mon manuscrit, c’est qu’il fallait que je l’arrange. Imaginez : votre bébé est né, on vous l’a lavé, habillé avec sa petite grenouillère brodée-repassée, on vous l’a installé dans son berceau –et il faut que vous l’arrangiez, parce qu’il n’est pas si beau, tout compte fait. Il est même assez vilain et vous n’allez pas pouvoir le sortir comme ça.

Mon manuscrit a la bouche de travers et de trop longues jambes. J’avais envoyé une petite perle, on m’a rendu un têtard. (1)

bébé

Alors j’y ai passé la nuit. (2)

Mon manuscrit a des longueurs. Bien sûr, j’ai immédiatement pensé à Proust, vous vous en doutez bien, et à la page deux cent et quelque chose de la Recherche du temps perdu, la page fatale sur laquelle je cale chaque fois(3). J’ai aussi pensé à Maylis de Kerangal et à ses métaphores d’une page et demie, tellement longues que vous vous demandez comment ils vont la réussir, cette transplantation du cœur, au rythme où ils avancent.(4)

Mais vous savez bien, il y a longueur et longueur. C’est comme pour les jupes et les ourlets de jeans. Et c’est important, ça change tout.

 

Richard Avedon, writer, Paris, May 21, 1993

Une longueur de trop –une mauvaise, s’entend, du genre des miennes- et vous perdez le lecteur. Et étant donné le nombre de mes lecteurs, imaginez si j’en perds un en route.

Alors j’ai coupé. Il faisait déjà nuit depuis longtemps, je voyais quelques étoiles qui brillaient dans le ciel limpide de Bretagne , et j’ai appuyé sur la petite touche en haut à droite de mon clavier. Un carnage, j’ai perdu 4000 mots dans l’affaire. Mais je crois qu’ils avaient raison. J’ai donné deux amants de moins à mon héroïne, j’espère qu’elle ne m’en voudra pas. Mais elle ne les aimait pas tant que ça. Et j’ai empêché plusieurs bateaux de couler. Il y avait des corps tout bleus dans mes histoires de naufrage, je les ai envoyés se faire examiner ailleurs, dans la mémoire de mon ordinateur.

Du coup voilà : mon héroïne est pure comme l’eau du robinet chez moi et en Bretagne, les pêcheurs reviennent toujours vivants. En temps de crise, il vaut mieux raconter de jolies histoires.

Mon manuscrit est décousu. Quand je vous parlais des ourlets ! Mais là je ne pouvais rien y faire. J’ai bien cherché, j’ai tout relu et dans le ciel de Bretagne il n’y avait plus aucune étoile, ça s’était gâté. Les histoires décousues, c’est une manie chez moi, qui doit correspondre à quelque chose de profond. Un désordre intérieur. Vous en voulez une preuve ? J’ai déjà assaisonné une salade avant de la secouer. Etonnez-vous, après ça, que je fasse des flash-back.

Bien sûr, j’ai immédiatement pensé au succès d’Inception –un film que mes étudiants se sont évertués à m’expliquer, parce que je n’y comprenais rien. J’avais beau regarder la toupie, je ne m’en sortais pas.

inceptioneptMais je les observais eux aussi et je devais me rendre à l’évidence : ce film qui resterait un mystère pour moi était un chef-d’œuvre.Il y a donc les confusions sublimes, et les autres.

J’étais bien embêtée, et puis je me suis fait une raison : mes flash-back, c’est aussi à cause des Choses de la vie et du Vieux fusil. J’ai été marquée par ces films. Tatouée de l’intérieur. Et je ne m’en suis jamais sortie. Mais en ce qui concerne la pagaille dans mon manuscrit, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : il y a la confusion qui finit par faire sens, comme diraient des théoriciens, et la confusion qui n’en finit pas de n’avoir aucun sens.

Alors j’ai ajouté un nom par ci pour qu’on sache enfin de qui je parlais, un détail par là pour qu’on voie où l’on mettait les pieds. Avec la tête de mon lecteur pile devant moi, qui me surveillait sous la lumière de ma lampe, des fois que je m’égare encore . J’ai essayé d’être plus claire. T’inquiète, lui ai-je dit plusieurs fois, tu vas t’y reconnaître. Et à son hochement de tête, j’ai bien vu qu’il restait méfiant.

Mais si,  vous vous y reconnaîtrez, vous verrez.Il n’y a pas de raison. Parce que vous allez lire mon livre dès qu’il sortira (5), après la nuit que j’ai passée je vais vous dire, vous avez intérêt.

Il s’appelle UN LUNDI AU SOLEIL, ils m’ont validé le titre et franchement, s’ils ne l’avaient pas fait j’aurais eu de la peine. Alors tenez, un petit cadeau pour vous remercier d’avoir lu déjà cet article -parce que mon titre, c’est presque la même chose mais ce n’est pas la même chose :

https://www.youtube.com/watch?v=OH5flr3dbfUcloclo

(1) Attendez, on m’a aussi fait de beaux compliments -mais si je vous les répète ça va vous énerver.

(2) Bon, j’ai dormi un peu. Mais comme j’en ai rêvé aussi, je peux dire que j’y ai passé la nuit.

rêve

(3)Page 241.  Il y a aussi Ulysse de Joyce, page 26.

(4) eh bien ils y arrivent et je vais même vous dire: c’est un très, très bon roman.

(5) au mois de Mars. Mais je vais suffisamment vous bassiner avec ça pour que vous ne ratiez pas la date.

Les bons conseils d’une éditée

Classé dans : Mes publications — 10 octobre, 2014 @ 6:19

Si vous voulez mon avis, voici les dix choses à ne pas faire. Je compte:

 

1 Ne sautez pas au plafond parce que vous êtes éditée.sauter au plafond

Il y a eu un comité de lecture, on vous a choisie. Vous avez eu envie de vous prosterner aux pieds de votre éditrice, de lui embrasser le bout des pieds. Vous êtes allée voir sa photo, son adresse, vous avez épluché son site.

Calmez-vous. Car les autres vous attendent. Ceux à qui vous confiez ce qui vient de vous arriver.

Il y a celui qui vous dit qu’il ne lit jamais, celle qui vous rappelle qu’elle a ouvert un club lecture où vous ne mettez jamais les pieds, celui qui vous interrompt parce qu’il est l’heure d’aller déjeuner, celui qui vous fait remarquer que vous vous êtes maquillé les dents, celle qui ne dit rien, celui qui hurle dans vos oreilles qu’on commence à le savoir, que vous êtes éditée.

 

2 Ne demandez pas à vos enfants s’ils ont enfin commencé à lire votre livre.

Laissez-les vivre, ils ont un compte-rendu à terminer, un Master à boucler, une recherche de CDD en cours, un film à voir, des amis à appeler, une  course à faire, un billet de train à réserver, des heures de sommeil à récupérer, un portable à changer. Ne soyez pas une mère abusive sous prétexte que vous êtes éditée. Restez celle d’autrefois, qui ne vivait que pour eux.

 

3 Ne vous vexez pas.

vexée

Si l’on vous explique que vous avez raté le début ou la fin de votre roman, c’est que c’est vrai. Si quelqu’un vous dit que vous écrivez « des romans à deux balles », allez voir sur Amazon : vous n’êtes pas si loin du compte (1)Si votre mari (ou femme ou conjoint ou conjointe ou copain ou copine )s’endort sur votre manuscrit, c’est qu’il est fatigué. S’il ne tourne plus les pages, c’est qu’il écoute en même temps la télé. S’il bâille, c’est qu’il se détend. Si les gens qui vous ont lue ne vous disent rien sur votre livre, c’est parce que ça les gêne –pas de vous dire ce qu’ils en pensent, mais de donner un avis sur un livre.

 

4 N’abandonnez pas votre livre dans le métro.

Il y a de fortes chances pour qu’il parte à la poubelle et vous serez obligée d’en racheter un autre, parce que chez HJ ils vous en ont offert deux que vous vous êtes empressée de dédicacer. Et  acheter  votre propre livre sur Amazon, ça va vous énerver.

 

5 N’ouvrez pas votre livre

Vous n’allez pas le reconnaître.Ce ne sont plus les lignes que vous faisiez courir sur votre écran, ce ne sont plus les pages bien blanches de votre manuscrit, c’est autre chose. Et ça va vous gêner, forcément, ce livre qui n’est plus tout à fait le vôtre. Vous allez vous retrouver dans une situation instable, assise entre deux chaises, à la fois auteure et lectrice de  cet objet un peu étrange qui a soudain échappé à votre intimité–et comme tout le monde, vous détestez les situations douteuses. Contentez-vous de regarder la couverture avec curiosité et de le ranger dans votre bibliothèque –mais pas dans le même sens que les autres, parce qu’il n’est pas pareil.

annuaire 

 

6 Ne parlez pas d’argent.

D’abord parce que vous n’allez pas en gagner beaucoup. Ensuite parce que vous aurez oublié de déclarer vos royalties. Enfin parce que vous êtes un pur esprit créateur, bien au-dessus des contingences matérielles.

 

7 N’essayez pas de raconter votre livre

Vous n’y arriverez pas. Vous oublierez l’essentiel, on n’y comprendra rien –regardez Modiano. Ou alors faites comme lui, servez-vous de vos mains. Et restez évasif, dites que vous ne voulez pas déflorer l’intrigue. Que l’essentiel est ailleurs. Parlez de sensations diffuses, d’impressions impossibles à définir, de souvenirs épars, laissez vos phrases en suspens.

 

8 Ne vous reposez pas sur vos lauriers.

 

reposVotre livre est sorti, soit, mais vous devez en écrire un autre. Parce que vous ne voulez pas seulement être auteur, vous voulez être écrivain, avec ou sans le e.  Et avoir plusieurs couvertures sur Amazon, pour qu’on vous prenne au sérieux. Alors arrêtez la promo, vos blagues sur Facebook, oubliez votre blog, votre page auteur, votre métier, votre mari (ou femme ou conjoint ou conjointe ou copain ou copine), oubliez le soleil qui s’attarde, la rentrée littéraire, coupez le téléphone, éteignez votre portable. Et écrivez.

 9 Ne commencez pas à vous sentir unique

Votre livre n’est pas unique, tout le monde écrit. Et bientôt Amazon proposera aux lecteurs des listes illimitées. Vous ferez partie des listes, vous serez noyé, perdu dans la foule de ceux qui écrivent. Vous deviendrez un petit chinois de l’édition.

Et ne m’en veuillez pas si je vous dis ça, parce que c’est une blague : bien sûr que vous êtes unique, parce qu’à chaque page de votre livre, vous avez mis un peu de votre âme –et il paraît qu’il n’existe pas deux âmes semblables, même si elles pèsent  toutes le même poids.

 

10 Ne prenez pas un pseudo

Ecrivez devant tout le monde, comme JK Rowling. Regardez dix mille fois votre nom sur votre couverture et soyez fier, relisez votre vie racontée sur Google, souriez à vote photo, prenez une grosse bouffée d’autosatisfaction, soyez arrogant, provocateur , faites comme Houellebecq.

houellebecq Devenez snob, faites comme Beigbeder. Jetez un œil distant et compatissant sur les auto-édités, les refusés, un œil mauvais sur les auteurs connus, que vous allez forcément rejoindre un de ces jours et qui vous mangeront dans la main, tant votre talent est grand. Enfin profitez-en, puisque vous êtes édité !

 

(1) 2,99 euros, j’ai vérifié

Les dix bonnes résolutions d’une éditée

Classé dans : Mes publications — 9 octobre, 2014 @ 6:31

Mais oui, j’ai de bonnes ésolutions, parce que c’est encore la rentrée -la rentrée littéraire, s’entend. Attention, je compte:

Première résolution: j’apprendrai à me servir de photoshop pour ma photo d’auteure.

photoshop

 

Deuxième résolution: je laisserai aller mes pensées vagabondes, sortir mes colères, couler le flot de mes sentiments dans ce que j’écris. Je pleurerai devant mon ordinateur, je tremblerai, je rirai aux éclats,

emotions2 car je l’ai bien compris, la retenue n’est pas la meilleure alliée des ventes.

 

Troisième résolution: je ne commanderai plus de likes venus de Turquie ou du Honduras à 45 euros le lot, pour faire connaître ma page auteure.

 

 

Quatrième résolution: je n’achèterai plus Ccloser pendant un an et avec l’argent économisé, je m’offrirai un book-trailer chez HJ. Et si notre Président change encore de maîtresse, j’ignorerai ses histoires personnelles. Je ferai comme tout le monde, je dirai haut et fort que ça ne m’intéresse pas, mais alors pas du tout..

 

Cinquième résolution: j’arrêterai le vernis à ongles parce que les touches d’un Apple, ça vous tue une manucure en deux jours.

Sixième résolution: je me tiendrai droite pour écrire, parce qu’être auteure, c’est prendre dix ans de profil.

Septième résolution: je ne mettrai plus un plat sur le feu pendant que j’écris. Un jour, je vais déclencher un incendie. 

incendie_gaz Depuis que j’écris, je connais le bruit des oeufs durs qui explosent, l’odeur des haricots verts grillés, le goût du fenouil confit. D’ailleurs, je ne ferai plus la cuisine, je vivrai d’amour, d’eau fraîche et de mes ventes sur Amazon.

Huitième résolution: je me lèverai à l’aube et j’écrirai en pyjama, pas coiffée et sans maquillage, comme toute grande écrivaine qui se respecte. Je me laverai quand j’aurai écrit mes vingt pages.

Neuvième résolution: je me mettrai à boire comme Marguerite duras et je porterai des jupes écossaises comme elle,

duras je fumerai comme Françoise Sagan, j’irai chercher mes angoisses profondes au fond de mon passé familial comme Christine Angot et je draguerai comme elle.drague

Dixième résolution: je préparerai mes interviews, pour ne pas dire n’importe quoi. J’apprendrai à expliquer clairement les messages existentiels et politiques contenus dans mes livres, mes inquiétudes sociétales. Je donnerai ainsi des pistes pour qu’on puisse comprendre mon succès sur toutes les kindles de France.parler

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